1. Palmarès des écoles de journalisme : en direct de l’ESJ Lille
Reportage

Palmarès des écoles de journalisme : en direct de l’ESJ Lille

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Pour intégrer l'ESJ, les étudiants ont passé un concours très sélectif. // © Eric Flogny pour l'Etudiant
Pour intégrer l'ESJ, les étudiants ont passé un concours très sélectif. // © Eric Flogny pour l'Etudiant

Chaque année, l’école lilloise diplôme 60 journalistes, prêts à s’insérer dans les rédactions de France et de l’étranger, à la suite d’une formation d’excellence, mais aussi d’une sélection redoutable. Reportage dans cette institution, installée dans le Nord depuis presque un siècle.

En plein cœur de Lille, une longue façade de briques rouges, si typique de la région, s’étend dans la rue Gauthier-de-Châtillon. Le seuil que nous franchissons, c’est celui de l’ESJ Lille, l’École supérieure de journalisme qui fêtera l’an prochain ses 95 ans. Environ 200 élèves étudient dans ses murs, dont 120 suivent le prestigieux cursus de journaliste généraliste. Celui-ci est reconnu par la CPNEJ (Commission paritaire nationale de l'emploi des journalistes) comme dans l’une des 14 écoles de référence dans le secteur.

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En cette belle journée d’avril, les élèves de deuxième année sont déjà partis en stage de fin d’études, dans des médias tels que Le Monde, l’AFP, La Croix, RFI ou encore BFM, prêts à se lancer dans le grand bain de la vie active. De leur côté, leurs successeurs, en première année, s’activent, aux quatre coins de la cour centrale de l’école. Après des semaines de modules et de cours entre pratique et théorie, sur l’histoire des médias, le droit et l’économie de la presse, l’éthique professionnelle et la déontologie, le français et l’écriture journalistique, ou encore l’étude de l’actualité, place à de la pure pratique. Les étudiants y ont déjà touché au fil de cette première année presque écoulée, mais cette fois, ce sera intensif. Pendant deux semaines, répartis en groupes de 15, ils enchaînent deux jours dans chacune des quatre disciplines dédiées.

Décrocher ses rendez-vous et partir en reportage

Ce matin, le premier groupe est en session TV, la moitié en reportage, l’autre en présentation. Autour de Lucie Robert, journaliste pour France 3, cela bouillonne. Ses élèves doivent caler des rendez-vous pour leurs reportages, dont les sujets ont été décidés quelques minutes plus tôt. Il faut faire vite, car le rendu, montage compris, est fixé dans l’après-midi. La professionnelle les encadre et leur donne des conseils pour préparer leurs sujets.

Les journalistes en herbe présentent des flashs d'info dans le studio télé de l'ESJ Lille. // © Eric Flogny pour l'Etudiant
Les journalistes en herbe présentent des flashs d'info dans le studio télé de l'ESJ Lille. // © Eric Flogny pour l'Etudiant

Agathe, lancée sur un reportage portant sur les vélos électriques, a listé les boutiques lilloises et tente de décrocher un rendez-vous, afin de partir rapidement tourner des images dans les heures à venir. En pleine rédaction d’un e-mail au service presse de l’une d’entre elles, elle s’inquiète d’avoir une réponse à temps. Même problème pour le groupe à côté, composé d’Eliott et Théo. Les deux étudiants veulent réaliser un reportage sur la friche Saint-Sauveur, sujet de discorde entre la mairie de Lille et les associations locales. "On essaie d’obtenir un créneau avec quelqu’un de la mairie, mais tous les adjoints se renvoient la balle", soupire Théo, qui se laisse encore une heure avant de passer au plan B, qui ne l’enchante pas : le beau temps. Lucie Robert l’encourage. "On sourit, mais les marronniers [les sujets récurrents de ce type] sont très importants en télé et demandent de la créativité en termes d’images et de traitement. Il faut savoir les réaliser, car ils ouvriront la plupart des journaux télévisés aujourd’hui", insiste-t-elle.

Pas de tics de langage en présentation de JT

Dans la pièce mitoyenne, c’est tout autant l’effervescence. Les journalistes en herbe s’apprêtent à présenter des flashs et à réaliser des duplex. Les premiers à s’y coller sont Vincent et Manon. Après quelques retouches maquillage, ajustant son nœud de cravate, l’étudiant lance son JT, saluant les téléspectateurs – ses professeurs et camarades de classe, qui l’observent depuis la régie. Manon apparaît ensuite à l’écran, elle couvre les mouvements étudiants toulousains du jour. "Vous pouvez entendre les hélicos au-dessus de ma tête", déclare-t-elle à l’écran, très sérieuse, provoquant l’hilarité à la régie : elle est en réalité dans la cour de l’école, à quelques mètres de là. Une fois l’exercice terminé, elle semble soulagée. "C’est dur de ne pas bafouiller et de regarder fixement la caméra. Même si ce n’est qu’un exercice entre nous, quand on entend les jingles dans l’oreillette, c’est très impressionnant."

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Le deuxième binôme commence l’exercice à son tour. Dans la régie, une voix s’élève. "Il faut qu’elle arrête de tourner ses feuilles", soupire Marlène Anconina, intervenante professionnelle. Le rôle de ce pilier de l’école, présente depuis de nombreuses années : aider les étudiants à poser leur voix. "Je les fais travailler sur leurs soupirs, le placement de leur voix, leurs tics de langage. En ce moment, ils disent tous ‘du coup’, qui a chassé le classique ‘en fait’", s’amuse-t-elle. L’enseignante se bat aussi contre les anglicismes dans la bouche de ses élèves. "À la télé et à la radio, on parle au plus grand nombre, il faut donc les éviter au maximum", souligne-t-elle.

Hiérarchiser l’information en radio

À quelques salles de là, l’ambiance est radicalement différente, le silence règne autour du studio radio. Les élèves, répartis entre flashs et reportages, travaillent dans le calme. Antoine, en pleine écriture de ses brèves, doit aussi rédiger 1.000 signes sur le déménagement du palais de justice à Paris. "Le plus dur est de hiérarchiser l’information et de gérer le temps", estime-t-il, avant de se replonger dans son article. Le journal est fixé à 11 heures pile. Et le temps, c’est justement ce qu’il manquera au groupe, qui démarre ses flashs huit minutes en retard. Une éternité en radio. Isabelle Souquet, qui travaille pour Radio France, les presse. "Vous devriez être en studio au moins quelques minutes avant 11 heures, pour être capables de gérer les dernières urgences", s’agace-t-elle.

Dans le studio de radio, les élèves apprennent à hiérarchiser l'info et à gérer le stress. // © Eric Flogny pour l'Etudiant
Dans le studio de radio, les élèves apprennent à hiérarchiser l'info et à gérer le stress. // © Eric Flogny pour l'Etudiant

De l’autre côté de la cour, le troisième groupe étudie la protection des données, avec un intervenant spécialisé sur ces questions. Et le dernier est en plein atelier de PAO (publication assistée par ordinateur). Placés chacun devant un ordinateur, les 15 étudiants apprennent à utiliser la suite Adobe. Parmi eux, Émeline semble à l’aise. "Après InDesign et Photostop, on est passés sur Illustrator. Ces logiciels sont assez intuitifs", estime-t-elle. Même si son cœur a été ravi par ses deux jours passés en radio la semaine dernière.

Choisir sa spécialisation de deuxième année

Car ces journées intensives en fin de première année sont avant tout pensées pour aider les étudiants à choisir leur spécialité de deuxième année, après deux semestres de tronc commun. Et tout autant à permettre au corps enseignant de les répartir entre les quatre spécialisations : la télévision, côté JRI (journaliste reporter d’images) ou rédacteur, la radio, ou la dernière, rassemblant agence, presse écrite et Web. Ils suivront ainsi des cours renforcés sur le média de leur choix en deuxième année, afin d’être fin prêts à entrer sur le marché du travail. Et à l’issue du cursus, ils recevront deux diplômes : celui de l’ESJ Lille, mais aussi celui de l’IEP de Lille, partenaire et voisin de l’école de journalisme.

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À la pause déjeuner, plusieurs étudiants se retrouvent pour jouer aux cartes dans la cour, où sont installées quelques tables. Et surtout, au babyfoot, l’un des emblèmes de l'établissement. "J’ai l’impression qu’il a toujours été là", s’exclame Marlène Anconina. L’après-midi, les intensives se poursuivent. Finalement, Eliott et Théo ont réussi à éviter le reportage sur le beau temps, en débloquant des rendez-vous sur celui de la friche. Et dès le lendemain, les groupes changeront de matière, à la découverte des trois autres disciplines. Après un stage obligatoire en presse quotidienne régionale cet été, de "Ouest France" à "La Montagne", en passant par "Le Parisien", "Sud Ouest" et, bien sûr, "La Voix du Nord", ce sera alors au tour de cette 93e promotion de l’ESJ Lille d’entrer en deuxième année. Le dernier round d’études, et la dernière étape, avant de mettre le pied dans la profession de journaliste.

Un cursus extrêmement sélectif

Sur 924 candidats en 2017, seulement 50 ont intégré ce cursus. Et si l’école demande au minimum un bac+3 pour tenter l’admission, deux tiers des reçus détiennent en réalité un M1 ou un M2. Et 73 % ont obtenu la mention bien ou très bien au bac. Ils viennent en majorité d’un IEP (Institut d’études politiques), de formations universitaires d’histoire, de langues et de lettres, mais tous les profils détenant une licence peuvent aussi tenter leur chance : "Les parcours atypiques peuvent également nous intéresser", souligne Corinne Vanmerris, directrice des études à l’ESJ Lille.

Le concours comprend deux parties : tout d’abord, des épreuves écrites d’admissibilité : "Lors de l’épreuve d’actualité, coefficient 4, nous évaluons avant tout la compréhension du monde contemporain du candidat. Mon conseil est de s’imprégner de l’actualité, de s’entraîner à parler et à décrypter les différents sujets", détaille Pierre Savary, directeur de l’ESJ Lille. Si le candidat est admissible, il passe les épreuves orales d’admission où il présente son projet professionnel et montre son niveau d’anglais. Aux 50 retenus à la suite de ces sélections drastiques, s’ajouteront dix étudiants internationaux.

Les conseils de Corinne Vanmerris : "Sans préparation, il n’y a aucune chance de réussite à l’écrit. Le candidat doit suivre et comprendre l’actualité et ses enjeux, se les approprier, tout en conservant une vie sociale et culturelle, un intérêt pour les autres. Et pour réussir à l’oral, le fait d’avoir réalisé un stage dans un média ou même d’avoir rencontré et échangé avec des professionnels, afin d’avoir une vision claire de ce qu’est le métier de journaliste, est essentiel."

D’autres formations à l’ESJ Lille

Si le diplôme de grade master reconnu par la CPNEJ (conférence paritaire nationale des métiers du journalisme) demeure la figure de proue de l’établissement, l’école propose plusieurs autres formations. À commencer par deux licences professionnelles, portées également par l’université de Lille : journalisme de sport et journalisme de proximité. Accessibles à partir d’un bac+2, ces deux cursus durent chacun une année.

Autre filière : celle de journaliste scientifique, cette fois ouverte aux titulaires d’un bac+4 en "sciences exactes, naturelles ou humaines". Existant depuis 1993, cette formation d’une année offre un M2 et permet à des étudiants en sciences de découvrir le monde du journalisme scientifique. Le coût des licences professionnelles et de ce M2 est le même que celui de la filière généraliste.

Enfin, l’école propose depuis peu "l’Académie ESJ Lille", toujours en partenariat avec l’université de Lille. À côté d’une licence au choix à l’université (dont économie et gestion, droit, science politique, STAPS, histoire, lettres modernes ou encore philosophie), entre 150 et 170 étudiants suivent chaque année des cours à l’école de journalisme, pendant leurs études à la fac. Après deux années à découvrir le décryptage de l’actualité, la connaissance des médias et le métier de journaliste, ils sont encadrés dans la préparation des concours. D’après l’Académie, 60 % de ses étudiants ont intégré une école de journalisme reconnue en 2017.