Crise sanitaire : quelles conséquences pour les écoles de journalisme ?

Par Amélie Petitdemange, publié le 05 Octobre 2021
6 min

Quel est l’impact de la crise sanitaire sur les écoles de journalisme ? Des directeurs d’école et des étudiants ont livré leurs témoignages aux Assises du journalisme de Tours, le jeudi 30 septembre.

Tours accueillait les Assises du journalisme du 28 septembre au 1er octobre. Au programme : trois jours de conférences, d’ateliers et de débats sur la pratique du métier et la thématique du réchauffement climatique.

Ce jeudi, plusieurs écoles de journalisme se sont réunies pour discuter des enjeux des écoles après le Covid. Des directeurs d’école et des professeurs échangent à bâtons rompus dans une petite salle du Mame, un lieu de coworking à Tours. Devant eux, un public de journalistes et d’étudiants.

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Un présentiel inégal selon les écoles

Depuis le début de la crise sanitaire, le présentiel n'a pas été égalitaire entre les écoles de journalisme. Roselyne Ringoot, codirectrice de l’Ecole de journalisme de Grenoble (EJDG), souligne les disparités mais aussi les incohérences: "Le recteur de région a pu accorder des dérogations pour donner des cours en présentiel. Début novembre, seules trois écoles en ont obtenue. Puis avec la médiatisation de la question de la santé mentale, il y a eu d'autres dérogations mais qui étaient parfois tellement restrictives qu'elles n'ont jamais été appliquées !"

Là encore, l’application a aussi été contrastée. Certaines écoles ont pu avoir des dérogations pour faire des reportages de terrain, mais pas toutes. Des décisions qui ont pu dépendre selon Roselyne Ringoot du lien entre les écoles et leur recteur ainsi que de la politique de l’université dont elles faisaient partie.

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Des cours de journalisme difficiles à suivre en ligne

Et c'est bien l'incertitude qui a été le plus difficile à vivre pour de nombreux étudiants. C'est le cas de Louis, alors étudiant en master de journalisme au CFJ Data à Lyon. "Pendant le second confinement, tous les cours avaient lieu à distance. J’étais rentré dans ma famille en Ardèche et je ne savais pas si je devais revenir pour une reprise en présentiel. C’était une charge mentale d’anticiper où on devait travailler et comment". Pierre, dans la même promotion que lui, acquiesce : "Certains cours théoriques étaient infaisables en ligne, comme le code".

Mathilde, alors étudiante en master 2 à l’EJDG, spécialité radio exprime le même ressenti. "Faire de la radio à distance, c’était impossible. Nous étions chacun à un bout de la France à nous enregistrer sur Zoom", raconte-t-elle. En spécialité presse écrite, la tâche n’était pas plus simple, raconte Maéva, également étudiante à Grenoble : "le confinement a eu des conséquences sur notre projet d’enquête. Ce n’est déjà pas facile en temps normal, mais là on ne pouvait quasiment rien faire".

Mener une enquête sans sortir de chez soi relève de la gageure. "Mon enquête portait sur le dopage dans le rugby amateur. C’était difficile de nouer un lien de confiance avec mes interlocuteurs sans les voir", raconte la jeune femme de 25 ans. Les étudiants ont du s’adapter et privilégient davantage les sources officielles et les documents disponibles en ligne.

Pierre, Mathilde et Maéva, étudiants en journalisme à Lyon et à Grenoble, ont passé la majeure partie de l'année à distance.
Pierre, Mathilde et Maéva, étudiants en journalisme à Lyon et à Grenoble, ont passé la majeure partie de l'année à distance. // © Amélie Petitdemange

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Une bonne insertion professionnelle mais des reconversions plus précoces

Malgré cette année chaotique, l’insertion professionnelle des étudiants reste bonne – bien que plus tardive. "On s’attendait à une énorme vague de chômage. Mais les rédactions touchée par le Covid, avec des journalistes malades ou qui n’avaient pas pu prendre de vacances, ont embauché les étudiants. L’insertion a été quasiment meilleure que les années précédentes", souligne Éric Nahon.

"Les rédactions sont frileuses mais ça va mieux que l’année dernière. En revanche, il n’y a pas eu de rencontres entre la promotion de master 1 et de master 2 car nous étions à distance. Donc nous n’avons pas échangé d’idées de stage ni créé un réseau", souligne Maéva, fraichement diplômée de l’EJDG.

Le changement majeur réside dans le nombre de reconversion après le diplôme. "D’habitude, la fatigue peut arriver après trois ou cinq ans d’activité professionnelle. Cette année, nous avons plus d’étudiants qui ont très vite bifurqué vers autre chose", relate Éric Nahon.

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Conserver les concours aux écoles de journalisme à distance

Les concours pour entrer en école de journalisme, qui sont passés à distance lors de la crise sanitaire, ont aussi fait des émules. Pour Marc Epstein, président de La Chance, une prépa gratuite aux écoles de journalisme pour les boursiers, la sélection à distance estompe les inégalités. "Les concours à distance ont tout changé pour nos étudiants, qui tentent en moyenne sept à huit concours. Quand vous êtes fille d’agriculteur dans une région reculée, vous devez envisager un budget très conséquent en termes de frais de déplacements et d’hôtels. Le premier obstacle pour ces étudiants, c’est l’argent. Si les écoles sont attachées à un recrutement plus diversifié, il est essentiel de garder ces concours à distance", plaide-t-il.

Louis, 23 ans, a passé les concours des écoles de journalisme à distance l’année dernière. "J’ai préféré ce mode de sélection, ne serait-ce que pour la question économique. Et puis nous avions plus de temps pour appeler les interviewés et pour écrire les articles, ça se rapprochait plus d’un travail de journaliste", témoigne l’étudiant.

Valérie Jeanne-Perrier, professeur au Celsa, assure que "cet élément a été pris en compte" par les écoles de journalisme. La crise sanitaire pourrait bien avoir un impact durable sur la sélection des futurs étudiants en journalisme.

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