"Il est urgent d’agir" : la Défenseure des droits alerte sur la santé mentale des enfants

Par Lola Fourmy, publié le 25 Novembre 2021
5 min

Mauvaise prise en charge du mal-être des enfants, harcèlement scolaire, manque de professionnels... Le dernier rapport de la Défenseure des droits sur la santé mentale des enfants met en lumière plusieurs problématiques.

Chaque année, le Défenseur des droits reçoit plus de 3.000 saisines qui concernent le droit et l’intérêt supérieur de l’enfant et beaucoup ont un rapport avec leur santé mentale. Dans le rapport "Santé mentale des enfants : un droit au bien-être pour tous", auxquels 600 enfants de 3 à 18 ans ont participé, la Défenseure des droits, Claire Hédon, et celui des enfants, Eric Delemar, dressent 29 recommandations sur la prévention, le repérage et la prise en charge des souffrances des enfants pour que leur santé mentale ne soit plus un tabou.

Renforcer la prévention et l’écoute

Prendre en charge la santé mentale dès le plus jeune âge, c’est éviter que des troubles deviennent des pathologies à vie, rappelle d’emblée le rapport. Ses auteurs recommandent donc de renforcer l’accompagnement des parents dès la naissance des enfants, notamment grâce à des lieux d’écoute et de conseils comme les services de la PMI (protection maternelle infantile).

Le rapport met aussi l'accent sur l'importance de la prévention face à l’addiction aux écrans pour les adolescents et alerte sur ses risques : développement cognitif altéré, cyberharcèlement, revenge porn… en favorisant les interventions sur le sujet dès l’école. Le rapport met aussi en garde face à un manque d’écoute du mal-être parfois très important des plus jeunes. En effet, il rappelle que si les maisons des adolescents accueillent les jeunes un peu partout sur le territoire, il faut encore favoriser les lieux d’écoute pour les 6–11 ans car la moitié des pathologies apparaissent avant 14 ans.

Avec 700.000 enfants harcelés chaque année, la Défenseure des droits appelle aussi à une meilleure reconnaissance des victimes, à les prendre au sérieux et à agir plus rapidement en cas d’alerte pour éviter les drames.

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Plus de moyens pour une meilleure prise en charge

"Dire que c’est compliqué est un euphémisme", confie Linette, maman de Lou, qui habite dans la campagne lyonnaise. Depuis petite, sa fille a "son petit caractère" comme elle le qualifie, mais au fil du temps, sa scolarité s’est transformée en calvaire. Son anxiété à l’idée de se retrouver en classe a grandi au point d’en arriver à la déscolarisation et à une grande dépression.

C’est seulement récemment que le diagnostic a été posé : Lou souffre d'un syndrome d’autiste asperger. "On se sent dans une impasse. Les enseignants m’ont fait des remarques désobligeantes, mais je n’ai pas été soutenue. Pour trouver des spécialistes, il n’y a pas de disponibilité ou ils se trouvent à l’autre bout du département !" conclut Linette, désemparée. C’est précisément pour améliorer la prise en charge au cours de la scolarité que le rapport recommande de développer la formation des professeurs sur la psychologie de l’enfant. Augmenter le nombre d’infirmières et de médecins scolaires apparait aussi comme une nécessité. Le rapport insiste par ailleurs sur la baisse importante du nombre de pédopsychiatres en France face à une demande toujours plus importante.

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Les effets dévastateurs de la crise sanitaire

S’il est urgent de prêter attention à la santé mentale des enfants les plus fragilisés, notamment ceux souffrant de handicap, les 2,9 millions d’enfants précaires ou encore les jeunes pris en charge par l’aide sociale à l’enfance (ASE), le rapport dresse aussi un constat alarmant sur les effets de la crise Covid.

Ainsi, les symptômes dépressifs ont été multipliés par deux chez les 15–24 ans et atteignent 20% de cette population. On note aussi un fort sentiment de repli. Pour exemple : les demandes d’enseignement à la maison ont doublé dans le Rhône cette année. Selon la Défenseure des droits, il est essentiel de réaliser une étude longue sur les effets de cette crise afin de mieux les maitriser. "Il est urgent d’agir", affirme le rapport qui rappelle que "prendre soin de la santé mentale des enfants, c’est aussi prendre soin de celle des adultes qu’ils deviendront".

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