Reportage

Fête de la science : "Tout le monde peut en faire"

fete de la science
La fête de la science 2022 célébrée dans le lycée de l'Assomption à Rennes. © Nalini Lepetit-Chella
Par Nalini Lepetit-Chella, mis à jour le 10 octobre 2022
6 min

La Fête de la science débute ce vendredi 7 octobre 2022 un peu partout en France. A Rennes, la chercheuse Virginie Durier est ainsi venue discuter avec des élèves de seconde de la place des femmes dans les sciences.

Son objectif, Virginie Durier l'affiche clairement aux 29 élèves de seconde devant elle : "Essayer de vous convaincre que, la science, tout le monde peut en faire." "Vous avez le droit de ne pas aimer les maths. Mais vous avez aussi le droit de vous interroger sur pourquoi vous rejetez les maths, alors qu'a priori, vous n'êtes pas mauvais", poursuit la chercheuse du Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Ce vendredi 7 octobre, premier jour de la Fête de la science, l'éthologue est venue dès 8 heures au collège-lycée de l'Assomption, à Rennes. Spécialiste du comportement animal et surtout humain, elle est invitée par Marie-Andrée Rolland, enseignante en sciences et vie de la Terre, pour aborder les enjeux de la sous-représentation des femmes dans les sciences avec la classe de lycéens.

30% de chercheuses dans le monde

Le jour se lève à peine lorsque l'intervention commence, et un silence attentif règne. Après avoir défini les termes de la discussion (science, recherche, etc.), Virginie Durier rentre dans le cœur du sujet. "Pensez-vous que les femmes ont des capacités intrinsèques pour devenir des scientifiques de haut niveau ?", demande-t-elle aux élèves. Quelques "oui", "évidemment" fusent en réponse.

Pourtant, 67% des européens interrogés sur ce point par OpinionWay dans un sondage de 2015 estimaient que les femmes "manquent de capacités" pour y parvenir, cite la chercheuse. Selon cette enquête réalisée dans cinq pays, elles manqueraient notamment d'intérêt pour les sciences, de persévérance, d'un esprit rationnel et de sens pratique.

Et "le monde de la recherche n'est pas vraiment plus ouvert que la population générale" sur ces questions, indique Virginie Durier. Seuls 30% des chercheurs dans le monde sont des femmes, selon un rapport de l'Unesco de 2019. En France, 28,3% en 2018.

Virginie Durier intervient auprès d'élèves de seconde sur la représentation des femmes dans la science.
Virginie Durier intervient auprès d'élèves de seconde sur la représentation des femmes dans la science. © Nalini Lepetit-Chella

Mécanisme insidieux

"Mais on n'empêche pas une femme d'être scientifique", intervient Clément, élève de seconde intéressé par les sciences politiques. "La preuve : il y en a. Par exemple, on ne peut pas refuser [un poste] à une femme en lui disant que c'est juste une femme." L'intervenante lui répond qu'effectivement, ce n'est pas possible en France.
Cela passe plutôt par des mécanismes "diffus", "insidieux", décrit-elle. "Dans les publicités, il y a beaucoup plus souvent une petite fille assise sur le canapé en train de lire et un petit garçon en train de jouer aux Lego et construire des choses." La répétition de ce type de messages crée une "attente sociétale" à laquelle beaucoup tentent de se conformer.

Pousser à la réflexion

Interrogée après l'intervention, Sasha indique n'avoir "jamais entendu parler du fait que les garçons étaient censés être plus forts en maths". "Pour moi, c'était plutôt l'inverse", ajoute la jeune fille qui souhaite faire médecine, inspirée par sa sœur et sa mère, toutes deux dans les sciences. Fille de deux médecins, Coline considère pour sa part que "les chiffres ne sont pas très importants parce qu'on suit notre chemin et on s'en fiche de l'avis des autres". Elle prévoit d'ailleurs de travailler sur l'espace, passionnée par le sujet.
L'avis de leur camarade Clémence, intéressée par la SVT comme par les langues, est plus mitigé. Si elle se dit "un peu perplexe" face à certains exemples cités pour évoquer les biais implicites, "il y avait des choses où je me suis complètement identifiée", raconte-t-elle. Le jeune Hélian, qui envisage de faire médecine comme sa sœur, dit quant à lui comprendre les propos de l'intervenante. "C'est vrai que quand tu es enfant, tu as un modèle qui n'est pas imposé, mais où tu t'identifies plus."
Lilou, "tournée vers l'automobile", a pour sa part apprécié que la présentation de Virginie Durier soit appuyée sur "des chiffres et des preuves, et pas juste des paroles".

"Je vais leur montrer que c'est faux"

Qu'ils identifient ou non les stéréotypes évoqués, la réaction de ces élèves diffère face à ces éventuelles difficultés à venir. "Si on est déterminé, le fait que des gens nous disent qu'on ne va pas y arriver ne va pas nous empêcher de le faire", affirme Coline. Et Sasha de renchérir que dans un tel cas, "je vais mettre encore plus d'énergie pour y arriver ; je vais leur montrer que c'est faux."
A nouveau, l'avis de Clémence diffère de ses camarades. "Cela va dépendre de qui me le dit. Si c'est une personne très proche de moi, cela va vraiment me faire du mal." La réaction face à une telle situation "dépend de la nature de chacun", estime la jeune fille.
Ces lycéens auront l'occasion de faire mentir les chiffres dès la fin de l'année en choisissant leurs spécialités

. Alors que les filles comptaient pour 55,6% des élèves de première générale en 2021-2022, elle n'étaient en effet que 48,1% en spécialité maths, 45,4% en physique-chimie, 18,5% en numérique et sciences informatiques et 15,4% en sciences de l'ingénieur.

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