Méconnu, le secteur du fluvial forme et recrute

Par Florian Dacheux, publié le 11 Novembre 2022
5 min

Secteur d’avenir en termes de transport durable de marchandises et de tourisme vert, le fluvial peine à attirer des vocations à tous les postes. Partons à la découverte des métiers et des formations de cette filière à fort potentiel, à contre-courant d’un mode de vie sédentaire.

Avant de s’y plonger, il est bon de rappeler que le secteur de la navigation fluviale se subdivise en deux grandes familles : le transport de marchandises d’une part et le transport de passagers (tourisme) d’autre part.

Deux familles au sein desquelles les opportunités d’emploi ne manquent pas. À commencer par celui de matelot, ce couteau suisse omniprésent sur le pont. Des tâches courantes d’entretien aux manœuvres d’amarrage et de guidage, il apprend à naviguer sur tous types de bateaux. Avant de grimper dans la hiérarchie comme capitaine, puis commandant.

Niveau bac pro

Pour le devenir, le bac professionnel de navigation fluviale a pris le dessus sur le CAP éponyme. "Les bacs pros ont davantage de plus-values, car on en sort avec un diplôme de timonier et non de matelot, ce qui permet de passer plus rapidement le permis pour devenir conducteur", témoigne François Manouvrier, le directeur du CFA de la navigation intérieure du Tremblay-sur-Mauldre (78).

Formés en alternance dès la seconde, ces apprentis nomades apprennent littéralement au fil de l’eau : leur formation les amène de la Seine au Rhin, en passant par le Rhône. Outre la navigation et les manœuvres, ils suivent des cours de pratique en maintenance, électricité et mécanique.

Un convoi-école du centre de formation d'apprentis de la navigation intérieure 78.
Un convoi-école du centre de formation d'apprentis de la navigation intérieure 78. // © CFANI

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De matelot à capitaine

"Une fois diplômés, la plupart font cinq ou six ans de salariat dans une compagnie de navigation avant de se lancer comme artisan à leur compte, poursuit François Manouvrier. Le problème, c’est que les capitaines deviennent une ressource rare."

Liée à des directives européennes, la présentation à l’examen pour l’obtention du certificat de capacité pour la conduite des bateaux de commerce est désormais subordonnée à l’acquisition d’une expérience professionnelle de quatre ans en tant que membre d’équipage de pont.

En parallèle, les futurs bateliers peuvent ajouter une formation en gestion d’entreprise telle que la mention complémentaire transporteur fluvial (apprentissage sur deux ans) ou intégrer l’ISNI (ingénierie supérieure de la navigation intérieure), unique cursus supérieur dédié aux métiers de la navigation, du transport et de la logistique fluviale. Située à Elbeuf (76) et Chalon-sur-Saône (71), cette école forme également des auxiliaires de transport de niveau bac+2 en comptabilité et droit.

Un secteur qui a le vent en poupe

Au-delà des métiers à bord des bateaux de commerce, les croisières fluviales, sur fond de tourisme dit "vert", se sont considérablement développées ces dernières années. On y retrouve tous les métiers de la navigation et de la logistique, mais aussi ceux de l’hôtellerie-restauration (accueil, service, cuisine, …) et de l’événementiel (animation, spectacle vivant, communication et marketing, …).

D’une péniche-hôtel à un paquebot, les équipages peuvent être composés de cinq à cinquante salariés. La pratique d’une langue étrangère peut être requise.

Le MS Symphonie effectue des croisières sur le Rhin et le Danube.
Le MS Symphonie effectue des croisières sur le Rhin et le Danube. // © CroisiEurope

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Moins polluant que le transport routier

Malgré le regain d’intérêt des pouvoirs publics, bien conscient des limites du tout routier, le fluvial peine à attirer des jeunes marins d’eau douce en formation. "Il n’est pas assez mis en avant, estiment de concert Louis et Kenjy, actuellement en première année de bac pro. Au collège, quand on a dit qu’on voulait faire bateliers, on a ressenti la méconnaissance. Certes, il y a du travail de nuit, parfois le week-end, mais on y voit d’autres horizons et on peut bien en vivre."

Leur compère Erwan confirme : "Je n’aime pas rester à un seul endroit, alors quand j’ai découvert le fluvial, je n’ai pas hésité. Nos professeurs nous transmettent leur passion. Un bateau polluera toujours moins qu’un camion. C’est plus lent, mais on transporte plus." Tout est dit.

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