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Fusillade dans un lycée de Grasse : "Entraînés, les élèves se sont calfeutrés très vite"

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Une fusillade a éclaté le 16 mars au lycée Tocqueville à Grasse, près de Nice. Les élèves ont été pris de panique, et certains ont appliqué des consignes de sécurité qu'ils avaient apprises. // © Google Street View
Une fusillade a éclaté le 16 mars au lycée Tocqueville à Grasse, près de Nice. Les élèves ont été pris de panique, et certains ont appliqué des consignes de sécurité qu'ils avaient apprises. // © Google Street View

Fait inédit en France, un lycéen a ouvert le feu dans son établissement à Grasse (06), jeudi 16 mars 2017, et blessé au moins trois personnes. Suite à la fusillade, certains élèves sont parvenus à appliquer les consignes de sécurité. Les exercices attentat-intrusion avaient eu lieu à l'automne pour se préparer à ce type de scénario.

Une fusillade a éclaté, jeudi 16 mars 2017, au lycée Alexis-de-Tocqueville à Grasse (06). Le suspect, Killian, un lycéen de 17 ans lourdement armé – il portait un fusil, un revolver, un pistolet et deux grenades – a blessé au moins trois personnes, dont le proviseur. Aucun pronostic vital n'est engagé. Killian était élève en première L et aurait été victime de harcèlement scolaire d'après "Nice Matin". Sa page Facebook montre sa fascination pour le satanisme, le gore et la tuerie du lycée américain Columbine, qui avait fait 13 morts en 1999. 

Quand les coups de feu ont retenti à Tocqueville, vers 12 h 30, les élèves étaient pour la plupart en pause déjeuner. Certains étaient en classe, d'autres à la cantine.

Des lycéens préparés au pire

Des tirs dans un lycée, une première en France. Interrogé par France Info, Maître Laurent-Franck Lienard, avocat spécialiste du droit des armes, expliquait à l'antenne que par le passé "il y a eu 'des 'amok', des tueurs fou, de masse, comme au conseil municipal à Nanterre. Mais on n'a jamais eu ça dans un établissement scolaire en France", contrairement aux Etats-Unis. 

Après les attentats de 2015 et de 2016, le gouvernement a tenté de préparer les élèves à ce type de scénarios. De la maternelle au lycée, des exercices attentat-intrusion assortis d'une formation aux premiers secours ont eu lieu à l'automne en France. "Tous les établissements ont mis en place des exercices de confinement avant les vacances de la Toussaint, indique le ministère de l'Éducation nationale. Le lycée de Grasse l'a mis en application [aujourd'hui]."

Lire aussi : Exercice attentat intrusion : "Le terroriste, on lui lance des poêles ?"

Durant ces exercices, émaillés d'imprévus, les élèves ont appris à réagir au quart de tour. Lorsqu'une sonnerie retentit, ils ferment les volets, verrouillent les portes et renversent les tables pour en faire des barricades. Quentin, en terminale à Lyon, interrogé en novembre 2016 par l'Etudiant, regrettait  alors "qu'il n'y avait pas assez de chaises pour occulter toutes les fenêtres".

"Pour ce genre d'événement, c'est le chef d'établissement qui donne l'alerte aux différentes autorités. Il y a un système mis en place par SMS. La mission des professeurs et des élèves est de se cacher", rappelle le ministère.

"Ils se sont calfeutrés, comme cela leur avait été appris"

Malgré la spontanéité des réactions, ces consignes ont été plutôt respectées, assure Irène*, la gestionnaire du lycée Tocqueville. Encore sous le choc lors de notre entretien téléphonique, elle était aux premières loges. "J'ai ouvert tout de suite toutes les portes avec mes collègues. Les élèves ont d'eux-mêmes pensé à sortir le plus rapidement possible de l'établissement. Il n'y a pas eu un mouvement de panique excessif. Pas plus que cela... Les autres, même pressés, se sont bien calfeutrés, comme cela leur avait été appris lors des exercices attentat-intrusion", poursuit-elle. 

Vue de l'extérieur, la scène a paru plus chaotique... "On a entendu quelques coups de feu et trois lycéennes sont rentrées dans notre boutique, en nous disant qu'un de leurs camarades était rentré avec une arme dans le lycée. Elle étaient vraiment choquées. L'une d'elles s'était retrouvée face à l'homme qui avait le fusil, et qui la braquait. Sous le choc, elle n'a pas pu dire grand chose", reconstitue le gérant d'un magasin de vélos à proximité du lycée.

Le commerçant d'en face a vu déferler des lycéens paniqués alors qu'il prenait son repas dans un fast-food. "Alors qu'on mangeait, ils sont arrivés à 20. Ils pleuraient, tous les lycéens se sont réfugiés ici d'un coup", assure-t-il.

Les autres établissements confinés

À la demande du rectorat de Nice, tous les autres établissements du département ont été placés aussitôt en confinement. "Tous les élèves ont été confinés dans les classes, en attente d'instructions. C'est un camarade qui est intervenu en classe pour nous l'annoncer", indique Alexis, élève au lycée Amiral de Grasse, touché par ces mesures. 

Vers 13 h 30, le recteur, Emmanuel Ethis, a annoncé l'ouverture d'une cellule de crise et a demandé aux parents "de ne pas venir pour l'instant pour laisser la sécurité agir". Dès 13 h 50, Juliette Méadel, la secrétaire d'État chargée de l'Aide aux victimes, affirmait sur Twitter que "tous les élèves [étaient] à l'abri". Le service public de l'aide aux victimes a été activé.

Simultanément, le ministère promet des mesures anti-attentat

Ironie du sort, ce même 16 mars, à 12 h 30, soit quelques minutes avant la fusillade, le ministère de l'Éducation nationale affirme qu'il va renforcer la sécurité dans les écoles. Dans son communiqué, il promet la mise en œuvre de "procédures de gestion de crise et sécurisation des établissements d'enseignement face à la menace terroriste". Des préconisations issues d'un rapport, paru le 7 mars 2017, de l'Inspection générale de l'éducation nationale et de l'Inspection générale de l'administration. Qui alerte justement sur le fait que les établissements scolaires sont très mal protégés contre le risque d'attentat.

* Le prénom a été changé à la demande du témoin.