1. Journée de la jupe : "Je mets une jupe si je veux !"
Reportage

Journée de la jupe : "Je mets une jupe si je veux !"

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Au lycée Gustave-Monod, de nombreuses filles et quelques garçons ont mis une jupe pour lutter contre le sexisme. // © erwin canard
Au lycée Gustave-Monod, de nombreuses filles et quelques garçons ont mis une jupe pour lutter contre le sexisme. // © erwin canard

Selon les syndicats lycéens, plus de 200 lycées en France se sont mobilisés pour la Journée de la jupe. Reportage au lycée Gustave-Monod, à Enghien-les-Bains (95), où les jupes étaient de sortie chez les filles comme chez les garçons.

"J'ai archi froid, mais c'est pour la bonne cause !" Oriane, élève de terminale L, grelotte devant le lycée Gustave-Monod d'Enghien-les-Bains (95). La chaleur des jours précédents s'est volatilisée. Mais si la lycéenne a mis une jupe par cette température à un chiffre, ce n'est pas par étourderie. En effet, ce vendredi 19 mai 2017 a lieu la troisième édition de la Journée de la jupe, une journée symbolique où les filles et les garçons portent ce vêtement pour condamner le sexisme et les inégalités hommes-femmes.

La première esquisse d'un tel mouvement date de 2006, lorsqu'une classe d'un lycée près de Rennes (35) s'est mobilisée pour revendiquer l'égalité entre les sexes et critiquer notamment les remarques déplacées à l'égard des filles portant des jupes. Onze ans après, cette journée particulière est organisée pour la première fois au niveau national, à l'appel de quatre syndicats lycéens (SGL, UNL, UNL-SD et FIDL). Selon ces derniers, plus de 200 établissements ont participé.

"Mettre une jupe au lycée, c'est toujours recevoir des remarques"

À Enghien-les-Bains, les jupes sont donc de sortie aujourd'hui. De nombreuses filles en portent, ainsi que quelques garçons. La plupart des élèves, ainsi que des enseignants et des personnels administratifs, arborent le sticker "Journée de la jupe 17" imprimé pour l'occasion et distribué aux abords de l'établissement. "Ces stickers sont surtout pour les garçons qui avaient peur de mettre une jupe ou n'en avaient pas le droit, à cause de pressions familiales par exemple, et qui veulent quand même montrer leur soutien, explique Coline, en terminale S à Gustave-Monod et déléguée à la communication du SGL (Syndicat général des lycéens). L'idée est de dire : je mets une jupe si je veux et je ne veux pas que vous parliez de mon corps ! Car, malheureusement, en mettre au lycée, c'est toujours recevoir des remarques…", constate Coline.

Jessica, élève en seconde, a elle aussi mis une jupe "pour défendre les droits des femmes". C'est exceptionnel pour elle, qui ne porte pas souvent ce vêtement. "Quand on en met, on est vu comme un objet, on est mal regardé, on nous dit que c'est vulgaire, alors je n'en mets pas…", soupire-t-elle. "J'ai souvent été insultée de prostituée, de fille facile quand j'ai mis une jupe, ajoute Sarah, en terminale ES. En porter une aujourd'hui, c'est afficher la liberté de s'habiller comme on veut, montrer qu'on est forte et qu'on ne se laisse pas intimider."

"Je lutte contre toutes les discriminations"

Jupe par-dessus le jean, Mickaël, en terminale STI2D, a voulu afficher son soutien à la cause de l'égalité hommes-femmes. "C'est un peu pour ressentir ce que les filles ressentent, mais surtout pour montrer que tout le monde peut combattre le sexisme, qui est présent au quotidien, dans la rue, les transports…"

Si cette journée est d'abord un moyen de dénoncer la discrimination dans les établissements scolaires, il a une visée plus large. "Nous critiquons les inégalités hommes-femmes en général, souligne Coline. Au lycée, par exemple, il y a beaucoup de filles en L et une seule en STI2D. Tout le monde devrait pouvoir faire ce qu'il veut." "Les grossesses retardent les carrières des femmes, elles n'ont pas les mêmes salaires que les hommes, il y a peu de femmes aux postes importants et les tâches domestiques sont faites essentiellement par les femmes…" énumère également Sarah.

La Journée de la jupe peut même être l'occasion de s'élever contre d'autres formes d'intolérances. Ainsi, Medhi ne porte pas de jupe, mais une djellaba. Sur lui, au niveau de sa poitrine, est collé le fameux sticker. "Je lutte contre toutes les discriminations. Chacun doit avoir le droit de s'habiller comme il veut, sans avoir à se soucier du regard des autres", revendique-t-il. Un mot d'ordre à diffuser...