1. Supérieur
  2. Prépas
  3. Etudes supérieures : les prépas pour l’égalité des chances se multiplient
Boîte à outils

Etudes supérieures : les prépas pour l’égalité des chances se multiplient

Envoyer cet article à un ami
L'université Paris-Dauphine a monté un programme "égalité des chances" avec 38 lycées de toute la France. // © Paris Dauphine
L'université Paris-Dauphine a monté un programme "égalité des chances" avec 38 lycées de toute la France. // © Paris Dauphine

#OUVERTURESOCIALE [Série spéciale]. Les études supérieures sont accessibles à tous. Une évidence sur le papier, mais pas forcément dans toutes les têtes. Des programmes se développent pour contrer l’autocensure et préparer efficacement les jeunes de tous les milieux sociaux à poursuivre leurs études.

Le programme Egalité des Chances de l’université Dauphine-PSL (l'université est membre du pôle universitaire PSL) intervient dès la classe de première, grâce à un partenariat avec 30 lycées en région parisienne et 8 en province. Les élèves volontaires peuvent rejoindre le programme pour suivre des cours de renforcement pendant leurs deux dernières années de lycée et participer à une journée de découverte de la fac à Dauphine.

Beritan Kanidagli, aujourd’hui étudiante en master Comptabilité Contrôle Audit à Dauphine, a intégré ce programme lorsqu’elle était élève au lycée Marcelin-Berthelot de Pantin. "Je ne connaissais pas Dauphine avant que le programme n’intervienne dans ma classe. Je voulais faire un master, mais je ne savais pas où. Après cette intervention, je me suis dit que c’était une chance à saisir".

Après le bac, Beritan postule à plusieurs universités parisiennes, mais aucune ne l’accepte. "J’avais eu le même problème après le collège : tous les lycées parisiens m’avaient refusée et je suis restée dans le 93". Grâce au programme, elle peut candidater à Dauphine sans passer par APB (ex-Parcoursup) et elle est cette fois-ci admise.

Lire aussi : Des élèves de lycées défavorisés entrent à l'ENS

Parrains, cours de soutien et visites d’entreprises

Une fois à l’université, le programme continue de l’accompagner en lui attribuant trois parrains : un étudiant, un professeur et un professionnel. "Au début, je ne me sentais pas légitime et je voulais abandonner. Mais des amis qui n’étaient pas membre du programme m’ont assuré que j’avais aussi ma place ici", se souvient-elle.

Elle bénéficie de cours de soutien avec des professeurs bénévoles et de visites d’entreprises partenaires, comme KPMG. "Je me souviens m’être dit que je n’aurais jamais le niveau pour travailler dans ce genre d’entreprise", nous raconte-t-elle au téléphone depuis… KPMG, où elle effectue un stage en audit pendant son année de césure de master. "On se met des barrières soi-même, alors qu’on peut y arriver. Ce genre de programme permet de se projeter".

Beritan Kanidagli est étudiante en master comptabilité contrôle audit à Dauphine après avoir suivi la prépa égalité des chances. // © Photo fournie par le témoin
Beritan Kanidagli est étudiante en master comptabilité contrôle audit à Dauphine après avoir suivi la prépa égalité des chances. // © Photo fournie par le témoin

Une prépa à la fac

Le pôle universitaire PSL (Paris Sciences et Lettres) a par ailleurs ouvert un Cycle Pluridisciplinaire d’Études Supérieures (CPES) en trois ans, qui accueille 50% de boursiers. Grâce à un partenariat avec la Cité internationale universitaire de Paris, les étudiants boursiers sont logés à moindre coût. Mais "l’égalité ne se réduit pas à un taux de boursiers", souligne Isabelle Catto, Vice-Présidente licence et affaires académiques. PSL a donc noué des partenariats avec 26 lycées pour cibler les jeunes de banlieues défavorisées ou provenant de zones rurales. Les étudiants jouent aussi le rôle d'ambassadeurs et de mentors dans les lycées dont ils sont originaires.

Cette formation hybride entre licence et prépa est dispensée en petits groupes. "Cela permet de rapidement détecter les décrochages. Ce qui génère instantanément une réaction du corps enseignant, pour re-motiver l'élève en question et l'accompagner différemment vers sa réussite", affirme Isabelle Catto.

La sélection est assez pointue, puisque 90% des étudiants en CPES ont eu la mention Très Bien au bac. 150 étudiants sont sélectionnés chaque année, répartis dans trois filières (Sciences, Humanités, Sciences économiques sociales et juridiques). La totalité des étudiants poursuivent ensuite leurs études : dans des masters sélectifs de PSL ou d'autres universités, à l'ENS ou encore dans des écoles d'ingénieurs.

Lire aussi : Intégrer une grande école après le bac : ces dispositifs qui vous assurent l'égalité des chances

Culture G et méthodologie

Du côté de l’Institut catholique de Paris (ICP), on réfléchit à inclure un dispositif d’accessibilité sociale dans l’Année préparatoire aux études supérieures (Apes). Cette année de formation comprend un enseignement pluridisciplinaire, un enseignement de langues et de méthodologie, ainsi que des ateliers de lecture, d’écriture et d’art oratoire. À cela s’ajoutent des ateliers d’aide à l’orientation et une période de stage ou d’engagement (citoyen, solidaire…).

"Le manque de culture générale et de méthodologie est souvent plus important pour les étudiants issus des milieux sociaux défavorisés. Cet obstacle à la réussite universitaire est renforcé par des revenus qui ne permettent pas de se projeter dans des études longues et de consacrer une année à la consolidation des connaissances et des compétences requises dans l’enseignement supérieur", souligne Claudine Travier, directrice du Pôle Prépas.

À partir de l’année prochaine, trois étudiants bacheliers issus de milieux sociaux défavorisés seront accueillis dans cette formation dans le cadre du dispositif expérimental d’égalité des chances. À terme, ils devraient être cinq. "Le projet peut paraître modeste mais il est lancé à titre expérimental et il est pensé comme l'une des mesures que l'ICP souhaite développer pour accueillir une plus grande diversité de profils sur son campus", commente Claudine Travier.

Les élèves seront sélectionnés sur critères sociaux (échelon 6 ou 7 du Crous) et sur leur dossier scolaire. Après l’Apes, ils pourront suivre la licence de leur choix à l’ICP en étant exonérés des frais de scolarité durant les 4 années du parcours, tout en bénéficiant d’une aide financière pour les frais de vie étudiante.

Des prépas égalité des chances pour entrer à l’ENM

Une fois la barrière des trois premières années d’études supérieures passées, certains d’entre vous se dirigeront vers des écoles et des concours. Là encore, des dispositifs pour l’égalité des chances existent. La prestigieuse Ecole nationale de la magistrature (ENM), à Bordeaux, a créé ses propres prépas "Egalité des chances". Trois classes existent à Bordeaux, Paris et Douai, pour un total de 54 places.

Gratuites et ouvrant le droit à l’obtention d’une bourse, ces classes préparatoires ont pour objectif de diversifier les profils recrutés dans la magistrature. Elles s’adressent aux jeunes diplômés, boursiers et issus de milieux sociaux défavorisés, qui souhaitent préparer le premier concours d’accès à l’ENM. Des activités culturelles et un tutorat vous seront proposés en plus des cours et de la préparation aux épreuves d’admission et d’admissibilité.

Lire aussi : Les autres articles de la série #ouverturesociale