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Décryptage

Prépa scientifique : la classe étoilée, pour briller aux concours des écoles d'ingé

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À Polytechnique, par exemple, la grande majorité des élèves de prépa recrutés proviennent de classe étoilée. // © Jérémy Barande - Ecole polytechnique
À Polytechnique, par exemple, la grande majorité des élèves de prépa recrutés proviennent de classe étoilée. // © Jérémy Barande - Ecole polytechnique

À la fin de leur première année, les meilleurs élèves de prépa scientifique peuvent choisir de rejoindre une "classe étoilée", parfois même dans un autre établissement que le leur. L'objectif : prétendre aux écoles d'ingénieurs les plus cotées et aux écoles normales supérieures, dont les concours sont plus difficiles.

En prépa scientifique, à l'issue de la première année, deux options existent. La première, pour la majorité des élèves : un passage en deuxième année. La seconde, pour les meilleurs étudiants : la possibilité d'intégrer une classe dite "étoilée". Avec en ligne de mire les écoles d'ingénieurs les plus prestigieuses, Polytechnique, CentraleSupélec et les Mines ParisTech en tête, mais aussi les ENS (écoles normales supérieures).

Les effectifs de ces cursus particuliers dépendent de chaque filière de CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles), comme l'explique Mickaël Prost, président de l'Union des professeurs de classes préparatoires scientifiques. "En PSI (physique-sciences de l'ingénieur), la classe étoilée représente 30 % des effectifs, 30 % en MP (maths-physique) et 40 % en PC (physique-chimie). En revanche, cela n'existe pas en TSI (technologie et sciences industrielles)".

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Même programme, en allant "plus loin"

Concrètement, quelle est la différence entre ces promotions constituées des têtes de classe de première année et les autres ? Réponse de François Motard, professeur en PT* (physique-technologie), au lycée Gustave Eiffel, à Bordeaux (33). "L'enseignement est adapté pour passer les concours les plus exigeants. Les enseignants vont plus loin, avec des sujets proches de ceux de ces concours, que ce soit dans les devoirs, les TP, les TD ou les cours. Le programme reste le même, mais en s'adaptant au niveau de chacun", explique-t-il. À ses yeux, le principal avantage de ce système de classes étoilées, qui existe depuis le milieu des années 1990, est de créer des groupes de même niveau. "La prépa étoile permet de constituer des groupes homogènes. Il est donc plus facile pour les professeurs de s'adapter aux besoins des élèves face à eux, que ce soit dans les classes étoilées ou dans les autres. C'est une chance pour tous les élèves", souligne-t-il.

Mickaël Prost confirme : "Les volumes horaires restent identiques entre classe étoilée et classique. En revanche, la façon d'aborder les cours et exercices est différente. En prépa étoilée, on s'éloigne des applications directes du cours, pour valoriser la prise d'initiatives. De fait, le rythme est plus soutenu, en allant plus loin et plus vite. Même si pour réussir un concours, c'est avant tout l'investissement de l'élève qui fait pencher la balance", déclare le président de l'UPS.

Du travail, mais une bonne ambiance

Ces classes étoilées sont donc constituées des meilleurs élèves, capables de suivre un enseignement plus rapide et plus approfondi. Pour les CPGE, il est donc nécessaire d'arbitrer en fin de première année, afin de proposer à certains étudiants de les rejoindre. "Pour les élèves les plus brillants, la question ne se pose pas : ils vont en étoilée. Pour les plus tangents, il faut en discuter ensemble, car tout dépend du tempérament de chacun. Certains réussiront mieux s'ils sont premiers de la prépa non étoilée car cela les motivera. D'autres seront plus stimulés dans la queue de classe étoilée, où ils devront se donner pour rattraper leurs camarades. Nous regardons donc aussi bien le niveau de l'élève, surtout dans les matières scientifiques, que son évolution au fil de l'année écoulée et ses besoins", détaille Véronique Lods, professeure de mathématiques en MP* au lycée Masséna, à Nice (06).

Tous l'assurent unanimement : l'ambiance n'est pas différente entre prépa étoilée et classique. Même s'il faut beaucoup travailler, comme le raconte Margaux, élève en PSI* au lycée Loritz, à Nancy (54). Après un bac S, elle s'est lancée dans une PCSI au lycée Poincaré. Grâce à ses bons résultats, elle se retrouve cette année au lycée Loritz, donc, car son établissement précédent ne disposait pas de classe étoilée dans sa filière. "J'ai beaucoup hésité, mais l'étoile me permettait d'avoir accès à de meilleurs concours, je me suis dit que je n'avais rien à perdre. C'est plus dur qu'en première année, j'ai l'impression d'avoir commencé à vraiment bosser depuis cette rentrée, mais nous travaillons ensemble avec mes camarades. Par exemple, le vendredi soir, on révise à plusieurs pour préparer les contrôles et colles du samedi. L'atmosphère est plutôt bonne, on est très solidaires", déclare l'élève, qui envisage de passer en priorité les concours Mines-Ponts et CCP (concours communs polytechniques, désormais nommés Concours Commun INP).

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Quelques conseils pour les futurs préparationnaires

Quels conseils donner à un lycéen intéressé par ce type de cursus ? Pour Mickaël Prost, de l'UPS, il faut avant tout "passer le cap de la première année". "C'est très bien de se projeter sur une grande école comme Polytechnique et d'avoir des ambitions dès le lycée. Mais il est essentiel de voir son évolution lors de la première année de prépa, afin d'affiner son projet d'orientation et de décider vers quels concours on va se diriger. Il y a souvent un grand décalage entre la terminale et l'arrivée en classe préparatoire", estime-t-il.

De son côté, François Motard encourage ses élèves à travailler sérieusement. "Pour réussir, il faut se mettre tout de suite au travail, avec une vraie régularité, et suivre les conseils de ses professeurs. La clef de la réussite, c'est à la fois l'attention, l'écoute et l'acquisition de bonnes méthodes de travail", ajoute l'enseignant bordelais. En classe étoilée ou non, le conseil reste donc le même : du travail et de la régularité avec, toujours en ligne de mire, les concours. Et peut-être l'école de ses rêves à l'issue du marathon.