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Écoles de journalisme : les formations non reconnues, moins sélectives mais plus coûteuses

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Créée en 1899, l'ESJ forme des journalistes polyvalents. // © Amandine Bollard
Créée en 1899, l'ESJ forme des journalistes polyvalents. // © Amandine Bollard

Considérées parfois comme un choix par défaut, les écoles de journalisme privées non reconnues proposent des cursus professionnalisants et permettent de bénéficier d’un réseau. Mais leur coût est non négligeable.

ESJ Paris, IEJ, EDJ, ISFJ… Derrière ces sigles se cachent d’autres écoles proposant des formations en journalisme. Elles sont de statut privé et ne font pas partie des 14 cursus reconnus par la profession. Regroupant souvent des larges spectres de formations, dans la communication, le numérique ou la vidéo, elles mettent en avant leur côté pratique et professionnel pour séduire leurs futurs étudiants. Qu'elles soient à Paris, Lyon, Montpellier, Bordeaux ou Nantes, chacune a sa formule et ses spécialisations. Avec tout de même quelques caractéristiques communes.

Des profils diversifiés

Les établissements privés non reconnus par la CPNEJ sont tout d’abord réputés moins sélectifs. S’ils ne sont concurrencés que par les petits flux de deux IUT reconnus en postbac, au niveau master, les étudiants peuvent les envisager comme une solution de secours. "J’ai échoué de peu au concours de l’IJBA, mais je ne me voyais pas refaire une année de préparation compte tenu de mon état de stress et du travail que j’avais fourni", soupire Kessila, diplômée de l’ISFJ, à Paris, en 2013, qui travaille aujourd’hui pour des sociétés de production. "L’année dernière, plus de 900 candidats ont passé le concours de l’ESJ Lille. Or, seulement une cinquantaine a été retenue. Quid des autres ? Nous, nous nous leur donnons une chance", déclare Marie Boselli, directrice de l’EDJ Nice.

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Les modalités d’admission varient en fonction de chaque école. Quand certaines proposent un simple entretien de motivation, d’autres organisent écrits et oraux, même s’ils demeurent peu sélectifs. "Je n’ai quasiment pas préparé le concours de l’IEJ Paris : j’ai suivi l’actualité une semaine avant et j’ai été accepté. Sur le coup, ça ne m’a pas paru compliqué", raconte Théo. À l’ISJT à Toulouse, aucune note n’est prise en compte pour intégrer la prépa journalisme qui permettra de rejoindre la formation en trois ans. "Si les yeux de l’élève brillent quand il parle de journalisme, on l’accepte dans l’école sans problème", assure Guillaume Truilhé, son directeur. Autre avantage : ces établissements se veulent flexibles et accueillent des élèves souhaitant se réorienter à tous les niveaux.

Les formations non reconnues en résumé

Écoles Ville Diplôme Niveau d'entrée Durée des études Reconnaissance par l'État/Titre RNCP Frais de scolarité (première année) Alternance
3iS Paris Elancourt Cycle supérieur en cinéma et audiovisuel. Journaliste audiovisuel Bac 3 ans Oui/Oui 7.990 € Non
American University of Paris Paris Bachelor of Arts in Journalism Bac 3 à 4 ans Non/Non 31.420 € Non
EDJ Nice Bachelor journalisme spécialisation information générale Bac 3 ans Oui/Oui 5.715 € Non
Bachelor journalisme spécialisation journalisme sportif Bac 3 ans Oui/Oui 5.715 € Non
Bachelor journalisme international Bac 3 ans Oui/Oui 6.015 € Non
Mastère de journalisme international Bac+3 2 ans Oui/Non 7.125 € Oui
Mastère de journalisme sportif Bac+3 2 ans Oui/Non 7.415 € Oui
Mastère de journalisme d'information générale Bac+3 2 ans Oui/Non 7.125 € Oui
Mastère de journalisme option presse féminine Bac+3 2 ans Oui/Non 7.415 € Oui
EFJ Levallois-Perret, Bordeaux Bachelor journaliste plurimédia Bac 3 ans Non/Oui 7.450 € pour Bordeaux ; 6.650 € pour Levallois-Perret Non
ESJ Paris Paris Certificat de journaliste spécialisation télévision, radio, presse écrite, web Bac 3 ans Non/Non 6.000 € Non
Mastère journalisme de sport Bac+3 2 ans Non/Oui 6.600 € Oui
Mastère journaliste reporter images (JRI) Bac+3 2 ans Non/Oui 7.000 € Oui
Mastère documentaire et investigation Bac+3 2 ans Non/Oui 7.000 € Oui
Mastère presse féminine et mode Bac+3 2 ans Non/Oui 6.600 € Oui
Mastère professionnalisant tous médias Bac+3 2 ans Non/Oui 6.600 € Oui
Mastère Web communication et journalisme Bac+3 2 ans Non/Oui 7.000 € Oui
Mastère presse culturelle et arts de vivre Bac+3 2 ans Non/Oui 6.600 € Oui
Mastère Journalisme animation radio Bac+3 2 ans Non/Oui 6.600 € Oui
ESTEN Sup'Edition Tours Mastère journaliste reporter d'images et documentariste Bac+3 2 ans Non/Non 6.900 € Non
HEJ Montpellier, Lyon, Paris Bachelor e-journalisme Bac 3 ans Non/Non 5.885 € Non
IESCA Aix-en-Provence, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Lille, Lyon, Paris, Montpellier Bachelor journalisme Bac+2 1 an Non/Non De 5.900 € à 6.000 € Non
Mastère journalisme Bac+3 2 ans Non/Non De 6.500 € à 6.700 € Non
IEJ Paris, Strasbourg, Marseille Bachelor de journalisme Bac 3 ans Non/Oui 6.870 € pour Paris ; 6.800 € pour Strasbourg et Marseille Non
Paris M1 Journalisme sportif Bac+3 1 an Non/Non 6.870 € Oui
M1 TV/Radio Bac+3 1 an Non/Non 6.870 € Oui
M1 Presse écrite/Internet Bac+3 1 an Non/Non 6.870 € Oui
M1 Investigation /Magazine d'information Bac+3 1 an Non/Non 6.870 € Oui
M1 Journalisme Mode/ Beauté /LifeStyle Bac+3 1 an Non/Non 6.870 € Oui
M1 Journalisme Digital 360° Bac+3 1 an Non/Non 6.870 € Oui
Marseille M1 Journalisme approfondi / Sportif Bac+3 1 an Non/Non 6.800 € Oui
IICP Paris Journalisme option journaliste sportif Bac 4 ans Non/Oui 6.800 € Oui
Journalisme option journaliste presse écrite/web Bac 4 ans Non/Oui 6.800 € Oui
Journalisme option radio Bac 4 ans Non/Oui 6.800 € Oui
Journalisme option journaliste blogueur mode, beauté et luxe Bac 4 ans Non/Oui 6.800 € Oui
Journalisme option journaliste reporter d'images/monteur Bac 4 ans Non/Oui 6.800 € Oui
Mastère journalisme plurimédia Bac+4 1 an Non/Non 8.300 € Oui
ISCPA Paris, Lyon, Blagnac Bachelor journalisme Bac 3 ans Non/Oui 6.900 € Non
Paris, Lyon Mastère Journalisme d'investigation et innovation territoriale Bac+3 2 ans Non/Oui 7.900 Oui
ISFJ Paris Bachelor Journalisme Bac 3 ans Oui/Oui De 6.200 € à 6.605 € Oui
Mastère reporter, chef d'édition Bac+3 2 ans Oui/Oui De 6.200 € à 6.605 € Oui
Cursus accéléré en journalisme Bac+4 1 an Oui/Oui De 7.200 € à 7.595 € Non
ISJT Toulouse Prépa journalisme Bac 2 ans Non/Non De 4.000 € à 4.150 € Non
Diplôme en journalisme Bac+2 3 ans Non/Non De 4.250 € à 4.400 € Non
Studio école de France Issy-les-Moulineaux Animateur en expression radiophonique Bac 2 ans Non/Non 7.700 € Non

De 6.000 à 7.000 € par an

Mais attention, les frais de scolarité peuvent être élevés : ils vont de 4.250 € l’année (pour l’ISJT à Toulouse) à 31.400 € (pour le Bachelor of Arts in Journalism de l’American University of Paris). En moyenne, comptez de 6.000 à 7.000 € par an.

Pour justifier cette forte mise à contribution des élèves, les écoles insistent sur le coût de la masse salariale et du matériel à disposition. "Un fil AFP est hors de prix. Et en tant qu’école privée, nous avons un souci de rentabilité", souligne Marie Boselli. En effet, contrairement aux cursus publics et universitaires, les écoles privées doivent assumer leurs coûts de fonctionnement.

Privilégier une pédagogie de l’action

Pour attirer de futurs étudiants, ces établissements mettent en avant une formation pratique et professionnalisante, se dressant en alternative pour des journalistes en herbe réfractaires à l’université ou à la prépa. Comme Théo : "Après le bac, j’ai été accepté en licence de sociologie. Mais je n’avais pas envie de faire trois années de fac trop théoriques qui allaient vraisemblablement m’ennuyer." Théo s’est finalement tourné vers l’IEJ Paris, dont il est sorti en 2016, et travaille aujourd’hui pour France Inter et "So Foot".

Même constat pour Marine. Après une année de licence info-com, elle rejoint l’EDJ, à Nice, pour un Bachelor. "La fac n’était pas pour moi. J’avais besoin d’un cadre scolaire, ce qui n’était pas possible avec 700 élèves dans un amphi. À l’EDJ, nous sommes 25 par classe, donc nous profitons d’une correction personnalisée. Forcément, on s’améliore", estime-t-elle. Un encadrement en petit comité bienvenu pour progresser.

L'IICP propose plusieurs options de spécialisation à ses étudiants. // © Amandine Bollard
L'IICP propose plusieurs options de spécialisation à ses étudiants. // © Amandine Bollard

"Tous nos intervenants sont des professionnels en activité, dont des figures connues, comme Nathanaël de Rincquesen, présentateur au JT de France 2", ajoute Ludovic Place, directeur de l’ISFJ à Paris. De quoi faire rêver les élèves, qui se passionnent aussi pour les projets et le terrain. Les écoles l’ont bien compris. Comme l’ISCPA Paris, qui, chaque année, propose un exercice de simulation de reporter de guerre pendant onze jours, en partenariat avec l’École militaire. "Notre volonté est de privilégier une pédagogie de l’action", déclare Mireille Pallares, la directrice de l’institut.

Enfin, ces établissements accordent une place importante aux stages qui sont, pour elles, la principale porte d’entrée vers le marché du travail. "L’IEJ nous pousse au stage et c’est une bonne chose parce que le journalisme est un métier qui s’apprend sur le terrain", estime Mathieu, aujourd’hui en poste à Oui FM. Les cursus se concluent souvent par six mois de stage. Qui peuvent déboucher sur des CDD (contrat à durée déterminée) ou des piges, un premier pied dans le métier.

Une insertion compliquée dans les grands médias

Toutefois, l’insertion après ces formations peut être difficile, notamment dans certains grands médias, comme France Télévisions ou Radio France. La plupart des bourses et prix permettant d’y gagner un CDD sont réservés aux étudiants d’établissements reconnus. Et certains médias privilégient les diplômes renommés. "Des annonces de stage ou d’emploi stipulent clairement qu’il faut venir d’une école reconnue pour postuler, comme celles de France Télévisions, M6 ou TF1", soupire Mathilde, étudiante en dernière année en journalisme à 3iS.

Après trois ans à l’EFJ, à Levallois-Perret, Léa a estimé que sa formation était insuffisante pour devenir JRI (journaliste reporter d’images). “En deuxième et troisième année, l’EFJ a décidé de nous former au nouveau journalisme et nous devions filmer avec nos iPhone. Nous n’utilisions plus les caméras. J’ai fait un prêt étudiant de 22.000 € pour une formation qui n’était pas à la hauteur de mes espérances", affirme-t-elle, déçue. Léa choisit de poursuivre ses études en alternance, au CFPJ, et est ravie de son nouveau cursus : "C'est une grande chance pour moi, je suis en alternance pendant deux ans au pôle reportage de TF1. Je réalise tous les jours des sujets, sur le terrain. On me fait confiance et mon travail porte ses fruits".

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Si la situation peut être délicate en sortie d’école, avec les années, le poids de la formation initiale se réduit, au fil de la carrière. "Les employeurs s’intéressent moins à l’école mais plutôt au profil et aux moyens que l’on se donne pour arriver à ses objectifs", estime Kessila, de l’ISFJ. "On ne recrute pas qu’en fonction de l’école, mais aussi de la personnalité", confirme Aymeric, diplômé de l’ESJ Paris, aujourd’hui journaliste à ‘20 Minutes’.

Entrer dans une école de journalisme, même non reconnue, permet donc d’accéder à un réseau et de côtoyer des professionnels en activité et une communauté de diplômés. Il faut cependant être prêt à être débrouillard et à faire ses preuves pour ses premiers postes. À voir si ce type de formation vous convient, selon votre profil et vos besoins de formation.

L’alternance pour être dispensé des frais de scolarité

En apprentissage ou en contrat de professionnalisation, l’alternance est proposée par une partie des écoles de journalisme, qu’elles soient reconnues ou non par la profession. Elle dispense les étudiants des frais de scolarité, l’entreprise les prenant en charge. L’élève devient alors salarié et perçoit une rémunération chaque mois. Une formule qui permet de mettre un pied dans le milieu professionnel dès ses études.

La majorité des écoles peuvent aider leurs élèves à trouver une entreprise. "Nous avons une cellule relation entreprises qui se consacre à la recherche de contrats de professionnalisation et de stages", explique Ludovic Place, directeur de l’ISFJ. Contactez l’école que vous souhaitez intégrer pour en savoir plus.