1. À Lyon 3, des cours virtuels de droit sur Second Life

À Lyon 3, des cours virtuels de droit sur Second Life

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Créez votre avatar et suivez en direct des cours virtuels sur Second Life : voilà ce que propose la fac de droit de l’université Jean Moulin Lyon 3 à ses étudiants de master. Une expérimentation de cours en e-learning qui pourrait s’étendre aux licences.
 

Des cours en immersion
 

La fac de droit de Lyon 3 sur Second Life, c’est une petite île qui reconstitue à l’identique les bâtiments de la fac de droit réelle, avec ses salles de cours et ses amphis. Depuis 2009, le Centre droit et nouvelles technologies (CDNT) de la fac s’intéresse à Second Life et y mène des expérimentations.


Le bâtiment de la fac de droit de Lyon 3 sur Second Life.

En 2010-2011, un cours virtuel de découverte en droit des affaires canadien
a été proposé à tous les étudiants de master. La formation est organisée en 5 modules. Chacun d’eux est composé d’une 1ère période, de 3 ou 4 semaines, durant laquelle les étudiants sont invités à consulter des ressources en ligne et préparer des travaux en amont du cours proprement dit. "Cela demande une grande autonomie", souligne Julie, 24 ans qui a suivi ce cours en parallèle de sa préparation à l’Institut d’études judiciaires de Lyon : "il faut un vrai investissement personnel".

Le cours virtuel se déroule ensuite en direct sur Second Life. Les étudiants se connectent de chez eux ou de la fac, à un jour et une heure précis. "Ce ne sont pas les mêmes conditions qu’en présentiel, témoigne Julie. On est chez nous, on peut grignoter en même temps, certains s’amusaient à changer de vêtements et d’apparence pendant le cours ! Mais, au-delà de ce côté ludique, au niveau du contenu, on écoute la prof comme dans un amphi". "Il faut être attentif, car à tout moment on peut être interrogé, confirme Yanis, 22 ans, en master 1 Droit et ingénierie financière de Lyon 3. Finalement, on a vraiment l’impression d’être en cours".

  
Interactions

 
C’est par l’intermédiaire de son avatar que l’enseignante canadienne fait ses cours sur Second Life.

Représentée par son avatar,
l’enseignante vérifie que les notions fondamentales sont bien comprises et va plus loin à travers des études de cas pratiques et des exercices, « comme elle le ferait en présentiel, souligne Gérald Delabre, directeur adjoint du CDNT. Il y a une interaction directe et l’on incite les étudiants à prendre la parole".

"On reconstitue vraiment les conditions de la réalité, poursuit-il. À ceci près qu’il s’agit d’un mode d’apprentissage enrichi : un chat local permet d’avoir des échanges en parallèle et de partager des références ou des fichiers."
 

Accompagnement pédagogique

 
Outre une 1ère séance destinée à apprendre aux étudiants à naviguer dans le monde virtuel, Gérald Delabre est présent aux cours pour vérifier l’assiduité des étudiants et accompagner sur Skype ceux qui rencontrent d’éventuels problèmes techniques pour se connecter ou utiliser Second Life.

Point important : apprendre à régler le son. Un paramètre indispensable pour ne pas manquer un passage du cours, mais aussi "éviter d’entendre à travers les murs", comme Yanis en a fait l’expérience au départ…
 

Développement de compétences spécifiques

 
L’évaluation a également lieu à distance : 2 tests sont organisés en direct sur la plateforme pédagogique de la fac. Leur validation ne permet pas d’obtenir des crédits pour son master, mais un "Certificat de Droit des affaires canadien et québécois, obtenu en immersion dans un monde virtuel" qui atteste de compétences spécifiques en la matière.

La salle de classe virtuelle de la fac de droit.

"La formation en immersion dans un monde virtuel
permet à l’étudiant de développer ses capacités d’apprentissage à distance et de travail collaboratif, précise Gérald Delabre. Il s’agit de maîtriser les techniques de communication et de travail collaboratif dans un contexte de réalité virtuelle. Le cours permet également de maîtriser les interactions au sein des mondes virtuels." En effet, si le chat, par exemple, permet de travailler en petits groupes, encore faut-il savoir remettre les idées dans l’ordre car les interventions peuvent se chevaucher. "C’est une habitude à prendre", explique Yanis.
 

Simulations de procès

 
L’avatar de Yanis, 22 ans, en master 1 Droit et ingénierie financière.
Après la fac de droit, le CDNT s’apprête maintenant à reconstituer le Palais de Justice de Lyon dans Second Life. L’objectif : pouvoir mettre les étudiants en situation de procédure. "En contexte, en immersion réelle, les enseignements sont plus efficaces", estime Gérald Delabre.

Les étudiants de licence pourront ainsi s’exercer en faisant des simulations de procès ou découvrir la réalité concrète d’une procédure. Par exemple, s’ils savent rédiger une assignation, un enseignant pourra leur demander d’aller "l’enrôler", c’est-à-dire de la déposer dans le bon bureau auprès du greffe du tribunal. "Cette démarche est généralement évoquée dans 2 lignes de cours, alors qu’elle est essentielle en pratique : c’est comme cela que l’on saisit le juge", insiste l’enseignant de droit, convaincu que Second Life peut ainsi "susciter la prise de conscience de certaines réalités".
 

Des cours de spécialistes accessibles gratuitement

 
Autre avantage des cours virtuels : "avoir des intervenants que l’on ne ferait pas venir spécialement à l’université", souligne Gérald Delabre. Pour les étudiants, c’est l’occasion de découvrir des domaines pointus : après avoir étudié le droit américain et allemand, Yanis était ravi de pouvoir aborder le droit canadien, lui qui voudrait travailler dans une organisation internationale. Surtout que, contrairement à ces précédents enseignements facultatifs qui étaient payants, celui sur Second Life est totalement gratuit.