Clandestins chinois : réactions à chaud des étudiants de l'école perquisitionnée

Par Baptiste Legout, publié le 17 Decembre 2015
3 min

14 perquisitions, tout autant d’interpellations et 260.000 € saisis : tel est le bilan d’une opération de police menée le lundi 7 décembre par l’OCRIEST (Office central pour la répression de l’immigration irrégulière et de l’emploi des étrangers sans titre). L’Etudiant est allé à la rencontre des étudiants de l’école concernée.

Ils n'étaient au courant de rien, et pourtant, ils ne sont guère étonnés par les articles de presse parus le 17 décembre 2015 sur les sites de nos confrères du "Figaro" et de "France Inter". Les étudiants de cette école de FLE (français langue étrangère) et de business parisienne proposant de multiples formations du BTS (brevet de technicien supérieur) au bac+8, reconnaissent bien leur établissement.

Les photos publiées par la presse, la description de la perquisition menée le lundi 7 septembre dont certains ont entendu parler, le souvenir des va-et-vient dans les locaux d'étrangers qui n'ont rien à voir avec les cours, et l'ambiance lourde depuis 2 semaines chassent rapidement tous les doutes. Benjamin*, étudiant en BTS, témoigne : "On sait très bien qu'il se passe des choses bizarres ici." Un de ses camarades complète : "J'ai ouï dire que notre directeur avait eu des problèmes avec la police", sans pourtant en savoir beaucoup plus. Devant les portes de l'établissement parisien, les esprits s'échauffent. Plusieurs jeunes se jettent sur leur téléphone pour lire l'article du "Figaro". Amandine* s'enflamme : "Si c'est avéré, c'est dégueulasse."

Les jeunes ont de quoi justifier leur colère. Les articles parus ce matin dans la presse font état du démantèlement d'une des plus grandes filières d'immigration irrégulière de ces dernières années. Aidé de plusieurs complices, le directeur de l'école est accusé d'avoir mis en place un système de fausses inscriptions pour recruter, en tant qu'étudiants, des Chinois, dont la très grande majorité n'a jamais mis les pieds dans les locaux. Opérationnelle depuis 2013, cette organisation aurait permis de détourner plusieurs millions d'euros. Les "candidats" payaient les frais de scolarité et obtenaient en échange lettres d'invitation, certificats de scolarité et diplômes plus vrais que nature, sans jamais avoir à se présenter en cours.

Une fois le choc passé, Benjamin et ses camarades s'inquiètent. Eux n'ont rien à voir avec tout cela. Ils travaillent dur pour décrocher leur BTS et se font du souci pour leur avenir : "La réputation de l'école va chuter ?" est la question qui se retrouve sur toutes les lèvres. D'autres se demandent si l'affaire aura une incidence auprès des recruteurs quand ils présenteront l'école sur leur CV. Pour certains, cette formation représente une réelle chance de décrocher un BTS, malgré des résultats en deçà de la moyenne nationale (l'école affiche sur son site un taux de réussite de 62,5 % pour son BTS MUC, contre 78 % pour l'ensemble du territoire). Tous attendent des clarifications et des explications. La justice, elle, poursuit son cours. Le directeur de l'établissement et principal accusé, encourt jusqu'à 7 ans de prison.

Contactés par nos soins, l'école se refuse pour le moment à tout commentaire et insiste sur sa volonté de protéger les étudiants et de les accompagner au mieux jusqu'à l'obtention de leur diplôme.
 

*Par soucis de confidentialité, les prénoms ont été changés.

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