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Interview

Santé étudiante et confinement : "La détresse psychologique arrive à tout le monde"

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Pour Laurentine Véron, psychologue, il faut "trouver un moyen de partager ce qu’on vit". // © Adobe Stock/panitan
Pour Laurentine Véron, psychologue, il faut "trouver un moyen de partager ce qu’on vit". // © Adobe Stock/panitan

Seuls dans leur studio, les étudiants font peut-être partie de ceux qui souffrent le plus du confinement. En cette période de crise sanitaire, on oublie parfois que la santé mentale est tout aussi importante que la forme physique. L’Etudiant a donc demandé à une psychologue de faire le point sur la situation.

Cela fait maintenant plusieurs semaines que le confinement a débuté. Après l’urgence de la continuité pédagogique à assurer, les questions liées à la précarité et à la santé étudiante ont très vite émergé. Avec les CROUS, universités, écoles et associations ont mis en place des cellules d’écoute pour aider les étudiants à vivre cette période dans les meilleures conditions possibles. C’est le cas de l’association Apsytude qui accompagne toute l’année quelques 3.000 étudiants partout en France. Laurentine Véron, psychologue et directrice de l’association, répond à nos questions.

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À quelles difficultés les étudiants sont-ils confrontés pendant cette période de confinement ?

Il faut savoir qu’habituellement, cette période de l’année est déjà compliquée pour les étudiants. Donc nous n’avons pas constaté de problèmes particuliers ni de demandes supplémentaires liées à la crise sanitaire : les étudiants doivent déjà constamment s’adapter, c’est le lot de la vie étudiante et ça l’est encore plus cette année.

Chacun réagit à sa manière : on a vu certains étudiants se dégrader psychologiquement et, depuis quelques semaines, on a constaté parmi ceux qui appellent davantage de crises suicidaires. Mais on en a d’autres qui ont su trouver des ressources en eux. Quelques étudiants ont également préféré mettre entre parenthèses leurs consultations parce qu’ils sont retournés chez leur parents et qu’ils manquent d’intimité.

Mais il est vrai que l’isolement, la solitude et l’ennui peuvent générer des idées suicidaires ou des affects dépressifs. Nous avons par exemple eu le cas d’un étudiant qui a passé un mois avec un volet cassé, il était constamment dans le noir, cela provoque des crises. Les addictions peuvent aussi être renforcées pendant cette période.

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Comment savoir si on a besoin d'aide ? Est-ce normal de se sentir en détresse psychologique ?

La détresse psychologique arrive à tout le monde et à tout moment. C'est même une bonne chose ! Je compare souvent cela à un vaccin : une petite dose de tristesse a des valeurs positives. Mais le plus difficile, c'est quand on passe au stade de la dépression. On ne se reconnaît plus, on manque d'envie, on ne se sent pas comme d'habitude… Lorsque cet état se prolonge tous les jours pendant au moins deux semaines, on peut parler de dépression.

Sur notre site, nous avons mis une échelle qui permet aux étudiants de tester leur niveau de détresse. Mais il vaut mieux consulter trop tôt que trop tard. Ce n'est évident pour personne de passer le cap et de demander de l'aide. Cela demande beaucoup de forces et c’est pour cela qu’il ne faut pas attendre, parce que cela devient de plus en plus dur d’avoir la capacité à prendre rendez-vous avec un professionnel.

D’autant que la première rencontre avec un psychologue peut faire peur. Pour se rassurer, il faut se dire que c’est le rôle du psy de vous aider. Il sait comment l’entretien doit se passer. Et puis, c'est avant tout une relation de confiance, si on ne sent pas à l'aise, ce n'est pas grave, on peut changer.

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Quels conseils peut-on donner aux étudiants qui se sentent isolés ?

Il faut entretenir les réseaux qu'on a déjà et échanger avec des communautés avec lesquelles on se sent bien. On peut se servir des réseaux sociaux. Je crois que ce n’est pas le moment de se restreindre par rapport aux écrans. On peut aussi faire du yoga, de la méditation ou de la relaxation pour se recentrer sur soi.

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Mais le plus important, c’est de ne pas se culpabiliser et se dire qu’on fait tous comme on peut pour vivre correctement cette situation. Il faut faire attention à structurer son temps : on ne se couche pas à 6 heures du matin pour se lever à 15 heures. Le rythme permet d’éviter de nourrir les idées dépressives. Le sommeil est d’ailleurs indispensable : il faut avoir des nuits correctes et des repas réguliers.

Les étudiants sont parfois noyés dans les informations et ne savent plus à qui s’adresser. Il vaut mieux s’inquiéter "pour rien" et en parler d’abord à son entourage scolaire, personnel ou professionnel. Il faut se dire qu’on n’a rien à perdre et que c’est bien d’être rassuré. Il ne faut pas non plus hésiter à discuter avec un professionnel ou s’écrire à soi-même : le tout est de trouver un moyen de partager ce qu’on vit.

Qui contacter ?
Les CROUS et les établissements peuvent directement vous mettre en relation avec des psychologues. Ils peuvent être vos premiers interlocuteurs. Il existe aussi des lignes d’écoute comme Fil santé jeunes, qui a la particularité de s’adresser exclusivement aux 12–25 ans par téléphone ou par tchat. Le site soutien-etudiant.info répertorie également tous les contacts utiles pour les étudiants selon leur académie.