1. Frédérique Vidal : "Sur Parcoursup, quand un lycéen obtiendra deux 'oui', il conservera son vœu préféré"
Interview

Frédérique Vidal : "Sur Parcoursup, quand un lycéen obtiendra deux 'oui', il conservera son vœu préféré"

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Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation // © Patrice NORMAND/Leextra pour l'Etudiant
Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation // © Patrice NORMAND/Leextra pour l'Etudiant

Quelles seront les règles de Parcoursup ? Comment le ministère garantira-t-il l’équité de traitement entre les candidats ? Dans un entretien exclusif à l’Etudiant, la ministre, Frédérique Vidal, détaille la nouvelle procédure d’admission dans l’enseignement supérieur.

Avec Parcoursup, en quoi le bachelier aura-t-il le dernier mot ?

Tout bachelier qui souhaite poursuivre des études peut formuler tous les vœux qu’il souhaite. J’ai entendu des inquiétudes sur l‘avis du conseil de classe qui seront joints au dossier du lycéen, mais je le répète ici : ces avis ne seront en aucun cas prescriptifs. Ils ont pour but d’apporter au dossier de l’élève des compléments par rapport aux bulletins de notes. Quel que soit l’avis rendu par le conseil de classe, tous les dossiers seront étudiés par les universités. Et encore une fois, il faut faire confiance aux enseignants, dont l’objectif est d’aider les jeunes à réussir.

C’est essentiel que le lycéen choisisse ce qu’il a envie de faire, car comment être motivé pour réussir si l’on n’a pas choisi ? Aussi, il faut bien comprendre que si l’on propose un dispositif de remise à niveau au lycéen, il sera inscrit dans la licence de son choix. Il sera un étudiant à part entière de cette formation et capitalisera chaque année des ECTS. C’est très important ! Ce qui évolue, c’est simplement que l’on dessine avec lui la façon dont il va y arriver. D’ailleurs, rien n’est figé : à la fin du premier semestre, on peut très bien s’apercevoir qu’un étudiant que l’on pensait devoir être très accompagné, réussit rapidement à travailler en autonomie. A ce moment-là, l’université réajustera les choses.

Tous ces changements se feront dans le cadre de l’"arrêté licence". Il y a déjà beaucoup d’universités qui proposent des portails avec des réorientations plus faciles, des UE majeure / mineure avec des enseignements à la carte. C’est pour cela que je n’ai pas de doute sur le fait que tout sera opérationnel pour la rentrée 2018.

Comment les universités procéderont-elles pour examiner les dossiers des élèves ?

On oublie que les universités traitent déjà de nombreuses demandes : étudiants internationaux, demandes d’équivalence, plate-forme Campus France… Les établissements ont déjà ce savoir-faire, ils savent juger et regarder ce qui est important. Et il ne s’agit là pas uniquement des notes des élèves.

Pour l'examen des dossiers, des outils d’aide à la décision seront intégrés à la plate-forme.

Et cela permet aux établissements de préparer à l’avance les modules d’accompagnement ou de consolidation, de s’organiser en fonction du public qui arrivera.

C’est très important qu’il y ait ce regard qui soit porté sur les demandes dans toutes les filières. Par la suite des outils d’aide à la décision seront intégrés à la plate-forme afin de travailler au mieux sur les dossiers.

Les universités doivent délibérer sur les capacités d’accueil avant le 17 janvier. Quelles garanties avez-vous que les établissements ne vont pas restreindre ces capacités pour pouvoir sélectionner les étudiants ?

La garantie, c’est que les capacités d’accueil seront soumises au recteur. C’est le rôle de l’État de veiller à ce que les capacités d’accueil soient ajustées aux besoins, par rapport au nombre de bacheliers qui vont arriver. Nous le ferons dans le dialogue avec les établissements, cela va de soi, pour tenir compte des contraintes rencontrées par l’Université. C’est un point déterminant et j’y serai extrêmement attentive.

L’université de Strasbourg, par exemple, augmente sa capacité d’accueil pour la rentrée 2018. Or, en 2017, elle avait été montrée du doigt, car, par conviction, elle avait décidé, à l’été 2017, qu’aucun étudiant de STAPS ne serait laissé de côté. Mais elle s’était retrouvée en première ligne, critiquée sur la façon dont elle accueillait ses élèves. Cette année, elle a donc augmenté ses capacités par rapport à ce qu’elle avait initialement prévu début 2017, afin de tirer les leçons des difficultés rencontrées.

Il ne faut pas non plus oublier que les capacités d’accueil se réajustent. Ce n’est pas statique. Et il faut comparer ce qui est comparable : cette année, certaines universités ont affiché des capacités dans le sens nombre de places assises maximales quand d’autres ont donné la capacité d’accueil des néo-bacheliers en essayant d’estimer le nombre de redoublants.

L’année dernière, il n’y avait pas de règle en la matière et nous sommes en train de faire le point avec les recteurs et présidents d’université pour que les choses soient claires sur la plate-forme Parcoursup.

Pourquoi avoir choisi de mettre fin à la hiérarchie des vœux ? Ce système ne va-t-il pas conduire à ce que les meilleurs élèves trustent toutes les places ?

La hiérarchie des vœux a généré un problème majeur : nous avons eu des lycéens qui avaient obtenu leur vœu 8 mais se rendaient compte a posteriori qu’ils préféraient opter pour leur vœu 12… Nous nous sommes demandé comment résoudre ce problème. Nous pensons que c’est en permettant au lycéen de progresser dans sa réflexion le plus longtemps possible. Désormais chaque fois qu’un lycéen obtiendra deux "oui" à ses vœux, il conservera celui qu’il préfère. C’est en effet très compliqué de demander à un lycéen au mois de mars s’il préfère une licence d’histoire renforcée ou une licence de géographie sans renforcement. Si on lui propose de hiérarchiser ses vœux avant d’avoir cette réponse, c’est problématique.

Parcoursup va fonctionner en continu et pas en bloc comme APB.

En outre, le processus fait que, dès qu’on a deux "oui", on peut choisir celui que l’on préfère. Cela va permettre de libérer très vite des places. Parcoursup va fonctionner en continu et pas en bloc comme APB.

La nouvelle plate-forme Parcoursup va intégrer une rubrique "projet de formation motivé". Pouvez-vous nous en dire plus sur ce nouvel espace ?

Effectivement. À travers cette rubrique il nous semble important de savoir ce qui conduit le lycéen à choisir telle ou telle formation, le sens qu’il donne à ce choix et le projet qui le motive, mais aussi ce qui est prioritaire pour lui. Nous lui laissons donc cet espace d’expression pour qu’il nous dise, par exemple, s’il hésite entre deux grands types de métiers ou de formations. On accompagne ainsi au maximum la réflexion en vue du choix d’orientation. Car choisir ses études, c’est aussi un peu choisir sa vie.

Le cahier des charges des attendus a été rendu public. Ces derniers sont assez généraux. Qui va décider de la façon dont on mesure l’adéquation entre ces attendus et le profil de l’étudiant ? Si l’on regarde plutôt telle note ou si l’on demande telle pièce justificative à l’étudiant ou telle autre ? Si cela diffère d’une université à l’autre, comment ne pas aboutir à des licences à plusieurs vitesses ?

Pour définir les attendus, les doyens se sont réunis et ont précisé ce qui était commun à leur champ de formation et ce qui relevait de leur domaine de compétence. Ces attendus sont informatifs : ils donnent aux lycéens toutes les clefs pour comprendre en quoi consistent les formations dans lesquelles ils comptent s’engager. Ils permettent aussi au bachelier de mettre en avant ce qu’il faut indiquer pour motiver le choix de sa filière.

Ces attendus sont volontairement généralistes : cela paraît peut être évident pour certains adultes que des compétences en sciences sont nécessaires pour suivre un cursus de psychologie, mais je ne suis pas persuadée que ce soit le cas pour tous les lycéens !

Lire aussi : Les attendus en licence

Les établissements vont se servir de ces attendus pour identifier la façon dont ils vont accompagner les étudiants. Les attendus sont aussi des outils pédagogiques. Ils serviront, par exemple, aux "étudiants ambassadeurs" qui viendront parler aux lycéens.

On attend maintenant les attendus des établissements qui préciseront les attendus "nationaux" en fonction des spécificités des parcours proposés, bien qu’ils n’aient aucune obligation de le faire.

À noter aussi que, désormais, les inscriptions en dehors de l’académie seront possibles partout. Il s’agira d’un quota fixé par le recteur, pour permettre une forme de respiration dans le dispositif. Mais la règle reste l’inscription dans son académie. C’est essentiel, car si le pouvoir d’attraction des métropoles est très fort, il faut aussi prendre en compte la qualité de vie, le coût du logement, les facilités de transport, etc.

Les modes de compensation vont-ils être revus ?

Je veux être très claire sur ce sujet : le principe de la compensation ne sera bien sûr pas remis en cause. Ce serait absurde ! Mais le cœur de la réforme que nous menons est de mettre en place des parcours d’enseignement supérieur plus personnalisés. Cela induit forcément de retravailler l’"arrêté licence" pour trouver des modalités de compensation adaptées à ces parcours plus flexibles.

Le cœur de la réforme est de mettre en place des parcours d'enseignement supérieur plus personnalisés.

Quand la loi sera adoptée, nous mènerons une concertation sur cette question, pour mettre en place de nouvelles règles. Celle-ci aura lieu dans le courant du premier semestre, avec l’ensemble des organisations représentées au CNESER (Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche).

La réforme prévoit également une année de césure pour les étudiants qui le souhaitent. Pouvez-vous nous préciser ce dispositif ?

L’année de césure existe déjà dans les universités, mais sans base légale. C’est pour cette raison qu’elle apparaît dans le texte de loi. Les étudiants qui souhaitent en bénéficier doivent être inscrits dans l’enseignement supérieur, dans une école ou une université. L’étudiant discute de son projet avec son établissement et dans tous les cas, cette année de césure donne lieu à une convention avec l’établissement de rattachement. Si le projet poursuivi durant l’année de césure correspond à une forme d’engagement, alors l’établissement peut délivrer des ECTS correspondant à cet engagement. L’idée c’est que l’on puisse désormais faire ouvrir la possibilité de l’année de césure avant de démarrer ses études supérieures.