1. Qu'apprend-on (vraiment) en école de commerce ?
Décryptage

Qu'apprend-on (vraiment) en école de commerce ?

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Une fois digérée la transition prépa-école, les business schools séduisent leurs étudiants. // © DR
Une fois digérée la transition prépa-école, les business schools séduisent leurs étudiants. // © DR

Les écoles de commerce : des établissements où, entre deux fêtes, on travaille son réseau ? Pas seulement ! À travers les cours, les associations et les nombreux stages, les étudiants et les diplômés interrogés y ont acquis une préparation "béton" à la vie professionnelle.

Amoureux des concepts et des longues soirées de prise de tête sur vos dissertations, l'arrivée en école de commerce risque de vous provoquer un petit choc. Avec ses cours assez techniques sur les fondamentaux du management – comptabilité, marketing, finance, etc. – et son emploi du temps plutôt "light", la première année représente souvent un changement d'univers brutal pour les élèves qui sortent d'une classe préparatoire.

Des cours un peu "techniques", beaucoup de liberté

"Après deux années de prépa assez intenses, où tu apprends à beaucoup réfléchir, en arrivant à l'école, tu as un certain sentiment de vide", se souvient Julie, 28 ans, diplômée de Neoma (à l'époque Rouen Management School). La frustration semble d'autant plus grande qu'on a travaillé dur pour intégrer la "crème de la crème".

"En prépa, les cours étaient passionnants et les profs exceptionnels. Selon moi, à HEC, les enseignants-chercheurs manquent d'expérience de l'entreprise. Les concepts de marketing que j'apprends seront peut-être périmés le temps que j'entre dans la vie active. Il y a un vrai décalage avec le monde actuel où tout va très vite...", assure Antoine*, en deuxième année au sein de la très réputée business school. 

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Entre elles, les écoles – qui connaissent bien ce problème qui touche une partie des promos en première année – parlent du "blues du préparationnaire" ou du "syndrome postprépa". Pour y remédier, elles proposent des doubles cursus, une batterie de cours d'ouverture en options et même du travail en plus pour ceux qui le souhaitent.

Dans une moindre mesure, cette surprise initiale touche aussi les autres étudiants, qu'ils sortent d'un BTS (brevet de technicien supérieur), d'un DUT (diplôme universitaire de technologie), de l'université ou du lycée comme Léo*, en deuxième année à l'EDC, une école de commerce postbac, après un bac ES. "J'ai un souvenir mitigé du premier semestre. Je trouvais les cours de marketing assez creux et j'avais un peu le sentiment d'être livré à moi-même", confie l'étudiant, aujourd'hui très satisfait de sa formation. 

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Des savoirs utiles en entreprise

Finalement, cette frustration disparaît chez beaucoup d'élèves à l'épreuve du terrain. "Au début, on se dit, 'c'est un peu du blabla ces cours'. Et puis, on fait des stages ou de l'alternance et on comprend combien c'était utile", analyse Déborah, en M2 en alternance, à l'EM Strasbourg

À partir de la deuxième année, beaucoup d'écoles proposent à leurs élèves un début de spécialisation dans un domaine précis : ressources humaines, marketing, finance, etc. Déborah a choisi l'option "marketing digital", très en vogue dans les business schools. Un parcours intéressant, qui lui "a permis d'aller beaucoup plus loin dans le domaine du marketing".

Emmanuel, en M2 à MBS (Montpellier Business School) a intégré l'école en deuxième année, sa licence pro en poche, avec l'idée d'approfondir ses connaissances et de prendre du recul. Mission accomplie : l'étudiant en alternance comme commercial chez Moët Hennessy (LVMH) apprécie l'aller-retour permanent entre théorie et pratique. "En cours, les intervenants partagent leur expérience et nous permettent de nous projeter. J'ai l'impression d'avoir vraiment gagné en capacité d'analyse, mais aussi en maturité dans mon poste."

Des stages pour préciser son projet

Outre les enseignements purs, l'expérience en école de commerce vaut beaucoup pour les nombreux contacts qu'elle offre avec l'entreprise : l'alternance, mais aussi plus largement les stages, très fréquents quel que soit l'établissement. À l'EDC, Léo, 20 ans, a déjà à son actif deux mois et demi de stage et plusieurs missions en entreprise. "Un vrai plus par rapport à des copains qui ont choisi d'autres formations", estime-t-il.

L'occasion de mettre en pratique les connaissances acquises en cours, mais aussi progressivement d'affiner ses choix et d'apprendre à se connaître : "Les stages contribuent à nous forger une culture du management", ajoute Déborah. Passée par des entreprises où l'ambiance était excellente, d'autres moins bonne, faute notamment d'un management efficace, l'étudiante sortira de l'école avec une idée assez claire de la manière donc elle compte, un jour, manager une équipe.

Des associations comme de mini-entreprises

À côté des stages, les écoles mettent tout en œuvre pour préparer les étudiants à la vie professionnelle : ateliers de CV et lettre de motivation, mais aussi coaching et cours de développement personnel, plutôt appréciés. Pour Timothée, en deuxième année à l'EDC, l'atelier autour de la prise de parole en public a été une révélation : "On a appris comment utiliser les repères visuels, faire passer un message à travers nos habits ou regarder son public... Ce sont des choses qui vont me servir toute ma vie !"

L'emploi du temps, assez aéré, et la pédagogie par projet sont là pour développer l'autonomie et la prise d'initiative des élèves. "À HEC, on a entre 10 et 20 heures de cours par semaine. Entre les deux, on est censé se débrouiller, résume Antoine*. Cela demande de savoir gérer son temps, de se projeter... Au début, ce n'est pas évident. Mais rapidement on se rend compte que c'est assez génial, car cela permet de faire du sport, de s'engager dans une association ou de monter sa boîte !"

Quasi-incontournable en école de commerce, l'expérience associative est souvent extrêmement formatrice. "C'est là que j'ai le plus appris", assure Julie, diplômée de Neoma. Bénévole, puis présidente de Cheer Up !, une fédération d'associations qui aident des jeunes atteints du cancer dans la réalisation de leurs projets. Elle y a appris le travail d'équipe, le management, la gestion d'un budget : autant de compétences indispensables aujourd'hui dans sa vie professionnelle.

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Enfin, les séjours et les stages à l'étranger, quasi-obligatoires, restent pour ceux qui les ont vécus une vraie école de la vie. Et l'occasion de s'ouvrir à d'autres cultures et d'autres manières de travailler.

Le réseau, toujours le réseau

Ces expériences, qui font "grandir" les étudiants sur le plan personnel, sont aussi un moyen de créer "l'esprit d'école", sur lequel repose la solidité du réseau d'anciens. 

Dans la plupart des business schools, les "alumni" sont de précieux alliés lorsqu'il s'agit de décrocher un stage ou un emploi. L'EDC, qui appartient à ses anciens, en a fait sa spécialité : "Les diplômés s'investissent énormément dans le développement de l'école et le réseau est énorme", remarque Léo.

Des alumni qui contribuent aussi à nourrir le réseau d'entreprises partenaires, régulièrement invitées à des speed-dating et à de nombreux forums. En arrivant à Montpellier Business School, Emmanuel, se souvient d'avoir été surpris par leur nombre. Que dire alors d'HEC d'où sort une partie des patrons du CAC 40... "Vu le nombre d'entreprises qui se déplacent sur le campus pour nos forums, c'est facile de trouver un stage vraiment sympa !", admet Antoine.

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Des relations et des compétences qui facilitent grandement ensuite l'entrée dans la vie active. Emmanuel a reçu une proposition d'emploi d'un cabinet de recrutement, "rien qu'en postant son CV sur les principaux job boards" (Monster, Cadremploi, Indeed, etc.)... Mais, attention, tout dépend des écoles et des secteurs d'activités.

Aujourd'hui RRH (responsable des ressources humaines) d'un grand magasin de bricolage, Julie n'a pas eu de mal à s'intégrer en entreprise. Une adaptabilité qu'elle doit en partie à sa formation. "En école, on apprend à enrober. C'est aussi cela qui fait que l'on est capable de parler à n'importe qui de façon crédible en arrivant en entreprise...", confie la jeune femme. Et si c'était à refaire ? "Je referais exactement le même parcours !"