1. Faites de la musique vos études !
Décryptage

Faites de la musique vos études !

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Les filières musicologie donnent un bagage théorique aux étudiants musiciens par ailleurs. // © plainpicture/Wavebreak
Les filières musicologie donnent un bagage théorique aux étudiants musiciens par ailleurs. // © plainpicture/Wavebreak

Quand on parle d'études musicales, on pense d'abord aux conservatoires. Mais les universités s'intéressent, elles aussi, à Bach, à Mozart, ou même au jazz et à la création contemporaine ! À l'occasion de la Fête de la musique, découverte de la musicologie, une filière discrète nichée dans les facs d'arts et de sciences humaines.

Héléna, 21 ans, est passionnée de piano, un instrument qu'elle pratique depuis l'enfance. Après son bac, elle a donc choisi de poursuivre son parcours au conservatoire, tout en s'inscrivant en licence de physique pour assurer ses arrières. Mais, très vite, elle a ressenti le besoin d'aller plus loin dans sa formation musicale.

Alors quand elle a su que son université, à Perpignan, inaugurait une licence de musicologie avec le conservatoire municipal, elle a troqué sans hésiter les sciences contre ce programme fondé sur l'histoire de l'art et l'analyse d'œuvres. "J'aime me pencher sur l'évolution des styles à travers le temps et décrypter la structure de morceaux de musique. Cela m'aide à mieux comprendre les textes que je dois interpréter et nourrit mon jeu", détaille l'étudiante qui, en troisième année de licence, s'interroge sur une possible carrière de professeur tout en rêvant de se présenter à de prestigieux concours à Paris ou à Lyon.

Histoire, théorie et analyse d'œuvres

Comme Héléna, la plupart des étudiants inscrits en licence de musicologie ont déjà un solide bagage technique qu'ils continuent de consolider en parallèle. En effet, si les programmes universitaires peuvent inclure des modules de création musicale, la participation à un orchestre ou une chorale, voire des initiations au piano, selon les établissements, leur champ reste essentiellement théorique et c'est au conservatoire que se passent vraiment l'étude et le perfectionnement d'un instrument.

"Nées dans les années 1970, les filières postbac en musicologie se sont développées en complément des programmes de conservatoire. Il s'agissait de permettre à des jeunes ayant atteint un bon niveau pratique dans ces établissements d'ajouter à leur arc des compétences en histoire, en philosophie ou en ethnomusicologie, rappelle Jean-Baptiste Médard, directeur du département dédié de l'université de Bourgogne. En abordant des pièces romantiques, ils seront capables de mobiliser un certain nombre de références artistiques pour remettre leur travail en perspective." Et enrichir ainsi leurs choix et leurs interprétations.

Diversifier les perspectives

Ces connaissances leur donneront aussi des clés pour rebondir au quotidien dans un secteur "qui suppose toujours plus de polyvalence", comme le souligne Jean-François Trubert, directeur du département arts à l'université de Nice-Sophia-Antipolis. "Beaucoup de musiciens doivent jongler entre différentes missions : cours, concerts, mais aussi travail d'arrangement musical, de copiste, etc." Surtout, la licence peut ouvrir la voie aux concours d'enseignement comme le Capes, pour rejoindre l'Éducation nationale, en collège ou en lycée. En 2016, 132 candidats sur 357 inscrits ont réussi le Capes d'éducation musicale et de chant choral.

Ce bagage d'humanités musicales s'avère également un tremplin vers la communication ou la production, à condition de poursuivre en master. Parmi les bac + 5 centrés sur les métiers de la culture, certains, à l'université Paris-Sorbonne ou à l'université Jean-Monnet-Saint-Étienne, visent d'ailleurs l'administration de la musique.
À titre d'exemple, 80 % des diplômés 2013 du master musique et musicologie de l'université Paris-Sorbonne avaient trouvé un emploi dix-huit mois après la fin de leurs études, pour un salaire net mensuel avoisinant les 2.100 euros.

Des exigences nouvelles

S'il est important de pratiquer un instrument pour pouvoir bien suivre en fac de musicologie, la virtuosité n'est pas pour autant un gage de réussite. "C'est un cursus qui fait appel à des qualités littéraires, à travers des dissertations par exemple, mais aussi à un certain sens de la démarche scientifique en ce qui concerne l'écoute d'œuvre. Le musicologue n'est pas seulement un bon connaisseur de l'histoire de l'art, c'est aussi une personne capable de travailler sur des centres d'archives", insiste Jean-François Trubert.

La licence de l'université de Perpignan-Via-Domitia propose ainsi une approche de la composition sur ordinateur tandis que celle de l'université de Dijon inclut des modules sur les neurosciences. Mieux vaut donc avoir l'esprit ouvert et savoir adapter ses méthodes de travail : "En dehors de certains parcours, l'histoire de l'art n'est abordée au lycée qu'à travers les lettres et la philosophie alors que ce sera une matière à part entière en licence, avec ses exigences propres, et des techniques de commentaire à acquérir", détaille Cécile Jubier-Galinier, co-responsable de la licence de musicologie de l'université de Perpignan.

À chaque fac sa spécificité

Déçu par cette dimension académique, Léopold, 24 ans, a abandonné la fac de musicologie, après en avoir validé plusieurs semestres, pour se consacrer à 100 % à son travail au conservatoire et dans une compagnie : "Les cours ne me correspondaient pas, je me suis vite rendu compte que je voulais vraiment faire du chant mon métier". Son conseil : affiner son projet tout en se renseignant sur les programmes, établissement par établissement. Près de 30 universités sur les 70 existantes en proposent, au sein de leurs départements de lettres, de sciences humaines ou d'arts. En fonction des spécialités de leurs professeurs, certaines mettront l'accent sur telle ou telle période musicale.

D'autres, associées avec des conservatoires, aménagent les emplois du temps des élèves, d'autres, encore, peuvent organiser des systèmes de remise à niveau, comme à l'université de Bourgogne : "Sur 60 élèves en première année, un tiers environ sont novices, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas suivi de parcours en conservatoire. Mais ils ont de toute façon pratiqué la musique, en cours particuliers ou en jouant dans des groupes. Avant d'entrer en licence, on leur propose donc un stage, puis des heures de soutien", précise Jean-Baptiste Médard. Reste à garder sa motivation pour tenir le rythme !

Pour aller plus loin : Lycéenne et musicienne : “Étudier la musique nous apprend la discipline” / Travailler dans la musique : 7 pros racontent