Santé mentale : la crise sanitaire pèse encore sur les étudiants

Par Oriane Raffin, publié le 07 Juin 2021
5 min

Plusieurs études pointent les conséquences de la crise du Covid-19 sur les jeunes, que ce soit sur la santé physique et mentale et la situation économique ou académique. Un mal-être qui inquiète les associations étudiantes.

Alors que l’année universitaire touche à sa fin, les organisations étudiantes continuent de tirer la sonnette d’alarme sur l’état des étudiants. La Fédération des associations générales étudiantes (Fage) a ainsi rencontré le président de la République, Emmanuel Macron, le 20 mai dernier. L’occasion de lui faire part de sa vive inquiétude.

L’organisation a mené pour la deuxième année consécutive, avec Ipsos, une vaste enquête sur l’état physique et mental des jeunes – étudiants ou non. "Nous avons constaté une stagnation ou une dégradation de la situation", souligne Paul Mayaux, président de la Fage. Ainsi, 76% des personnes interrogées déclarent avoir été affectées au niveau psychologique, affectif ou physique depuis le début de la crise sanitaire. Et 27% d’entre eux déclarent avoir eu des pensées suicidaires. Une augmentation de 10 points en 9 mois.

Des symptômes sévères chez près d'un étudiant sur deux

Une tendance confirmée par les enquêtes menées par le CN2R, le Centre national de ressources et de résilience, basé à Lille (59). Dès la première vague de la pandémie, "43% des étudiants suivis présentaient des symptômes sévères de troubles de la santé mentale", explique Marielle Wathelet, médecin en santé publique et co-autrice de l’enquête. Détresse, stress, idées suicidaires, anxiété, dépression… Des signes particulièrement marquées chez les femmes, les étudiants non binaires, les personnes isolées ou connaissant des difficultés économiques.

Depuis, le CN2R continue de suivre les conséquences de la crise du Covid-19 sur la santé mentale des étudiants. Une nouvelle étude vient de paraître, soulignant que 20% des étudiants présentent des symptômes sévères de stress post-traumatique. Plus ils ont été exposés de façon importante à la pandémie, plus ils souffrent de tels symptômes. Autre enseignement de l’étude : les personnes présentant des symptômes de stress post-traumatique identifient le confinement comme un événement potentiellement traumatique, juste après le fait d’avoir eu un proche décédé du Covid. Une nouvelle étude débute en juin, pour observer les effets des confinements à moyen terme. Elle sera adressée aux étudiants par leurs universités.

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Un "filet de sécurité" à mettre en place

Si la Fage a salué les premiers dispositifs mis en place par l’État, comme le ticket RU à 1 euro ou les "chèques psy", la fédération déplore un déploiement tardif et incomplet, qui ne permet pas de répondre complètement aux besoins sociaux des étudiants. "Avec notre enquête, nous souhaitions recréer un temps politique et médiatique pour réintéresser le gouvernement au sujet, explique Paul Mayaux.

Le président de la Fage estime avoir "été entendu" sur la nécessité de mettre en place un "filet de sécurité" pour les jeunes. Il souhaite une refonte du système de bourses sur critères sociaux et un accès facilité aux consultations psychologiques. Le jeune homme attend désormais de voir, concrètement, comment vont se redessiner les aides à destination des jeunes dans les prochaines semaines et les prochains mois.

"Même si on ne dispose pas de précédents sur le vécu d’une telle pandémie, on sait que, pour la santé mentale, les facteurs socio-économiques sont importants, appuie Marielle Wathelet. Tant que les difficultés persistent, qu’il n’y a pas de perspective d’un retour à l’emploi, par exemple, les troubles demeurent. Dans d’autres types de crises, on voit que les conséquences pour la population sont plus ou moins longues en fonction des actions des pouvoirs publics."

La Fage garde la rentrée universitaire en ligne de mire : "Les jeunes ont été beaucoup trop touchés par la crise, en termes de précarité et de niveau académique, pour qu’ils n’en gardent pas des stigmates importants", s’inquiète Paul Mayaux. Sans mesures significatives, il craint un retour de bâton très fort, à moyen et long terme.

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