Dossier : Triche au bac et aux examens : ce que vous risquez vraiment

Lutte contre la triche : comment les autres pays s’en sortent

0,05 % : c’est le pourcentage de fraudeurs au bac dénombrés par l’Éducation nationale en 2010. Problème : 70 % des élèves reconnaissent avoir déjà triché au cours de leur scolarité. Difficile de croire que les mauvaises habitudes prises n’aient pas cours le jour de l’examen… L’administration est-elle aveugle ? Une chose est sûre : pour les candidats pris la main dans le sac que ce soit au bac, à la fac ou aux concours d’entrée des grandes écoles, la mansuétude est de mise, comme le révèle notre enquête.

Tricher n’est pas un problème franco-français ! Mais si la triche est universelle, la façon de la considérer et de la sanctionner ne l’est pas. Letudiant.fr vous propose un tour du monde de la fraude aux examens, en s’appuyant sur des cas récents.

Angleterre : les Anglais plus tricheurs que les Français ?

Damned ! Les Anglais tricheraient plus que les Français. La preuve avec un chiffre de l’Ofqual (l’agence de régulation des examens en Angleterre) révélé par le "Daily Mirror"  en février 2010. L’année précédente, 4.500 tentatives de triche avaient été recensées lors des épreuves du GCSE (General Certificate of Secondary Education), l’équivalent de notre brevet, et des épreuves du A-Level, l’équivalent de notre baccalauréat. Dans la plupart des cas (1.897) les élèves ont voulu utiliser du matériel interdit (téléphones portables, calculatrices, dictionnaires, annales).

De notre côté de la Manche, le ministère de l’Éducation nationale n’enregistrerait qu’un peu plus de 220 cas de fraude au bac par an. Questions : les Français sont-ils plus discrets quand ils trichent ? Les surveillants sont-ils plus laxistes en France ? Ou la pression pour entrer dans un établissement supérieur outre-Manche est tellement grande qu’elle pousserait les élèves à la faute ? Dans tous les cas, on ne plaisante pas avec le problème en Angleterre. Très friand de vidéosurveillance, le pays avait envisagé de s’en servir pour les examens.

Danemark : Internet autorisé pendant les examens

Comment prendre à contre-pied les tricheurs qui utilisent leur téléphone portable ou leurs livres pendant les épreuves ? En autorisant l’accès à Internet pendant les examens, y compris pour le A-Level. C’est une solution expérimentée par le Danemark, où l’on considère que le Net est indissociable de la vie des jeunes d’aujourd’hui. Ainsi, le pays nordique a choisi une autre façon d’évaluer, basée davantage sur la réflexion, la recherche et l’utilisation d’informations replacées dans un contexte que sur le par-cœur.

Pas fou, le ministère de l’Éducation danois a toutefois posé des limites. Les mails, les messages instantanés, le plagiat sont interdits. Des contrôles aléatoires sont effectués sur les postes pendant l’épreuve. Quand celle-ci est terminée, l’historique de la navigation est étudié. Peu enclins à la tricherie les élèves danois ? "La principale précaution est que nous leur faisons confiance", a déclaré Sanne Yde Schmidt, responsable du projet au lycée Greve High School de Copenhague (l’un des lycées pilotes), lors de son lancement en 2010 dans 6 matières. "En 2011, l’expérience a été étendue à tous les établissements : 6.000 élèves sont concernés, contre 1.300 en 2010. Nous poursuivrons en 2012", précise Steen Lassen, du ministère de l’Education danois. En attendant, l’idée a fait du chemin. Ainsi, l’University of Southern Denmark prévoit de transférer tous ses examens écrits en examens sur plate-forme numérique d’ici à janvier 2012.

Japon : arrêté par la police pour avoir triché

En mars 2011, un cas de tricherie a fait scandale au Japon. Un jeune de 19 ans a utilisé son téléphone portable lors des examens d’entrée de 4 universités prestigieuses. L’étudiant a mis en ligne les questions de maths et d’anglais qui lui posaient problème sur une page collaborative de Yahoo ! Japan. Puis il a récupéré les réponses des internautes. Confondu par l’adresse IP de son portable, le tricheur a été arrêté par la police. Les médias ont relayé massivement l’information qui a tourné à la grosse affaire. De leur côté, les facs japonaises ont envisagé d’interdire les mobiles pendant les examens ou de s’équiper en systèmes de brouillage des ondes.

Au Japon, la compétition pour entrer dans les meilleures universités est très forte. Et pousse les jeunes du pays à la faute. L’étudiant interpellé, présenté comme un perturbateur du système universitaire, pourrait servir d’exemple. "Son acte cause un grand dommage à la crédibilité des examens d’entrée à l’université, qui doit être équitable et juste", a déclaré le ministre de l’Éducation japonais. Au mieux, l’étudiant pourrait donc être interdit d’examen. Au pire, il pourrait écoper d’une amende de 4.200 € et jusqu’à 3 ans de prison. Ce serait la 1ère fois qu’une personne serait punie d’une peine criminelle pour triche au Japon.

Chine : la triche high-tech organisée

Près de 10 millions de jeunes Chinois passent chaque année le gaokao, l’examen permettant d’entrer à l’université et de choisir son établissement selon sa note. Mais seulement 60 % des candidats décrochent ce précieux sésame pour l’avenir. Les techniques de triche utilisées sont donc toujours plus innovantes et organisées. Récemment, la presse chinoise a fait état de mini-caméras et de micros placés dans les gommes ou les règles, d’oreillettes, de lunettes équipées d’écouteurs, de montres-écrans à la James Bond, etc. disponibles pour plusieurs milliers de yens. Mais une technique plus ancestrale, le pot-de-vin au surveillant, fonctionne encore.

Pour lutter contre la triche, la Chine a mis en place des dispositifs spéciaux : les salles ont été équipées de détecteurs de métaux, de systèmes de brouillage ou de caméras, des policiers ont été mobilisés pour surveiller les candidats. Des groupes organisés de fournisseurs d’équipement ont ainsi pu être arrêtés, de même que des parents d’élèves soucieux de voir leurs enfants réussir.

Maroc : la triche en baisse ?

En 2004, la presse marocaine s’alarmait de l’ampleur prise par la triche aux examens, notamment grâce au téléphone portable et aux antisèches vendues en librairie. Le quotidien marocain "l’Économiste" déclarait même qu’elle était considérée comme "un droit légitime" par les étudiants. Depuis, la donne a un peu changé. Le Centre national des examens a mis en place un programme de sensibilisation. Dès 2008, le ministère de l’Éducation marocain se réjouissait que le nombre de tricheurs au bac était passé de 1.350 à 504 en 1 an au niveau national. Le résultat de la politique entreprise ou une meilleure organisation des fraudeurs ?

De leur côté, élèves et enseignants étaient plus nuancés et déclaraient que la situation était variable selon les établissements… Selon l’âge, la nature de la fraude et la réaction du tricheur pris en flagrant délit (notamment s’il a fait preuve d’agressivité), la sanction pour triche au Maroc peut aller de 1 à 5 ans d’interdiction d’examen.

Virginie Bertereau
Juin 2011

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