1. Jean-Luc Mélenchon propose une allocation de 800 € par mois pour les 18-25 ans
Interview

Jean-Luc Mélenchon propose une allocation de 800 € par mois pour les 18-25 ans

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Jean-Luc Mélenchon ne veut pas de contrôle continu au baccalauréat. // © Ian Hanning / R.E.A
Jean-Luc Mélenchon ne veut pas de contrôle continu au baccalauréat. // © Ian Hanning / R.E.A

Fin du contrôle continu au bac, scolarité jusqu’à 18 ans, 800 € par mois pour les jeunes de 18 à 25 ans… Dans une interview réalisée par écrit pour l’Etudiant, Charlotte Girard, responsable du programme de Jean-Luc Mélenchon, détaille ses propositions. Cette interview s’inscrit dans une série d’entretiens à l’occasion de l’élection présidentielle.

Pourquoi souhaitez-vous abroger la réforme du collège ?

Cette réforme est inégalitaire car elle ne garantit plus aux familles et aux élèves la même organisation des enseignements. De même, nous n’acceptons pas de voir diminuer les heures de français, de mathématiques, d’histoire ou de langues vivantes ainsi qu’y conduit cette réforme imposée avec brutalité par le Parti socialiste. Nous portons une tout autre ambition : celle de l’émancipation, de la construction de capacité de compréhension du monde, argumentée, rationnelle. Nous ne sommes pas favorables à un collège a minima, avec pour seul objectif de faire des jeunes des futurs “productifs”.

La diversité des savoirs ainsi que la culture forment des esprits à même de faire face aux défis du monde qu’ils auront à prendre en charge. Au-delà des moyens que nous rétablirons afin de diminuer le nombre d’élèves par classe au collège comme ailleurs, nous y développerons les enseignements artistiques afin d’enrichir la culture et de développer le sens créatif des élèves.

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Des candidats, comme Emmanuel Macron, proposent de réduire le baccalauréat à quatre matières en examen terminal et d'évaluer le reste en contrôle continu. Souhaitez-vous modifier le baccalauréat et, plus largement, le lycée ?

Le baccalauréat est la clef de voute de notre système éducatif. En tant que diplôme national, il garantit les programmes et les heures d’enseignement identiques sur l’ensemble du territoire national auxquels nous sommes très attachés. Nous supprimerons donc les dispositifs de contrôle continu au baccalauréat.

La proposition d’Emmanuel Macron s’inscrit dans le droit fil des politiques libérales conduites ces dernières décennies à l’école. Elle participe d’une vision comptable et utilitariste, de la vieille logique d’autonomie des établissements, synonyme de mise en concurrence. Tout cela a échoué. Il faut tourner la page.

Charlotte Girard, responsable du programme de Jean-Luc-Mélenchon.

Pourquoi vouloir restaurer le bac professionnel en 4 ans ?

Nous faisons face aux mutations du système productif et au grand défi environnemental. Il y a urgence à former de nombreux jeunes avec un haut niveau de qualifications pour engager la transition écologique. Le passage du bac professionnel à 3 ans a fait chuter les taux de réussite à l’examen. L’acquisition des savoirs de pointe dont nous avons besoin demande 4 années : nous rétablirons donc l’année supplémentaire au sein de lycées polytechniques préparant aux diplômes du CAP au BTS car nous avons besoin d’ingénieurs, mais aussi de techniciens et d’ouvriers hautement qualifiés pour passer au 100 % d’énergies renouvelables, pour la transition agricole et planifier notre entrée en mer notamment.

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Vous souhaitez développer les BTS et DUT : est-ce que cela signifie ouvrir plus de places dans les filières sous tension et à qui seront-elles destinées ?

Notre volonté est en effet de permettre la poursuite d’études en BTS et DUT. En ouvrant des places, mais aussi en agissant de façon active pour encourager les lycéens, en particulier des voies professionnelles et technologiques, à poursuivre dans ces voies. Ainsi, nous introduirons pour ces derniers un système de bonifications dans la procédure APB vers certaines filières sous tension.

Nous poursuivons un objectif d’élévation générale du niveau de qualification.

Dans votre programme se trouve la scolarité obligatoire jusqu'à 18 ans. En quoi cela aidera-t-il les jeunes qui ont déjà du mal avec le système scolaire à 15 ans ? Plus largement, comment éviter le décrochage ?

L’allongement de la scolarité obligatoire à 18 ans participe, à l’heure des mutations de notre système productif, de notre objectif d’élévation générale du niveau de qualification. Nous l’associons à une profonde refondation des voies professionnelles et technologiques qui offrira un véritable choix d’orientation aux élèves.

Afin de lutter contre le décrochage nous agirons en amont sur les causes de la difficulté scolaire. La diminution du nombre moyen d’élèves par classe, le renforcement du dispositif "plus de maîtres que de classes" en CP et CE1 (5.000 postes), ainsi que la création d’un service public gratuit du soutien scolaire permettront un suivi plus individualisé. Nous voulons également reconstituer les 15.000 postes de RASED (réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté).

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Qui aura le droit, et sous quelles conditions, à l'allocation d'autonomie de 800 € que vous proposez ?

De plus en plus de jeunes ont recours à des prêts bancaires, tandis que d’autres survivent de petits boulots qui nuisent à leurs études. Afin de leur permettre de se consacrer pleinement à leurs études, nous proposons effectivement d’instaurer une allocation d’autonomie d’un montant de 800 € par mois. Elle concernera les jeunes de 18 à 25 ans, sera versée pendant 3 ans. Il y aura deux conditions : s’engager dans une formation et ne pas dépasser un certain plafond de ressources. Pour les cursus supérieurs à 3 ans, le système des bourses sera maintenu.

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Quelle est votre position sur la sélection à l'entrée de l'université ?

Les débats sur la dose de sélection à appliquer en licence reviennent à discuter de la gestion de la misère. Nous ne partageons pas cette vision malthusienne qui vise souvent les jeunes des classes populaires. Nous voulons investir dans l’enseignement supérieur public, notamment en embauchant des enseignants chercheurs et personnels administratifs et de bibliothèque.

Au-delà de ça, il faudra consulter les instances compétentes, mais aussi les organisations étudiantes et les sociétés savantes, pour élaborer un cadre national qui spécifiera l’inventaire des diplômes, ainsi que les conditions pour être admis de droit dans un cursus de licence (essentiellement le type de baccalauréat) ou de master. Cela permettra de garantir des places en DUT ou BTS aux bacheliers de filières technologiques et professionnelles.

Pour les étudiants ne satisfaisant pas ces conditions, les universités pourront procéder à un examen des dossiers, mais elles devront prévoir des années blanches, c’est-à-dire une remise à niveau pour des étudiants venant de spécialités différentes.

Lire aussi l'entretien de Jean-Luc Mélenchon sur EducPros.