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Décryptage

Quand Instagram devient un job étudiant

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Capture d'écran d'une photo publiée par Marie sur son compte Instagram. // © @Bhrnphotographie
Capture d'écran d'une photo publiée par Marie sur son compte Instagram. // © @Bhrnphotographie

Marie, Paul, Nicolas, Cyprien... avec leurs photos de mode, de lifestyle ou de voyage, ils cumulent des dizaines de milliers d'abonnés sur le réseau social Instagram. Une notoriété qui intéresse les marques et leur permet d’en faire un job étudiant à part entière. Mais comment s’y prennent-ils ?

Paul, 18 ans, torse nu, arbore sa musculature saillante pour le plaisir de ses 13.000 followers (-euses, surtout). Marie, 19 ans, partage ses portraits artistiques et ses photos de danse dans des endroits insolites. Tout comme Nicolas, qui ajoute à son univers virtuel des photos de ses escapades dans une ambiance onirique. Quant à Éléonore, Instagrameuse mode, c'est avec sa garde robe qu’elle régale ses abonnés.

Ce qu'ils ont en commun, hormis leur popularité en ligne ? Pour chacun d'eux, l'usage d'Instagram s'est transformé en job étudiant. Oui, une activité à côté de leurs cours dont ils tirent des revenus. De quoi rendre envieux leurs camarades qui exercent un travail à temps partiel plus classique.

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Une publication partagée par Marie Bhrn (@bhrnphotographie) le

Des milliers d'abonnés pour intéresser les marques

Mais le job d'Instagramer n'a rien d'une promenade de santé. Si le public ne voit que les publications finales, il n'a pas toujours idée de la partie immergée de l'iceberg. Séances photos, sélections, retouches, rédactions de légendes, planifications des posts et réponses aux commentaires est le b.a.-ba de l'application. "Cela demande beaucoup d'investissement personnel même si cela renvoie à une image cool", confie Cyprien, qui a débuté quand il était lycéen.

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Pour utiliser le réseau social à des fins professionnelles, il faut mettre en place des collaborations. Ces dernières sont la source de revenus des influencers. Ces partenaires peuvent être variés, mais tous attendent une certaine influence sur Instagram avant d'établir un contrat. "Quand j'ai atteint 10.000 abonnés, explique Paul, 18 ans, qui a arrêté ses études de commerce, les marques ont commencé à s'intéresser à moi."

Le contrat consiste la plupart du temps au placement d'un produit offert par une marque. Même expérience pour Nicolas, étudiant en école de marketing et publicité à Lyon : "Une marque m'a proposé de m’offrir une montre en échange de trois photos à poster sur mon compte. Comme n’importe quel jeune je pense, j’ai accepté. Qui refuserait une montre gratuite ?"

 : @manotoph (very nice collab btw)

Une publication partagée par CYPRIEN BEAUDE

Trouver de nouvelles collaborations, et entretenir une relation au long terme avec ces marques, est au cœur du métier. "Plus tu utilises Instagram, développe Paul, plus tu vas gagner en notoriété, et tu vas avoir besoin de passer davantage de temps dessus, et dès lors, tu seras à la recherche de nouveaux partenariats avec des marques plus difficiles d’accès qu’avant." Et Cyprien d'ajouter : "Certaines marques imposent des délais, il faut faire ses preuves. Il faut réussir à faire en sorte qu'elles te recontactent." Autant de compétences que ces étudiants ont apprises sur le terrain, sans formation préalable.

Des cadeaux, et ensuite de l'argent

D'abord sous la forme de cadeaux (vêtements, accessoires, voyages, chambres d'hôtel, etc.), les rémunérations se font ensuite en argent comptant (en plus du produit offert). "Certains mois, je pouvais gagner jusqu'à 3.000 € en additionnant les paiements reçus et la valeur des cadeaux, mais c'est très variable" dévoile Paul. Un chiffre impressionnant qui ne semble pas concerner tout le monde. Pour Éléonore, étudiante en master de finance et influenceuse mode sur Instagram, "certains mois, tu ne gagnes rien, et d'autres tu peux monter à 600 €".

Paul explique ces variables : “Certains ont 10.000 abonnés et gagnent 2.000 € par mois, quand d’autres ont 300.000 abonnés mais ne gagnent que 300 € par mois. Les marques ne donnent pas la même chose à tout le monde. Parfois, peu importe le nombre d’abonnés. C’est la manière dont le titulaire du compte peut mettre les marques en avant qui les intéresse". Quant à Marie, étudiante en licence de design graphique à Paris, son compte Instagram lui sert aussi de vitrine : "Des gens qui ont connu mon travail sur Instagram me rémunèrent pour que je fasse des portraits pour leur usage personnel".

Les études restent la priorité

Néanmoins, les influenceurs interrogés sont unanimes : aucun ne s'est lancé sur Instagram dans le but de gagner de l'argent. Tous n'ont qu'un mot à la bouche : la passion. "C'est vraiment une communauté de passionnés, que ce soit par le voyage, la nourriture, la mode, la photo. Il y a un vrai désir de partage de ce qu'on aime, et je pense que cela se ressent", assure Marie. On ne devient pas instagramer professionnel par défaut. D'ailleurs, Paul note que "ce n'est pas pas parce que l'on va y passer dix heures par semaine que l'on va réussir." Pour gagner des followers et attirer les marques, il faut non seulement "s'accrocher et persévérer", conseille Éléonore, mais aussi avoir un univers personnel.

Quoi qu'il en soit, concilier ce job passion avec ses études peut se révéler difficile. "J'y consacre énormément, voire trop de temps", admet Nicolas, qui a fini par prendre un agent qui l'aide à mettre en place des collaborations. Parfois, les influencers sont invités à des événements organisés par des marques, à des soirées, ce qui laisse moins de temps pour les révisions. Toutefois, la plupart font de leurs études la priorité. "Si je suis dans des semaines d'examen, il m'arrive de ne pas être présente sur les réseaux", avoue Éléonore.

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Cyprien, 18 ans, en DUT techniques de commercialisation à Paris, abonde en ce sens : "Les followers, ce n'est pas quelque chose de stable. Les cours doivent rester la priorité. Il m’arrivait d'être invité a des événements en semaine. J'y allais quand mes parents étaient d'accord."

Quand la popularité sur les réseaux sociaux s'agrandit, il y a aussi un risque de "prendre la grosse tête", remarque Paul, de penser que l'on peut tout miser sur les réseaux sociaux et finalement négliger, voire abandonner, ses études. "Mais sur Instagram, tout peut s'arrêter du jour au lendemain. Il suffit par exemple d'être piraté, et on perd tout", ajoute Paul.

@thekooplesofficial

Une publication partagée par Paul Verley (@paulverley) le

Il n'empêche qu'en plus de constituer un job étudiant, Instagram peut ouvrir des opportunités professionnelles. C’est parce qu’il collaborait avec la marque Blue Garage que Cyprien a trouvé un contrat en alternance. Marie a également trouvé un stage chez une marque partenaire. Quant à Paul, c’est carrément son métier qu’il a dégoté, dans une entreprise hollandaise de porte-cartes.