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Bac 2018 : "Dans le centre scolaire de la prison, je ne suis plus un détenu"

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Ben, en trois ans, aura passé le brevet, le bac français et le bac STMG en prison. // © Mark Samba
Ben, en trois ans, aura passé le brevet, le bac français et le bac STMG en prison. // © Mark Samba

Dans les locaux de la maison centrale de Poissy, une prison des Yvelines, un détenu passe son bac STMG. L'Etudiant est allé à la rencontre de Ben qui, depuis sa cellule, espère obtenir son diplôme comme quelque 750.000 autres candidats de France.

Dans la cour de la maison centrale de Poissy (78), le maillot de la Juventus sur les épaules, Ben fait une pause au soleil. Il vient de terminer son épreuve de langue. Isabelle Lorentz, la directrice, l'interpelle : "Deux minutes !", répond-t-il, en marchant dans la direction contraire. "On n'a pas toute la journée non plus !", avertit la directrice. Un silence. "Pas grave, reprend-t-elle. Il nous rejoindra plus tard dans sa salle d'examen."

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Le brevet, le bac français et le bac en trois ans

Ici, il faut passer deux contrôles de sécurité, une dizaine de portes, longer des couloirs interminables et grimper quelques marches, pour oublier qu'on est en prison. Au centre scolaire de l'établissement, dans la salle 1bis dite "Marianne", décorée d'une carte de France et d'une mappemonde, Ben, 27 ans, passe son bac STMG pour la première fois. "Ça a été dur cette année, explique-t-il. Les cours ont été parfois très denses… mais je suis confiant."

Il y a deux ans, avec cinq autres détenus, il avait déjà passé son brevet, suivi de ses épreuves de français en 2017. Aujourd'hui, il est seul à se présenter au bac. L'élève a moins d'heures de cours que ceux qui préparent l'examen à l'extérieur, mais il s'agit tous de cours particuliers. "Il a même eu droit à un ordinateur personnel pour certains d'entre eux. Un privilège de bachelier !", s'exclame la responsable locale de l'enseignement, Catherine Le Faou, également assise autour de la table d'examen, entre le détenu et la directrice.

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"La seule chose qui compte : obtenir mon diplôme"

Les trois quarts du temps, Ben révise dans sa cellule. Ici, contrairement aux maisons d'arrêt, celles-ci sont individuelles, les peines étant plus longues (de 15 ans à la perpétuité). Le calme de la bibliothèque – où officie, selon le détenu, "un homme remarquable" – et les ressources du CDI (centre de documentation et d'information), l'ont "énormément aidé" à préparer l'examen, qui pourrait lui permettre de bénéficier d'une remise de peine. Mais pour Ben passer le bac a un autre avantage : "Une fois en centre scolaire, je ne suis plus un détenu. Je ne vois plus personne. La seule chose qui compte, c'est d'accomplir mon objectif : obtenir mon diplôme." Et pour la suite ? "Un master 1 en commerce, et pourquoi pas travailler dans une grande entreprise…"

Presque 100 % de réussite

Sur le mur du couloir qui longe la salle de classe, le planning d'occupation des salles est plein. Dans la prison, on passe le brevet, le DAEU (diplôme d'accès aux études universitaires), le bac… avec un taux de réussite qui frôle les 100 %. Et parmi les 208 détenus que compte l'établissement, 90 sont inscrits au centre scolaire. "Le gros de la demande est surtout en postbac. On est en partenariat avec l'université de Paris VII-Diderot pour notre licence de lettres et avec l'université de Reims pour notre licence de droit", explique la directrice. Des moyens ont même été mis à disposition d'un détenu qui valide actuellement son doctorat de philosophie, avec "une salle où il peut discuter avec son maître de thèse en vidéo conférence". Du brevet au doctorat, il a passé tous ses examens au sein de l'établissement.

Pour Ben, la pression se porte surtout sur la fin de semaine, avec les épreuves de marketing, management, éco-droit et espagnol. "Ses plus gros coefficients", précise-t-il. Il assume tout de même avoir une petite préférence pour le management : Pour moi, c'est le plus simple", annonce-t-il sereinement. « Ça ne l''est qu'en théorie! » retoque la directrice.

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