1. Adrien, 20 ans : "Comment j'ai préparé le bac en candidat libre"
Témoignage

Adrien, 20 ans : "Comment j'ai préparé le bac en candidat libre"

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Adrien, 20 ans, passe son bac pour la troisième fois. Il espère ensuite étudier la sociologie. // © Elisabeth Schneider/Hans Lucas pour l'Etudiant
Adrien, 20 ans, passe son bac pour la troisième fois. Il espère ensuite étudier la sociologie. // © Elisabeth Schneider/Hans Lucas pour l'Etudiant

Décrocher le bac sans aller au lycée ? Adrien l'a fait ! Après deux échecs, il a pu bénéficier du dispositif MOREA pour préparer les épreuves du bac ES. Quelques semaines avant l'examen, l'Etudiant l'avait rencontré.

J'ai raté mon bac deux fois, pour des tas de raisons : manque d'organisation et de travail, absentéisme et pas assez de motivation. Pour décrocher le fameux sésame, il faut d'abord le vouloir vraiment. Cette année, je suis prêt*. À la rentrée, alors que je ne savais pas vraiment quoi faire, j'ai entendu parler du dispositif MOREA [module de repréparation d'examen par alternance] et j'ai postulé. Il y en a plusieurs en France, au sein des lycées.

MOREA permet aux élèves dans mon cas, c'est-à-dire qui ont été recalés deux fois au bac, de bénéficier de quelques cours, de séances de développement personnel, d'une plate-forme numérique et de l'accompagnement d'un tuteur. Le mien s'appelle Kevin. Il est étudiant, je peux le joindre par téléphone quand j'ai besoin d'être soutenu. Il me laisse aussi des messages et prend de mes nouvelles au moins une fois par semaine.

J'ai vécu un drame à la fin du premier trimestre. Quatre jours avant Noël, mon grand frère est décédé dans un accident de voiture. Les gens de MOREA ont été super importants pour moi. Ils m'ont aidé à ne pas tout arrêter. Je me suis remis au travail après m'être interrompu pendant deux mois. Je n'ai que quatre matières à passer – le français, la philosophie, l'économie et les maths –, parce que ce système prévoit qu'on puisse garder le bénéfice de nos notes au-dessus de 10. Mes autres notes ne sont pas catastrophiques, ça va de 10 en histoire-géographie à... 16 en anglais !

"Je vais au lycée une ou deux fois par semaine"

Cette année, tout est basé sur la motivation. Personne ne nous reprochera de ne pas étudier. On nous laisse libres de choisir de réussir ou pas. Mais, si on est là, c'est parce qu'on veut y arriver. Et on se donne les moyens. On joue le jeu ! Je vais au lycée une ou deux fois par semaine, au local du dispositif MOREA. Je peux aller aussi au CDI [centre de documentation et d'information] si j'en ai envie, c'est ce que le proviseur du lycée a souligné quand il nous a accueillis, nous, les 35 inscrits. Je n'ai que quatre à six heures de cours par semaine. Mon groupe de travail compte une petite dizaine d'élèves dans mon cas mais, le plus souvent, nous sommes quatre ou cinq avec un enseignant. C'est formidable et efficace ! Une fois par mois, nous avons une séance de développement personnel : on exprime ce que l'on ressent, on réfléchit et on explique où on en est de notre travail et de notre motivation. Ça m'aide beaucoup.

"Je ne me déconcentre pas"

Jusqu'à présent, au cours des cinq années qu'a duré pour moi le lycée (j'ai redoublé ma seconde et ma terminale), je n'avais jamais réussi à travailler seul. J'ai souvent passé des heures à tourner en rond sans pouvoir m'y mettre. Je regardais la télé, je jouais à l'ordi et... je stressais ! Je me suis fait de bonnes migraines l'an passé, je somatisais. J'étais mal de ne pas y arriver. Là, c'est différent. J'ai décidé de rentabiliser mon temps consacré aux études. Quand j'arrive à m'y mettre, je ne me déconcentre pas. En fait, dès que j'y suis, j'y reste pour un moment !

Je me suis organisé de bons programmes de travail, avec des heures de début et de fin, le matin et l'après-midi, tous les jours de la semaine. Mme Borrell, la proviseure adjointe du lycée Jean-Moulin [à Torcy, en Seine-et-Marne] et responsable de MOREA, a inventé un planning super. Il est composé de feuilles de format A3, comme une affiche, que j'ai accrochées dans ma chambre. Pour chaque jour, j'inscris ce que je prévois dans des colonnes différentes : révisions, à faire (ça peut être une course, un rendez-vous), détente.

À la fin de la journée, je surligne ce que j'ai réussi à terminer réellement. Mme Borrell nous a expliqué que beaucoup de personnes peuvent se fixer comme objectif de faire quatre heures d'économie le matin et autant l'après-midi. C'est joli sur la feuille, mais quasiment impossible à tenir ! Il faut être réaliste et ne pas se mettre la barre trop haut. C'est comme ça que j'ai appris à m'autoévaluer, à pointer mes progrès, mes peurs et mes réussites.

"Je m'invente de faux bacs blancs, en conditions réelles"

Avec ce planning, je dois aussi respecter mes engagements. Ce matin, par exemple, j'ai inscrit deux heures de maths et une heure de philo. J'ai tenu les trois heures d'affilée, c'est énorme pour moi. L'important, c'est de s'autogérer. Je sais que j'ai aussi besoin de me détendre : eh bien, je me détends ! Je prévois donc des heures de repos.

Pour certaines matières, comme les maths, je veux me donner le plus de chances possible d'avoir une bonne note, c'est un coefficient élevé. Une professeure vient à la maison une fois par semaine depuis la rentrée. Je m'invente de faux bacs blancs, en conditions réelles : je m'installe, et c'est parti pour quatre heures. Je mets mon alarme et je ne déborde jamais. Ensuite, je regarde ce qui ne va pas à l'aide des corrigés, puis je travaille avec la prof ce qui coince. J'ai progressé ! C'est vrai, c'est un budget, mais mes parents m'aident et m'encouragent. Ils paient certains cours particuliers, j'en paie d'autres.

"Pour être en forme, je fais du sport"

Le stress peut faire rater un examen ! Alors, pour être en forme physique et mentale, je fais du sport. Chez moi, j'ai un banc de musculation et une barre de traction. Je fais des abdominaux. Je m'entraîne tous les jours pendant trente minutes. C'est essentiel de se défouler, de canaliser son énergie. Surtout pour nous qui avons eu des difficultés à l'école ! Le bac, c'est être efficace, tactique ! La forme en fait partie. J'écoute tous les conseils de ma mère et de ma petite sœur. Elle a 12 ans et elle sait plein de trucs sur la nourriture, les légumes, les sucres lents. Je me force à manger un peu de poisson pour la mémoire. Je cuisine aussi, des légumes, des plats. C'est une récréation et c'est plus sain que le fast-food !

"Chacun apprend à sa manière"

Je révise souvent mes fiches dans mon jardin. J'ai 36 fiches en éco et une dizaine en maths. Pour la philo, j'apprends par cœur des citations et les thèses des auteurs. De bonnes citations bien comprises et utilisées à bon escient, c'est ce qui fera la différence dans une dissertation. J'apprends allongé dans mon transat ou debout en marchant, dans mon jardin. C'est efficace. Des copains mâchent du chewing-gum, d'autres chantent en récitant. Certains de mes amis sont en études supérieures, d'autres se cherchent encore. Ce qui est certain, c'est que chacun apprend à sa manière.

Mon conseil ? Ne pas se raconter d'histoires, être honnête avec soi-même. À quelques semaines du jour J*, je suis serein, je me sens bien. Et les autres, les profs du MOREA, mes parents aussi, me font confiance. J'ai fait ce qu'il fallait. Je n'ai pas de problèmes de capacités, mais j'avais un manque d'habitudes de travail.

* Adrien a obtenu son bac ES en juin 2015.

Le bac en candidat libre, mode d'emploi
L'inscription au bac en tant que candidat libre s'effectue gratuitement auprès des rectorats, dès septembre-octobre.

Il est possible de préparer les épreuves via des cours particuliers privés ou à distance – en passant par le CNED (Centre national d'enseignement à distance). En tant que candidat individuel, il faut compter à partir de 990 € pour la terminale complète ou 250 € environ par matière (sachant que vous pouvez garder les notes au-dessus de 10).
À noter, le CNED fonctionne aussi comme un lycée à distance, qui peut, après avis du conseil de classe, vous inscrire sous statut scolaire dans une classe de terminale pour préparer le bac à distance (à partir de 280 € pour la terminale).

MOREA (module de représentation à l'examen par alternance) est un dispositif gratuit qui s'adresse aux élèves ayant échoué au moins deux fois à l'examen.
Les notes supérieures à 10 obtenues à la session précédente sont conservées. Mais même si l'élève excelle dans les matières qu'il repasse, il ne pourra pas obtenir de mention. C'est la règle.

Contactez le rectorat de votre académie.