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Décryptage

Études de genre à l’université : quels débouchés dans l’égalité femmes-hommes ?

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Petit à petit, l'égalité femmes-hommes s'inscrit à l'université et dans les secteurs professionnels. // © plainpicture/Westend61/Hartmut Loebermann
Petit à petit, l'égalité femmes-hommes s'inscrit à l'université et dans les secteurs professionnels. // © plainpicture/Westend61/Hartmut Loebermann

À quoi mènent les études de genre à l’université ? Quels sont les métiers, les secteurs, mais aussi vos chances d’insertion professionnelle si vous voulez œuvrer pour l'égalité femmes-hommes ? Éléments de réponses.

"Les formations en études de genre mènent à tout et rien en même temps. On les choisit par passion", décrète Laetitia Barth Kaidi, 31 ans, diplômée du master études sur le genre de l'université Paris 8. Motivés par un intérêt politique, militant ou encore scientifique, quelque 500 étudiants se sont inscrits en master études de genre à la rentrée 2016. Mais connaissent-ils vraiment les débouchés, les types d’emplois et de secteurs qui se cachent derrière ces formations pluridisciplinaires ?

Des postes de chargés d’égalité à pourvoir

"Quelque centaines voire milliers d'emplois vont se créer dans les prochaines années dans le domaine de l'égalité femmes-hommes", prévoit, confiant, Yves Raibaud, chargé de l'égalité femmes-hommes à l'université de Bordeaux. Le contexte institutionnel, avec l’adoption d’une série de lois sur l’égalité, a incité, voire contraint, les institutions et les entreprises à créer des postes sur cette thématique.

Amandine Berton-Schmitt, chargée de mission éducation au centre Hubertine Auclert, nuance cette conjecture : "Les collectivités territoriales doivent désormais produire régulièrement des rapports sur l’égalité hommes-femmes. Des postes sont créés mais on recrute plutôt dans le vivier existant des fonctionnaires, peu chez les jeunes diplômés, qui sont pourtant mieux formés".

Des employeurs potentiels très divers

Dans le domaine de l’égalité femmes-hommes, vous pouvez devenir chargé de mission dans une entreprise, un conseil régional, une association, ou encore dans un établissement d’enseignement supérieur.

C’est le cas de Florence Françon, 26 ans, chargée de l’observatoire de l’Institut Gaston Berger, rattaché à l’INSA Lyon. "Nous traitons des questions d’égalité au sens large (handicap, racisme, genre…). Mon poste est transversal à toutes ces thématiques", souligne-t-elle. Au quotidien, Florence s'emploie à faire de la veille documentaire sur les dispositifs des autres écoles ou encore à collecter des statistiques. "Je dois également gérer des projets et évaluer l’efficacité de nos actions, comme la sensibilisation des lycéennes aux métiers de l’informatique", décrit-elle.

De l'égalité dans de nombreux secteurs

La spécialisation en études de genre peut être également utile dans de nombreux autres secteurs : "Le journalisme, la culture, les ressources humaines, ou encore la recherche", énumère Sylvie Chaperon, responsable du réseau Arpège.

Laetitia Barth Kaidi a basculé de son poste de chargée de développement en ONG (organisation non gouvernementale) à une agence de photographie. Responsable éditoriale, elle s’occupe désormais de gérer des projets de livres de photos, met en place des expositions, recherche des partenaires… "L’agence Webistan défend une conception de l’humanité dans laquelle je me reconnais. Les projets éditoriaux dont je m’occupe ont souvent une approche genrée", explique-t-elle.

L’associatif recrute peu

Un bémol, toutefois. "Les étudiants rêvent souvent de travailler dans le milieu associatif, mais ces organisations ont de moins en moins de moyens, comme l’a dénoncé le rapport "Où est l’argent pour les droits des femmes ?" en septembre 2016", constate Amandine Berton-Schmitt. Cependant, elles ont des besoins "dans l’accompagnement de projets, une compétence appréciable conjuguée avec l’attrait pour les études de genre", estime Yannick Chevalier, vice-président en charge de l'égalité et de la vie citoyenne à l’université Lyon 2. Des arguments que Valentine Sébile, 33 ans, diplômée du master études sur le genre de Paris 8 a mis en valeur, huit ans après avoir arrêté ses études en sciences politiques. "La spécialisation en études de genre est très utile lorsque l’on veut travailler dans le domaine des droits de l’homme, c’est une problématique où des actions se développent de plus en plus", constate-t-elle.

Valentine est aujourd’hui conseillère d’un rapporteur spécial des Nations Unies dans le domaine des droits de l'homme. Elle l’aide dans son travail : "développement de sa communication numérique, rédaction de rapports, organisation de visites dans des pays…" Son bagage universitaire lui permet "d’avoir plus d’outils, de maîtriser des concepts et une sensibilité sur les questions féministes".

Des métiers "passion" souvent précaires

Ainsi, les associations, tiraillées entre manque de financement et nécessités, "recrutent souvent des CDD [contrats à durée déterminée] ou des services civiques, car elles n’ont pas le budget nécessaire pour s’engager à long terme", analyse Amandine Berton-Schmitt. "Du côté des collectivités territoriales, on embauche souvent des CDD puis on les incite à passer les concours de la fonction publique territoriale", ajoute-t-elle.

Une double casquette pour rassurer

Dans ce contexte, les diplômés ont souvent recours à un service civique ou à un deuxième master, pour acquérir de nouvelles compétences à faire valoir. Après son master études sur le genre, Laetitia Barth a ainsi suivi un master coopération internationale à Paris 1, pour travailler en ONG. "Les diplômes en études de genre sont encore peu connus des entreprises. Cela les rassure de voir que nous avons une double casquette. Pour moi, c’était mes compétences en statistiques", raconte Florence Françon, titulaire d’un master études sur le genre, analyses lectures interdisciplinaires pour tisser l’égalité dans la société de Lyon 2, après avoir obtenu un M1 sociologie et une licence bi-disciplinaire sociologie et MIASHS (mathématiques informatique et statistiques appliqués aux sciences humaines et sociales). Elle est également passée par un service civique sur les discriminations avec Unis-Cité, au Défenseur des droits, avant de décrocher son poste actuel.

Du sens mais peu de sous

Si les secteurs d’application des études de genre sont variés, d’une manière générale, "ce sont souvent des métiers que l’on fait avant tout par engagement, pas pour devenir millionnaire", souligne Amandine Berton-Schmitt. "On ne compte ni son temps ni son énergie pendant les premières années, le salaire est bas", admet Laetitia Barth Kaidi. La récompense : "Notre travail a du sens".

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