Pédagogie : comment Skema met l'accent sur 'l'expérientiel'

Par Agnès Millet, publié le 23 Mars 2021
6 min

À l’heure de la pandémie, les méthodes pédagogiques se réinventent plus que jamais. Mais il n’a pas fallu attendre 2020 pour que les écoles de management expérimentent de nouveaux formats. L’Étudiant en décrypte trois pour vous. Dans ce focus, nous décryptons le concept de consilience de Skema.

Avant d’intégrer une école de commerce, vous avez une idée assez précise du socle de disciplines que vous approfondirez : marketing, management, RH, vente, communication…

Si les méthodes évoluent, l’image du professeur dispensant son savoir à des élèves prenant leurs notes peine à s’effacer, même si la crise sanitaire et le basculement en distanciel font bouger les lignes. Pourtant, depuis plusieurs années, les écoles de commerce cherchent de nouveaux formats pédagogiques.

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Programme Grande école : penser aujourd’hui et demain

C’est le cas à Skema. En 2018, l’école de management réforme son programme Grande école (PGE) pour y introduire son dispositif ThinkForward (en français "penser demain"). Objectif : "questionner les grands enjeux contemporains sous le prisme de la géopolitique, de l'économie et de la philosophie".

Impulsé par deux professeurs – Frédéric Munier et Rodolphe Desbordes – le PGE déploie alors une pédagogie expérientielle, enrichie de learning expeditions au Sénégal et en Ouzbékistan, voyages de découverte académique, culturelle et économique, en petits groupes.

"Nous avons souhaité donner corps à ces expériences, ce qui a donné naissance au parcours Consilience, à la rentrée 2020", explique Frédéric Munier, professeur de géopolitique. Les élèves peuvent l’intégrer au semestre 2 et/ou au semestre 3 de leur cursus en trois ans.

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Faire converger les savoirs

Consilience ? "C’est la convergence des savoirs, pour approcher un phénomène à travers plusieurs disciplines. Le terme est emprunté à William Whewell, un scientifique britannique du 19e siècle", indique ainsi Rodolphe Desbordes, professeur d’économie.

À Skema, l’approche combine sciences de gestion, sciences sociales, sciences politiques mais aussi sciences de la donnée. Et l'enseignant d’ajouter : "C’est un cadre pour appréhender ce monde, devenu plus compliqué, et sans filtre puisque l’on s’informe moins par la presse ou des manuels, mais directement sur Internet. Devenus professionnels, ces jeunes devront prendre des décisions et seront mieux armés, grâce à un apprentissage sans silo".

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Travailler en trinôme sur des sujets transverses

En pratique, qu’est-ce qui est proposé aux 60 étudiants du parcours ? Ils travaillent en trinôme dans l’une des dix activités au choix : études anthropologiques, l’économie écologique et solidaire ou "progress studies"…

"Dans cette dernière activité, les élèves étudient un progrès technique – le béton, par exemple – sous tous les angles, en croisant les disciplines et se plongeant dans les sources. Ils terminent ce travail par l’interview d’un spécialiste", détaille Frédéric Munier.

Le thème du progrès n’a pas été choisi par hasard. "L’idée est de lutter contre les idées reçues, alors que nous observons une défiance croissante face à la technologie", analyse Frédéric Munier. "Nous voulons apprendre aux élèves à être critiques, sans être dans un rejet systémique", complète Rodolphe Desbordes, professeur d’économie.

Mettre le cap sur l'exigence intellectuelle

À l’issue de ce travail, chaque trinôme rédige un article. "Passée par une prépa, j’avais apprécié l’exigence intellectuelle de ces années. C’est ce que j’ai retrouvé dans ce parcours, qui correspondait d’autant plus à mon profil que j’ai toujours aimé rédiger", confie Doudja Abbas Terki, étudiante en 2e année du PGE.

Rédactrice d’un article collectif sur la théorie du grand remplacement, elle l'a analysé par le prisme de la musique. Elle raconte : "C’est stimulant, car nos professeurs nous ont encouragés à aller vers ces sujets, sans nous limiter, mais en gardant notre curiosité".

Autre pas de côté : les étudiants interviennent en cours pour des revues de presse, mais aussi en construisant et en animant un cours devant leurs camarades de M1.

Surtout, le temps fort du parcours sont les learning expeditions. "Durant ce voyage au Sénégal, j’ai rencontré des entrepreneurs, visité une banque, une start-up, un espace de coworking… Je n’aurais pas pu voir ces choses, en faisant du tourisme de mon côté", s’enthousiasme l’étudiante.

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Un accompagnement au plus proche

Les deux professeurs se rendent très disponibles. "Le mentoring est l’une des clefs. On encourage les élèves à dialoguer avec nous : on les renseigne pour leur recherche, on répond à leurs questions. La relation est presque de un à un. Et ils sont très demandeurs car les écoles ont de grandes promotions. Surtout, ils apprécient de ne pas être traités comme des réceptacles, mais comme des participants à une communauté de pensée", relève Rodolphe Desbordes.

Pour Doudja Abbas Terki, "c’est vraiment un échange de savoirs et d’idées, au travers des articles et des discussions. C’est intéressant et cela permet de grandir. Cette prise d’initiative bouleverse aussi la façon d’apprendre. Mais cela est complémentaire de nos cours plus classiques, comme en économie. On en a besoin pour puiser les savoirs".

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