Les écoles de commerce face aux défis de l'enseignement à distance

Par Sarah Nafti, publié le 02 Decembre 2020
5 min

Et si le passage forcé à l'enseignement à distance était l'occasion de modifier en profondeur les pédagogies à l'œuvre dans l'enseignement supérieur ? Dans les écoles de commerce, passé la surprise du premier confinement, où il a fallu improviser au plus vite pour assurer la continuité pédagogique, la rentrée a été mieux préparée. Les outils mis en place au mois de mars ont été apprivoisés, de nouveaux ont émergé, et les écoles ont investi dans la qualité de leurs enseignements.

À Grenoble EM, le séminaire de rentrée a pu avoir lieu sur un campus virtuel. "Pour des raisons sanitaires, nous avions fait le choix des cours à distance dès la rentrée, explique Armelle Godener, directrice de la pédagogie. Mais nous ne voulions pas abandonner notre défi de la rentrée, où les étudiants de première année débattent de sujets sociétaux autour de 18 controverses." Le défi a donc eu lieu entièrement virtuellement, sur un campus numérique.

Une rentrée comme dans un jeu vidéo

"C'était un peu comme un jeu vidéo, détaille Lisa, étudiante en première année. Chaque personne avait son avatar, on pouvait discuter ensemble, assister à des cours, avoir des discussions privées. C'était vraiment sympa, et ça nous a permis de visualiser rapidement qui est qui." Toutefois, Lisa regrette un peu "d'avoir été à distance dès le début de l'année".

Le présentiel aurait dû débuter à la date où le reconfinement a été annoncé. "Je trouve que la participation n'est pas la même et c'est difficile de s'accrocher pour des cours plus difficiles, comme la comptabilité que je découvre". Ce risque de décrochage est pris en compte dans l'élaboration des nouveaux contenus pédagogiques. L'école, qui avait déjà mis en place la classe inversée – où les étudiants ont le contenu en amont du cours – a utilisé cette méthode pour "faciliter les interactions à distance".

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Investir dans des équipements

L'Ieseg Business school a elle investi plus d’un million d'euros dans l'équipement de salles hybrides -qui permettent de faire cours avec une partie des étudiants à distance- et dans l'acquisition de licences des logiciels utilisés (Zoom et WiseFlow).

Les professeurs ont été formés aux outils "mais ils ont aussi bénéficié de conseils pratiques, comme se mettre debout pour jouer sur le langage corporel, mixer les apprentissages synchrones et asynchrones, limiter les temps de parole…", explique Loïc Plé, directeur de la pédagogie. "Nous avons accompagné les professeurs dans la création de nouveaux formats d'examens". En effet, ceux-ci sont passés entièrement en ligne, ce qui nécessite d'adapter ses pratiques, par exemple "envisager la possibilité d’examens à livre ouvert (avec documents)".

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Bien sûr ces évolutions ne se font pas sans appréhension, notamment sur la maîtrise des nombreux outils numériques. À l'Ieseg, l'engagement des étudiants est facilité par des applications comme Wooclap. Kedge Business school a aussi fait le choix de ces programmes participatifs, et a équipé ses enseignants d'ordinateurs plus puissants afin d'utiliser des outils comme le tableau blanc et se rapprocher d'une expérience de classe.

À Skema, les enseignants utilisent Wooclap, Klaxoon ou encore Testwe et proposent des cours "augmentés" par la technologie, avec accès à de nouvelles ressources, et la possibilité de revisionner quand un point a été mal compris.

Le passage par l’hybride salutaire avant le reconfinement

Pour Juliette, étudiante à l'Ieseg en master entrepreneuriat et innovation, le fait qu'il y ait eu dès le début de l'année des cours "hybrides" a facilité le passage au "tout à distance". "Au début, je craignais un peu que le distanciel empêche la participation aux cours. Mais finalement, il y a plusieurs façons d'interagir, on peut lever la main virtuellement, envoyer des questions dans le chat, et c'est très fluide !"

L'Edhec a également misé dès le début de l'année sur le modèle hybride, mais aussi sur les salles de classes virtuelles (blackboard) et le e-learning, ce qui a permis de "développer l'autonomie des étudiants", comme l'explique Anne Zuccarelli, directrice de l'expérience étudiante. L'école a investi un million d'euros pour équiper ses salles de classes en streaming. "Nous ne reviendrons jamais au 100% présentiel. L'enseignement à distance nous ouvre de nouvelles portes, comme le fait de pouvoir avoir des profs, et même des étudiants, notamment étrangers, qui sont loin. Il permet aussi de comprendre la valeur ajoutée du présentiel."

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