À l'université, les étudiants handicapés peinent à faire respecter leur droit à étudier

Par Sarah Nafti, publié le 02 Novembre 2021
6 min

Quand on est étudiant en situation de handicap, qu'il soit visible ou invisible, il est souvent difficile d'étudier dans de bonnes conditions. Si les dispositifs existent, les démarches sont souvent longues à mettre en place.

"On est tout le temps dans le rapport de force pour faire respecter nos droits." Myriam, étudiante en L3 lettres et sciences humaines à l’université Paris Diderot (75) souffre d’un handicap invisible. Sa licence est aménagée, elle a le droit à un tiers temps aux examens (plus de temps pour composer), à un preneur de note et à du tutorat. Et pourtant, rien n’est évident. "Il faut parfois plusieurs mois pour que la prise de note soit mise en place, et encore, il faut trouver des étudiants volontaires pour cela. En attendant, on se débrouille avec les autres étudiants ou les enseignants pour tenter de suivre les cours !" Reconnue handicapée à 80%, elle a lancé un collectif pour tenter de peser davantage face à l’administration.

Rémi, étudiant en L2 de mathématiques, l’a cofondé avec elle. "On n’arrive pas à se faire entendre auprès du relais handicap pour avoir des aménagements qui correspondent à ce dont on a réellement besoin. Sur le papier, il existe plein de choses mais dans la réalité, certains aménagements sont plus faciles à obtenir que d’autres. On aimerait participer aux décisions qui sont prises pour nous." Et l’étudiant de pointer le problème "du manque de moyens qui fait que les demandes ne sont pas traitées assez rapidement".

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"Il faut négocier avec les professeurs"

Pierre-Louis est étudiant en première année de licence de psychologie. Il n’a, à ce jour, pas encore obtenu son rendez-vous à la médecine universitaire, après un premier contact au relais handicap en septembre. En attendant la validation des aménagements liés à sa dysgraphie, "il faut négocier avec les professeurs, ce qui laisse la porte ouverte à l’arbitraire, ou à l’oubli". Et l’étudiant l’a expérimenté, lui qui doit composer sur ordinateur, lors du premier examen d’une de ses matières. "J’en ai parlé au début de l’année à l"enseignante, qui était d’accord, mais le jour de l’examen, elle m’a interpellé quand elle a vu que je sortais mon ordinateur. C’était très perturbant."

Marie, en L2 japonais a eu l’impression "de déranger", de "quémander des aménagements auxquels [elle] n’aurai[t] pas droit" car, porteuse d’un handicap invisible, "je ne devais pas correspondre aux attentes qu’on a du handicap". Finalement, elle bénéficie d'un tiers temps, qui implique, pour chaque examen de plus d’une heure, de remplir des papiers administratifs. "C’est du temps que je préférerais passer à étudier. Pourquoi c’est à moi de faire ça ?"

Des disparités dans la prise en charge du handicap

Et les difficultés ne sont pas l’apanage de certains établissements comme ont témoigné de nombreux étudiants sur Twitter avec le #NousEtudiantEsHandiEs, lancé à la suite du témoignage de Julie, étudiante en droit à l’université Paris-Descartes, révélé par Mediapart. Plusieurs font état de fortes disparités suivant les filières suivies ou les établissements.

Ainsi, Stéphanie* est allée jusqu’au M1 en psychologie à Toulouse (31). Mais "on me reprochait constamment de ne pas faire assez d’efforts pour surmonter mon handicap". Avec des problèmes de vue, elle avait besoin de sujets d’examen sous police et format particulier, qu’elle devait "redemander systématiquement". Elle s’est réorientée, "par défaut" en langues étrangères appliquées (LEA), un soulagement pour la jeune femme : "C’est le jour et la nuit, tout le monde prend en compte mes besoins."

Élodie, elle, a changé d’université, l’ancienne ayant refusé les aménagements demandés, malgré son dossier médical. Aujourd’hui, l'étudiante en licence 1 humanités à Rennes 2 (35) bénéficie de l’aide nécessaire mais déplore les différences de traitement en fonction des établissements et des UFR : "Il faut que tout le monde comprenne qu'on n'a pas choisi de vivre avec un handicap et qu'il ne faut pas nous bloquer pour quelque chose dont on n'est pas responsable."

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Former le personnel universitaire "à tous les handicaps"

Cela pourrait passer par une meilleure formation du personnel universitaire "à tous les handicaps, même invisibles", mais aussi par une revalorisation des étudiants preneurs de notes, toujours difficiles à recruter. Adeline, en M2 écologie évolutive à Toulouse, explique à quel point l’accès à certaines possibilités, comme la prise de note, était compliqué. "Les cours étaient toujours incomplets et je n’avais pas de preneurs de note dans toutes mes matières."

Or, pour ces étudiants, le Covid a montré que l'université était capable de mettre en place des mesures quand c’était nécessaire. "Je ne comprends pas pourquoi les établissements ne donnent pas davantage de possibilités aux étudiants handicapés (cours à distance, accès aux supports de cours…) même dans des conditions sanitaires normales", interroge Adeline.

Certains, comme Eden, ont préféré "arrêter le massacre". Après une L1 en histoire de l’art puis en italien à Rennes, il en a eu assez de batailler. "J’avais droit à un tiers temps. Sauf quand j’avais deux examens qui se suivaient, ce qui rendait l’aménagement impossible." Ou il était convoqué à composer "dans des salles inaccessibles en fauteuil roulant". Alors s’il envisage de reprendre ses études, pas question de retourner à l’université. "Cette fois, ce sera un cursus par correspondance."

*le prénom a été changé

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