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Violences policières : la contestation étudiante peine encore à mobiliser

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Après les lycéens, c'est au tour des étudiants de manifester contre les violences policières, suite au décès de Rémi Fraisse. Mais à quelques exceptions près, le mouvement reste encore mineur. Tour de France de quelques universités mobilisées

Manifestation à Toulouse en hommage à Remi Fraisse et contre le barrage de Sivens // © Lydie LECARPENTIER/REAC'est à Toulouse que les étudiants se sont mobilisés le plus tôt. Ici, lors d'une manifestion en hommage à Remi Fraisse et contre le barrage de Sivens, le 7 novembre 2014. // © Réa

Toulouse à la pointe de la mobilisation

Dans la nuit du 24 au 25 novembre 2014, environ 150 étudiants ont occupé un bâtiment de l'université Toulouse 2–Le Mirail. Le piquet de grève a repris au matin, et sera sûrement reconduit à l'assemblée générale qui a lieu ce mardi. Avec une précédente AG réunissant plus de 1.200 personnes, jeudi 20 novembre, avec blocage, l'établissement est apparu comme le plus mobilisé jusque-là dans ce mouvement de contestation. Et ces étudiants de vouloir montrer la voie aux autres universités : "Le 27 novembre, des AG auront lieu dans les deux autres universités toulousaines. L'un de nos prochains objectifs et de construire des actions inter-facs", annonce Mylène, militante à Solidaires étudiant-e-s Toulouse.

L'un des prochains enjeux selon elle sera d'"établir des revendications concrètes". Jusque-là, elles concernent surtout la répression et les conditions d'études. La dernière manifestation dans la Ville rose samedi 22 novembre, non autorisée, avait rassemblé 2.000 personnes, majoritairement des jeunes.

Le contrecoup de la fermeture de Rennes 2

Depuis la fermeture de Rennes 2 pour empêcher la tenue d'une AG (Lire AG, manif, sitting... À l'université, quelles sont les règles à respecter ?), le 12 novembre, les étudiants continuent de se mobiliser. Ils sont environ 300 à assister à chaque assemblée. "La mobilisation brasse les milieux militants habituels, attire les sympathisants mais aussi des curieux suite à la fermeture", constate Clément, militant à Solidaires étudiant-e-s Rennes 2.

Une nouvelle AG a lieu ce mardi 25 novembre. Clément est inquiet de voir que "les chiffres stagnent". "De nouveaux moyens d'action sont mis en place, comme l'apéro festif du 20 novembre, mais ce n'est pas une réussite", regrette-t-il. Une pétition circule aussi pour baptiser, dans le plus grand parc de la ville, un espace au nom de "Rémi Fraisse".

Étincelles parisiennes fragiles

À Paris, les universités commencent à organiser leurs premières AG. "La mobilisation étudiante n'a pas du tout démarré à Paris 1, notre première AG aura lieu ce 26 novembre à Tolbiac", rapporte Emma, syndiquée à l'Unef. "Nous allons essayer de faire le lien entre les violences policières et les dégradations des conditions de travail, comme l'a fait Toulouse, car les étudiants réagissent sur ce qui les concerne le plus", explique-t-elle. "Le budget de la police vient d'être augmenté de 4,3 %, alors que celui de l'éducation vient d'être amputé de 5% !", dénonce Jean-Baptiste, militant à l'Unef à Nanterre. La première AG, jeudi 20 novembre n'a rassemblé que 70 étudiants, "mais celle de cette semaine sera mieux préparée, car avant nous devions mettre notre énergie dans les élections étudiantes pour le CROUS", justifie-t-il.

À Paris 3, la première AG du 19 novembre n'a rassemblé qu'une vingtaine de personnes, suite à "la pression exercée par la sécurité, qui nous a empêchés de tenir [l'assemblée] dans le hall", témoigne Julia, syndiquée à l'Unef. "Nous essayons de lier la répression policière à la politique de contrôle à l'université", raconte-t-elle. "Un travail de fond va sûrement émerger, en collaboration avec les collectifs sur les violences policières. Il faut se créer des outils notamment avec de l'aide juridictionnelle", explique Camille, syndiquée à Paris 8. Les AG locales ne rassemblent pour l'instant jamais plus de 40 personnes.

De Lille à Bordeaux : “une semaine clé”

"Les étudiants sont difficiles à mobiliser, des manifestations ont lieu depuis trois semaines mais il y a de la répression. Une AG a lieu le 26 novembre à Lille 3, c'est une semaine clé où on verra si un mouvement peut prendre ou pas", analyse Adeline, de Solidaires étudiant-e-s Lille. À Lyon 2-Bron, "nous ne sommes ni pessimistes ni optimistes, même si les chiffres d'étudiants assistant aux AG décroissent", admet William, syndiqué à Solidaires étudiant-e-s Lyon. Ils étaient 150 à se réunir au plus fort de la mobilisation, début novembre, alors que la dernière AG du 20 novembre n'en a rassemblé que le tiers.

Bastien, militant à Solidaires étudiant-e-s Bordeaux fait le même constat dans son université : "Nous sommes passés de 75 à 40 personnes en AG, mais les manifestations continuent de rassembler du monde." Un bilan mitigé. À voir maintenant si le mouvement reprend un nouveau souffle cette semaine. D'autres villes, de Montpellier à Tours, en passant par Poitiers, Marseille et Nantes, continuent d'organiser des manifestations, qui attirent des centaines de personnes même si elles ne sont pas toujours autorisées.

Les lycéens démobilisés
Mobilisés les premiers
, les lycéens ont déserté les rues aujourd'hui. "Il n'y a plus de blocages, même si dans certains établissements, des AG sont encore organisées", informe-t-on du côté de l'UNL (Union nationale lycéenne). Près de 200 lycéens du Mans ont cependant manfesté le jeudi 20 novembre.

Suite à l'organisation d'une AG le 17 novembre, deux lycéennes ont par ailleurs été menacées d'expulsion par leur proviseur. Des mesures ont été prises dans d'autres lycées. "Deux lycéens parisiens ont été obligés de repeindre la porte de leur établissement, d'autres ont été convoqués par la direction", rapporte Emma. Des sanctions qui ne font que "renforcer leurs convictions contre toute forme de répression".

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