Vis ma vie de journaliste-chef d’édition

Par L'Etudiant Fab, publié le 14 Avril 2021
9 min

Le chef d’édition est celui qui murmure à l’oreillette des présentateurs télévisés. Mais son rôle va bien au-delà : il assure le lien entre la rédaction et les équipes techniques. Un véritable chef d’orchestre, indispensable au bon déroulé d’une émission de télé. Rencontre avec l’un d’entre eux.

Des parquets de basket aux régies télévisées, il y a un monde. Ce monde, c’est celui de Sylvain Fian, journaliste-chef d’édition. D’abord basketteur de très bon niveau, puis professionnel du marketing sportif, il a toujours gardé le journalisme dans un coin de sa tête. À 33 ans, il décide de réaliser sa reconversion professionnelle auprès de l’ISFJ, l’Institut Supérieur de Formation au Journalisme et à la Communication Digitale. Diplômé du Mastère Reporter/Chef d’édition, il exerce désormais auprès de médias tels qu’Eurosport, La chaîne L’Équipe et TV5 Monde. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il se montre aussi à l’aise en régie que dans la raquette.

Sylvain, vous avez seulement 38 ans, mais déjà plusieurs vies à votre actif…

Oui, j’ai d’abord pratiqué le basket et tenté d’accéder au haut niveau. J’ai fait quelques saisons en espoirs, mais je n’ai pas su me créer un avenir professionnel. Ensuite, j’ai obtenu un master en marketing et management du sport. Ça m’a permis de travailler pour Disneyland Paris, qui avait alors l’ambition de développer pas mal de projets sportifs. Mais finalement, à 33 ans, j’ai pris quelques mois pour me créer une nouvelle stratégie de carrière, c’était le bon moment. J’ai passé le concours de l’ISFJ pour me reconvertir dans le journalisme sportif et j’ai intégré l’école directement en cinquième année. Cette formule d’acquisition en un an est vraiment top.

Pourquoi le choix du journalisme ?

Pour la liberté et l’autonomie que cela procure. J’aime beaucoup écrire, j’aime lire et je préfère être à l’origine des histoires que je raconte.

Et le métier de chef d’édition, c’est une vocation ?

Oui, je voulais être chef d’édition avant même de commencer mes études de journalisme, c’est pour ça que j’ai choisi le Mastère Reporter/Chef d’édition de l’ISFJ, le contenu était clairement identifié. J’ai toujours eu une fascination pour la télévision, savoir comment les choses se construisent et se passent en coulisses. Il y a une émotion qui m’intéresse, une adrénaline par rapport au direct.

Parlez-nous de l’ISFJ, justement.

C’est une école très professionnalisante. Les cours sont assurés par des journalistes en activité qui considèrent les étudiants comme des confrères. C’est une relation de pro à futur pro. Par exemple la pédagogie d’Alice Darfeuille, présentatrice sur BFM TV, a été très importante dans ma formation. On n’est pas dans un apprentissage scolaire, il y a une réflexion collective entre intervenants et étudiants.

Le matériel de l’école (studios TV, salles de montage, studios radio, caméras HD…) permet de s’exercer en conditions réelles. Il y a notamment des unités d’enseignement où on doit créer un projet TV. Ça permet de mêler plein de choses : design de l’émission, recherche d’intervenants, réalisation de reportages, interviews, tournage, montage, intégration des sonores et des « off », post-production. On se met dans les conditions d’une émission réelle, enregistrée sur un vrai plateau TV, avec des techniciens et des maquilleuses.

Et puis, bien entendu, il y a l’alternance. Je la recommande à tout le monde et le plus tôt possible. On est tous en mesure d’acquérir simultanément des connaissances et des compétences. L’alternance permet de gagner en confiance et d’être tout de suite employable.

Où avez-vous réalisé votre alternance ?

Sur RMC, puis sur Canal+. Sur RMC, je m’occupais de la Jeep Elite [le championnat de France de basket-ball, NDLR], avec beaucoup de décrochages terrain. Je créais notamment des books qui permettaient aux journalistes d’avoir tous les éléments pour commenter les matchs. Je récoltais des infos, je cherchais des interviews, je discutais avec les joueurs et les coachs et je compilais le tout.

Quel a été votre parcours depuis votre sortie de l’ISFJ ?

J’ai commencé sur Canal+ Afrique en tant qu’assistant chef d’édition sur le magazine O11ze d’Europe, qui traite de la Premier League anglaise et de la Liga espagnole, et sur l’émission Canal NBA.Puis j’ai rejoint des rédactions telles qu’Eurosport, La chaîne L’Équipe et TV5 Monde en tant que chef d’édition. Sur Eurosport, j’interviens sur les lives (Grand Slam de judo, NHL, cyclisme, sports blancs, Premier League…), et sur La chaîne L’Équipe, je travaille sur l’émission L’Équipe du soir et sur les grands lives.

En quoi consiste le métier de chef d’édition ?

Le chef d’édition assure la conduite de l’antenne en structurant l’information et en construisant une tranche. C’est un metteur en scène qui coordonne une quinzaine de personnes : réalisateur, rédacteur en chef, présentateur, journalistes, consultants, techniciens son, techniciens vidéo. Le chef d’édition donne à ces acteurs les moyens de bien travailler. La finalité, c’est que le téléspectateur puisse avoir une information de qualité, déontologique et conforme à la réalité des faits, car le chef d’édition engage sa chaîne.

Prenons un exemple : quel est votre quotidien de chef d’édition sur L’Équipe du soir ?

Je suis en veille permanente sur l’actualité. J’arrive tôt le matin à la rédaction pour animer la conférence de rédaction qui rassemble le rédacteur en chef, le présentateur et les journalistes. Je construis, avec le rédacteur en chef et le présentateur, le squelette de l’émission, les angles, l’ordre de passage, les durées de chaque thème. L’actualité ne s’arrête jamais, donc on continue à sourcer tout au long de la journée, on passe des coups de fil pour avoir la primeur d’une information. On se retrouve plusieurs fois dans la journée pour adapter le squelette de l’émission.

Puis je supervise la mise en images de l’émission, les infographies, les tweets, les vidéos, je demande à monter des « off ». Avant le direct, on fait une répétition, je m’assure que tous les éléments techniques fonctionnent. Puis je prends connaissance de l’heure effective de prise d’antenne avec la régie finale, qui maîtrise la grille dans son ensemble. En général, c’est très précis, par exemple, ça peut être 19h53 et 30 secondes. Je fais le décompte et on arrive en direct.

Je suis le direct depuis la régie. Je dirige les équipes techniques et je communique des indications et les dernières actus au présentateur dans son oreillette. Je donne tous les « top » pour que les images partent au bon moment et je fais en sorte que les temps soient respectés. Par exemple, une minute avant un sujet, je l’annonce en criant dans la régie : «  À venir sujet Neymar, on le cale en preview » et je préviens le présentateur. Je fais le décompte : « 30 secondes sujet Neymar. » Le présentateur fait son lancement et quand il arrive sur son dernier mot, je donne le « top » pour lancer le sujet et on coupe les micros. Je fais le décompte du sujet jusqu’au retour plateau et on rouvre les micros.

Quelles sont les qualités d’un bon chef d’édition ?

Il faut être organisé, cadré, avoir un esprit de synthèse, et savoir garder son sang-froid en toutes circonstances, car énormément de choses se passent en permanence. Et puis il faut faire preuve de leadership.

Quels sont vos projets pour la suite ?

J’aimerais m’installer quelque part, ne plus avoir le statut de pigiste, afin d’avoir un confort et une continuité dans l’exercice de mes fonctions. Concernant l’évolution de ma carrière, la suite logique serait de passer rédacteur en chef, mais faire uniquement de l’éditorial ne me conviendrait pas, la partie technique est importante pour moi.

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