1. Dans les coulisses des conseils de classe de seconde
Reportage

Dans les coulisses des conseils de classe de seconde

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Quel élève n’aimerait pas savoir comment se prennent les décisions de passage et d’orientation lors des conseils de classe ? Nous avons assisté à trois d’entre eux pour des classes de seconde, dans des établissements de Paris et sa région. Reportages.

Fin d’après-midi dans un lycée de l'Ouest parisien. Devant l’établissement, des élèves de la seconde 8*, option sciences économiques et sociales, attendent, fébriles. Dans 2 heures, leur conseil de classe aura tranché sur leur orientation.

Une douzaine de professeurs ont pris place dans une salle, ainsi que le CPE (conseiller principal d’éducation). En bout de table, la proviseur et la professeur principale président. Devant elles, les dossiers scolaires des élèves, ainsi qu’un tableau récapitulant leurs moyennes.

L’équipe éducative doit passer en revue les 36 dossiers et proposer une orientation : première générale, première technologique, réorientation en voie professionnelle ou redoublement. Avec 9,6/20 de moyenne générale sur l’année, le niveau de cette classe, socialement hétérogène, est assez fragile.


Des cas de conscience

La professeure principale ouvre le conseil en faisant le tour des dossiers qui risquent de faire débat. Une demi-douzaine de "cas de conscience" selon elle, sont ainsi abordés au cours des 20 premières minutes du conseil. Les professeurs y reviendront plus longuement tout à l’heure.
 
Auparavant, la proviseure fait entrer les deux délégués des élèves. Elle salue les progrès réalisés pendant le 3e trimestre, mais souligne le manque d’approfondissement chez certains élèves. "Pour vous proposer une orientation, nous nous basons sur une centaine de notes. Nous réfléchissons très longtemps", assure-t-elle. Et le conseil débute avec le cas des deux délégués.
 

Solution prudente ou pas ?

 
Pour eux, pas de débat. "Aragon. C’est une année honorable. Tu passes en ES avec des résultats satisfaisants [11,5/20 de moyenne annuelle, NDLR], mais il va falloir faire des efforts en maths et en italien. Encouragements." Quant à Musset : "Tu as demandé S. Les professeurs ont envie de te faire confiance. Mais ce n’est pas un “oui”, c’est un “mouais”. Encouragements."
Le conseil reprend ensuite la liste des élèves par ordre alphabétique. "Arguedas : il a demandé ES en 1er vœu, STG en second. Le bloc littéraire peut poser problème pour la ES, mais il a fait des progrès, il est travailleur. Il faut voir si on choisit la solution prudente ou non", indique la professeure principale. "Moi, je le laisserais passer", déclare la proviseure. "C’est à ses risques et périls, vu ses notes très limites. Mais je ne suis pas contre", avance le professeur d’espagnol. C’est bon pour le passage en ES. "Crivelli. Elle a déjà un an de retard. Elle demande ES ou L. Elle est pleine de bonne volonté, mais elle a un petit bulletin. La filière générale est trop dangereuse pour elle", tranche la professeure principale. Le conseil lui propose la série STG.


"La France a besoin de femmes ingénieurs"

 
Huitième dossier : premier vrai débat. "Duparc : 8,5/20 de moyenne annuelle. Elle demande ES ou STG. Pour moi, ES, ce sera très difficile, affirme la professeur de français. STG ne serait pas une meilleure solution ?" Le professeur de maths répond par la négative. "Elle mérite mieux. Aujourd’hui, elle rend des devoirs de deux pages, avant c’était deux lignes", assure-t-il. "Elle a 5 en maths !" s’insurge la prof d’espagnol. Le conseil opte finalement pour le passage en STG.
"Duras. Elle demande S. Mais ses résultats sont très justes. On peut hésiter entre S, STI et le redoublement", admet la professeure principale. "L’écrit est très mauvais", glisse le professeur de SVT. "C’est très juste, j’espère qu’elle va se mettre au travail", indique le professeur de physique. "La France a besoin de femmes ingénieurs !" lance la proviseure. Pour Duras, ce sera S. "Je vais leur mettre des travaux de vacances dans leur dossier et programmer des examens en début de première", prévient la chef d'établissement.
 

Réorientée en voie professionnelle

Le conseil passe quelques secondes sur les dossiers les plus faciles, une dizaine de minutes pour les plus compliqués. Comme celui d’Eluard. "Elle demande STG. Elle a presque 2 ans de retard. Son niveau est très fragile. Je lui ai lancé l’idée de la réorientation en voie professionnelle, mais elle a peur de l’inconnu. Nous sommes en face d’un dilemme : l’envoyer en filière technologique sans être sûrs qu’elle pourra suivre ou l’envoyer en filière pro pour qu’elle décroche au moins un bac dans 2 ans", expose la professeure principale. Finalement, après discussion, comme l’élève dit avoir pour projet professionnel d’ouvrir un restaurant, le conseil lui propose une réorientation en bac pro gestion.


Trouver la meilleure solution pour leur avenir

Pendant 2 heures, les avis se suivent… et ne se ressemblent pas. La meilleure élève de la classe obtient un passage en L, les compliments en prime. Les plus fragiles se voient proposer le redoublement pour résultats insuffisants, immaturité ou problèmes personnels. L’équipe pédagogique tente à chaque fois de trouver la meilleure solution pour leur avenir, quitte à prendre des paris sur la base des ados qu’ils sont aujourd’hui.
Mais ces choix ne reposent pas sur du vide… Avant le conseil, les professeurs, et notamment le professeur principal, ont consacré beaucoup de temps aux familles, aux élèves, et se sont concertés. Ce jour-là, leurs discussions ont orienté 3 élèves en L, 12 en ES, 2 en S, 14 en STG, 1 en voie professionnelle et mené 4 d’entre eux au redoublement.


* Les chiffres et les noms ont été modifiés pour respecter l’anonymat des professeurs et des élèves. 

Sommaire du dossier
Conseil de classe : les professeurs ont la parole Conseil de classe : le redoublement en dernier recours