1. Théo, candidat au bac pro agricole : “Ce qui m’effraie le plus, c’est entrer dans la vie active”
Témoignage

Théo, candidat au bac pro agricole : “Ce qui m’effraie le plus, c’est entrer dans la vie active”

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Théo ne souhaite pas poursuivre ses études après le bac // © Antoine Touron
Théo ne souhaite pas poursuivre ses études après le bac // © Antoine Touron

Théo, 18 ans, passe un bac pro agricole en 2017. Peu stressé par son examen, l'aspirant agriculteur redoute surtout, malgré ses projets, son entrée dans un milieu traversé par une crise économique et sociale sans précédent.

"Je fais ma cure de vitamines !" lance Théo, un brin amusé. Cet élève du lycée Jean-Marie-Bouloux, à Montmorillon (86), en terminale pro CGEA (conduite et gestion de l'exploitation agricole) spécialité élevage, garde son sang-froid : "Le bac, ce n’est qu’une formalité, car j’ai bien travaillé cette année."

À la différence des bacs généraux et technologiques, les bacs pro ont la particularité d'inclure une dose importante de contrôle continu. Le nombre d'épreuves terminales est ainsi réduit par rapport aux autres séries. Grâce à ce système, l'élève aborde les prochaines échéances en toute quiétude : "Il me faut 10/20 à l'oral, c'est largement faisable."

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Le futur bachelier se sent donc confiant et ne se laisse pas émouvoir par quelques mouvements d’humeur passagers : "Parfois, je me sens stressé, mais je reste réaliste et je me dis que je l’aurai." Pour Théo, la source d'angoisse vient d'ailleurs : "Ce qui m’effraie le plus, c'est entrer dans la vie active, même si j'ai des projets plein la tête."

“Il y a tellement peu de visibilité”

Pourtant, Théo a déjà sa porte d'entrée dans le monde du travail. S'il décroche son bac, le lycéen s'apprête à rejoindre l'exploitation agricole de son père. Une situation que craint Frédérique, la mère de Théo : "Je suis terrorisée à l’idée de le voir débarquer dans la ferme familiale. La crise du lait persiste, et ce n'est pas près de s'arrêter." Frédérique a donc plutôt encouragé son fils à poursuivre ses études. "J’ai peur qu’il ne soit pas assez diplômé et que cela lui porte préjudice. Il y a tellement peu de visibilité, notamment après un bac professionnel." 

En vain… Théo en a assez du cursus scolaire. "J'ai envie d'entreprendre, de créer, d'innover et d'exercer ma passion le plus rapidement possible. L'école, je n'ai jamais aimé cela. Je m'y suis toujours ennuyé. Continuer en BTS [brevet de technicien supérieur] ne m'enchantait pas." 

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 “J’espère me démarquer”

Alors, plus que l'entrée dans la vie active, c'est la perspective de travailler dans un secteur en crise qui effraie le futur bachelier. La vie d'agriculteur et ses contraintes n'emballent pas non plus Théo : "C’est un métier dans lequel on se sent très seul. Parfois, on ne voit personne de la journée, à part un ou deux commerciaux qui veulent vendre leurs produits. La campagne se dépeuple, les jeunes se font rares et ne sont plus intéressés par le métier."

En revanche, le futur agriculteur semble déterminé à promouvoir les valeurs auxquelles il est attaché. "Nous évoluons dans un système qui nous pousse à produire toujours plus pour gagner toujours moins. L'un de mes projets serait d'opter pour des ventes directes. Nous pourrions vendre des fromages, de la viande, du lait ou d'autres produits frais à des prix abordables et élargir nos ventes à Internet."

Mais, pour l'heure, Théo reste focalisé sur son objectif : "La priorité est de passer mon bac, je m'occuperai des problèmes plus tard ! Le plus important est d’avoir des idées, de réinventer le métier et de s’inscrire dans la modernité."

Ils (re)passent le bac avec l'Etudiant

Chaque année, au moment du bac, l'Etudiant accueille des étudiants en journalisme pour couvrir les épreuves en direct. Enquêtes, reportages, témoignages... Vous pouvez lire cette année sur letudiant.fr les articles de 14 étudiants de l’IEJ : Antoine, Fabien, Heloïse, Inès, Jennyfer, Julia, Kassy, Laura, Laurène, Léa, Luca, Matthias, Pierre et Wallis*.