1. Harcèlement scolaire : "Personne n'est prédisposé à être victime… ni harceleur"
Interview

Harcèlement scolaire : "Personne n'est prédisposé à être victime… ni harceleur"

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Face au harcelement, il ne faut surtout pas avoir honte de parler. // © PlainPicture
Face au harcelement, il ne faut surtout pas avoir honte de parler. // © PlainPicture

Insultes, mises à l’écart, moqueries, racket, brimades, violence… Un collégien sur dix serait harcelé. Quels signes doivent alerter ? Qui sont les harceleurs ? Comment réagir ? À l’occasion de la première Journée contre le harcèlement, le 5 novembre 2015, entretien avec Nicole Catheline, pédopsychiatre et auteure de “Le harcèlement scolaire” aux éditions Puf.

Un collégien sur dix environ est victime de harcèlement, mais qu'entend-on précisément par harcèlement ? Comment distinguer une tape amicale d'un geste brutal ? Peut-on parler de harcèlement sans violence physique ?


Il y a harcèlement dès lors qu'un jeune "embête" un de ses camarades de façon répétée. Ce peut être tous les jours ou plusieurs fois par semaine. Le harcèlement peut prendre différentes formes : propos blessants, moqueries, exclusion du groupe, coups, rumeurs... Il peut se produire dans la cour de récréation, dans les couloirs, aux toilettes ou sur les réseaux sociaux. Quelle que soit la forme que prend le harcèlement et l'endroit où il se produit, la "victime" ressent un profond isolement et de la honte.


Peut-on dresser un portrait-robot du harceleur et de la victime ?


Plutôt que de portrait type, je préfère parler de profils de situations. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que personne n'est prédisposé à être harceleur ou victime. Un jeune peut, à un moment donné, être pris dans une situation qui l'amène à harceler. Parce qu'il ne se sent pas bien, qu'il rencontre des difficultés, il est tenté de s'en prendre à quelqu'un pour externaliser son mal-être.

Il en est de même pour la victime. À un moment donné, celle-ci présente des signes de fragilité (arrivée après la rentrée dans un collège, être bon élève dans une classe très agitée...) qui va la rendre plus vulnérable. Mais jamais rien n'est définitif. Il n'existe aucune fatalité au harcèlement.


Face à une situation de harcèlement comment les jeunes doivent-ils réagir ?


Tout d'abord, il faut avoir conscience que ce sont des situations très compliquées qu'un jeune ne peut pas régler tout seul.
La première chose à faire, c'est de se rapprocher d'un adulte (parents, enseignants, médecin scolaire...). Il ne doit surtout pas avoir honte de parler. Sa situation est loin d'être unique et, contrairement à ce que pensent souvent les victimes, ils n'en sont absolument pas responsables.

Il ne doit pas non plus craindre la réaction de son ou de ses harceleurs s'il parle. Le jeune doit faire confiance aux adultes : ils sauront quoi faire pour le protéger.

Quant aux témoins de harcèlement, ils doivent avoir à l'esprit que lorsque l'on est dans un groupe, on doit prendre soin les uns des autres. N’importe qui peut être un jour victime de harcèlement. Ce phénomène concerne tout le monde. Concrètement, un jeune qui est témoin de harcèlement doit intervenir, d'abord en apportant un soutien à la victime puis en en parlant à un adulte. Ce n'est pas être "une balance "que de porter "assistance" à quelqu'un. Il y a des confidences qui ne peuvent rester secrètes !