Prépas économiques : de l'information à l'accompagnement des élèves d'origine modeste

Par Dahvia Ouadia, publié le 29 May 2020
7 min

#OUVERTURESOCIALE [Série spéciale]. Les CPGE sont réputées sélectives et élitistes mais selon les professeurs qui y enseignent, elles s'adressent aux plus méritants, quelles que soient leurs origines sociales. Mais comment attirer les jeunes talents qui ne connaissent pas ces filières et qui n'ont pas les codes ? L'information auprès des lycéens est une des clés, la mise en place de dispositifs d'accompagnement au sein des prépa en est une autre.

Ascenseur social ou élitisme à la française ? Le modèle des classes préparatoires divise et ne laisse pas indifférent. Pour Jean-Louis Chauve, professeur en classe préparatoire économique et commerciale option technologique, c’est dans la tradition de la prépa d’être ouverte socialement. "L’accès aux prépas publiques est gratuit. N’importe quel étudiant méritant peut s’inscrire en prépa économique. Il n’y a pas de frein financier", affirme-t-il.

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La voie technologique, bonne élève de l'ouverture

Cependant, malgré ce constat, le taux de boursiers dans les prépas économiques reste variable. Les CPGE économiques option technologique font office de bons élèves avec un taux de boursiers de 38%. Elles sont suivies par la voie économique (ECE) (26%), puis la voie scientifique (ECS) (20%). Selon Jean-Louis Chauve, ces taux de boursiers variables sont aussi liés aux séries du bac. "Dès le lycée, il y a une forme de reproduction sociale", affirme-t-il.

Cependant, selon lui, les chiffres sont atteints en matière d’intégration d’étudiants de milieux modestes en prépa : "Nous accueillons tous les échelons de bourse, de zéro à 5/6. Enfin, nous avons aussi beaucoup d’élèves qui ne sont pas boursiers mais qui sont d’origine modeste. Nous les repérons sur dossier et nous devons aussi les accompagner", relève Jean-Louis Chauve.

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Informer dès le lycée

En amont, les professeurs de classes préparatoires se déplacent dans les lycées. "Nous expliquons aux lycéens que passer par une prépa peut être un tremplin pour avoir des emplois de bon niveau. Nous leur présentons aussi des parcours d’anciens élèves qui ont réussi et qui leur montrent l’intérêt de se positionner à un niveau de master", explique Jean-Louis Chauve.

Jahed est étudiant en prépa ECT dans un lycée lyonnais. S’il n’avait pas d’objectif en fin de terminale, ce sont ses professeurs qui l’ont incité à s’orienter vers une CPGE. "J’hésitais entre la prépa et un DUT GEA. Mais comme je pensais déjà faire des études longues, il m’a semblé plus logique d’aller en prépa et puis de continuer en école de commerce".

Jennifer, aujourd’hui étudiante en prépa technologique, a découvert la filière sélective au lycée : "J’étais bonne élève, mais je ne savais pas vraiment quoi faire après le bac. Mes professeurs m’ont conseillé de faire une prépa, mais je ne connaissais pas vraiment cette filière et surtout je ne savais pas que c’était possible d'y accéder après un bac STMG", résume-t-elle.

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Faire tomber les mythes autour de la prépa

Les professeurs de prépa ont aussi à cœur de "faire tomber le mythe sur le rythme de la prépa, la pression et l’esprit de compétition", estime Nicole Eparvier, aussi professeure en classe préparatoire ECT. "On explique le système de khôlles qui permet surtout d’avoir un suivi individuel et d’évaluer la progression. On communique aussi sur les valeurs de solidarité qui existent entre les élèves. Une classe, c’est un tout et on emmène tout le monde aux concours et sans compétition entre les élèves", précise-t-elle.

D'autant que, selon elle, quelle que soit l'option suivie en prépa économique, il y a presque autant de places dans les écoles qu’il y a de préparationnaires. "Les concours servent plus à ventiler les candidats dans les écoles qu’à sélectionner", considère ainsi Nicole Eparvier. Avec 80% des candidats reçus aux concours d'entrée aux écoles de commerce, ce taux de réussite est le plus élevé dans l’enseignement supérieur.

Cependant, parmi les 20% d'échec, il y a aussi des étudiants qui ont décidé d’arrêter la prépa pour aller en licence 3 par exemple. Or, "la majorité des étudiants qui décident d’aller en L3 sont des boursiers qui n'ont pas les moyens financiers de poursuivre en école de commerce", reconnaît la professeure.

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Accompagner les élèves de milieu modeste

L’accompagnement en prépa est aussi un élément central pour Nicole Eparvier. "Nous préférons accompagner les étudiants qui ont des handicaps plutôt que de leur réserver une voie spécifique d’entrée ou des points bonus comme ils sont boursiers", affirme-t-elle.

Comme de nombreuses prépas, la sienne propose un dispositif de soutien aux élèves boursiers. "Nous avons un partenariat avec Article 1 qui propose aux étudiants un mentor professionnel pour accompagner nos étudiants boursiers qui ont mentions bien et très bien. L’objectif est d’encourager le mérite, ceux qui travaillent dur pour y arriver", estime Nicole Eparvier.

Dans sa classe, Jennifer est la seule étudiante à bénéficier de ce dispositif. La jeune femme, titulaire d’un bac STMG mention assez bien, est boursière échelon 3. Elle a choisi la prépa pour bénéficier d’un parcours généraliste. Le mentoring dont elle bénéficie est un soutien réel. "Je trouve que la prépa est très dure. Mon mentor me conseille sur mes études, sur les choix que j’ai à faire. Il me demande si je tiens le rythme, si je m’en sors. Et puis, il m’a aussi aidée à choisir les écoles qui me plaisaient et les arguments pour les avoir", résume la jeune femme bien résolue à obtenir les écoles qu’elle souhaite.

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