Écoles de commerce : une rentrée solidaire et manuelle à l’Essca

Par Agnès Millet, publié le 13 Septembre 2021
6 min

Une rentrée en présentiel ! Un bonheur pour les nouveaux étudiants de l’Essca, école de management post-bac. Sur les cinq campus PGE (programme Grande école) de l’établissement, l’intégration a commencé le 6 septembre. Parmi les activités, une formule inédite : passer une demi-journée dans un institut médico-éducatif (IME) pour donner de son énergie.

Ce jeudi 9 septembre, au-dessus d’Angers (49), le ciel est menaçant alors que 70 étudiants écoutent attentivement les directives pour l’après-midi. Ils font partie du sixième et dernier des groupes de 1re année qui se relaient depuis mardi. Dans un flot de t-shirts bleus, une voix forte énonce les consignes. Premier défi pour les néo-bacheliers : la barrière de la langue.

L’Essca s’appuie sur l’association britannique Splash Projects qui organise – en VO – des projets pour favoriser la cohésion de groupe via la construction des structures de bois, au service d’une communauté. Séverine Rino, directrice de l’IME Europe, qui accueille des ados de 14 à 20 ans en situation de déficience intellectuelle ou d’autisme, a saisi l’aubaine.

Un travail amont a permis de coller aux besoins et de concevoir les plans. Dès ce soir, les 105 jeunes de l’IME auront de quoi discuter et manger dehors, grâce aux chaises, tables et kiosques fabriqués par les étudiants. "C’est aussi une occasion unique de faire connaitre le champ du handicap à ces futurs managers. Et d’aller, peut-être, vers une société plus inclusive".

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Activité manuelle sur fond de Céline Dion

Après le brief, les équipes se constituent et se dispersent dans les espaces de travail, encadrés par Splash et deux étudiants de 2e année. Il reste beaucoup à faire pour terminer les équipements commencés par leurs 340 camarades, depuis mardi. Avant de clore le chantier, il faut couper des planches, assembler, visser, poncer, remplir les futurs bacs de plantes avec de la terre…

Tout le monde s’active. Ponceuse à la main, Ysée s’attelle, hésitante, aux finitions d’une table. Pour elle, c’est la première fois : elle y passera l’après-midi. "Quand on pense intégration en école de commerce, on n’imagine pas forcément un projet caritatif". Comme ses camarades, l’idée l’enthousiasme.

Vahiaina, Louise et Ysée n'ont pas chômé de l'après-midi.
Vahiaina, Louise et Ysée n'ont pas chômé de l'après-midi. // © Agnès Millet

Pour Lilou aussi, après la surprise, le zèle est palpable. "Avec ce nom – Splash- on imaginait des activités d’eau. Mais ce projet est très bien, il y a suffisamment de moments ludiques prévus !" Déjà présente mardi, elle s'est portée volontaire pour une demi-journée de plus. De quoi passer du temps avec Juliette, son amie de lycée. Avec une autre jeune femme, elles agrafent un revêtement au fond des bacs de plantes. Forte de son expérience, Lilou esquisse ses premières attitudes de manageuse. "Viens avec moi, il faut être deux pour couper le liner".

Une courte averse n’interrompt pas les bruits d’outils et les étudiants qui se hèlent. Surgissent, incongrues, les voix de Jean-Jacques Goldman et Céline Dion. Un karaoké s’improvise pour deux apprenties ponceuses. "On chante pour travailler dans la bonne humeur", explique Vahiaina. "Aider les gens, c’est motivant ! D’ailleurs, tous les étudiants se parlent", ajoute Louise. "Le présentiel, c’est trop bien !", conclut Vahiaina.

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La solidarité et l'esprit d'équipe

Parfois un étudiant vient demander à un groupe s’il peut donner un coup de main. On apprend à travailler en équipe et à se rendre utile. Les meilleurs en anglais font office de traducteurs pour les autres.

L’après-midi s’achève doucement et les rires fusent, notamment dans un groupe de quatre étudiants. Ils ne se connaissaient pas il y a deux heures, mais ils sont désormais unis dans l’effort. "137kg ! On a porté une échelle de 137kg ! On n’aurait jamais pu y arriver à trois. On s’en souviendra de cette journée", s'écrit Maxime.

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"Nous voulons ouvrir ces très jeunes étudiants sur le monde, à travers une action désintéressée. On voit que ça les interpelle. Et puis, en réalisant des tâches manuelles, ils apprennent et se découvrent différemment", analyse Charles Diers, manager de projet à l’Essca, qui réfléchit aux prolongements pédagogiques de cette expérience.

Les retours de tous les acteurs sont positifs. Colin, le pilote du projet pour Splash, confirme : "D’habitude, nous travaillons avec des gens plus âgés mais ces étudiants apportent beaucoup d’énergie" ! Les jeunes de l’IME ont aussi donné un coup de main pour installer le lourd mobilier aux bons endroits.

Splash, créée par d’anciens militaires, a veillé au cordeau sur les outils, les gestes techniques… et sur les horaires ! À 16h30, le matériel restant est stocké, tout est en place pour la cérémonie d’inauguration qui va commencer. Des idées émergent pour aller plus loin : pourrait-on faire travailler ensemble jeunes de l’Essca et jeunes de l’IME ? La suite est à écrire.

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