1. Étudiants vs loi Travail : une mobilisation, plusieurs formes d'actions
Témoignage

Étudiants vs loi Travail : une mobilisation, plusieurs formes d'actions

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L'université Paris 1 Tolbiac repeinte en rouge par des étudiants pour protester contre la loi Travail. // © Nicolas Tavernier/REA
L'université Paris 1 Tolbiac repeinte en rouge par des étudiants pour protester contre la loi Travail. // © Nicolas Tavernier/REA

À chacun sa méthode. Votées en assemblée générale, les actions de mobilisation contre la loi Travail prennent des formes diverses, comme toujours dans les mouvements étudiants. Paris 8 a voté le blocage de la fac, Lille 1 l'occupation d'un amphi. Témoignages d'étudiants.

Sara, 19 ans, en L1 de cinéma à Paris 8 : "On n'a pas l'impression que le blocage ait été décidé par la masse"

À Paris 8, la mobilisation est une tradition. Pour autant, tous les étudiants ne sont pas syndiqués, loin s'en faut. C'est le cas de Sara, 19 ans, qui raconte : "J'ai commencé à m'informer sur le fond un peu avant la première manif. Je suis allée aux réunions et assemblées générales organisées par le comité de mobilisation."
À deux reprises, les 17 et 24 mars 2016, le blocage de la fac a été décidé en AG, après un vote à main levée, un peu tardif au goût de Sara : "nous n'étions plus qu'une petite centaine alors qu'il y avait 400 ou 500 personnes au début des discussions. Il restait surtout des militants, ceux qui ont l'habitude de tenir longtemps en AG. Résultat : on n'a pas l'impression que le blocage ait été décidé par la masse, d'autant qu'au moment de voter, tout le monde ne savait pas exactement ce que signifiait concrètement bloquer la fac…", regrette la jeune fille. Elle-même n'est pas vraiment convaincue par ce mode d'action. "Mais je ne veux pas risquer de fractionner ou d'essouffler le mouvement, alors je participe quand même."

Rendez-vous donc de bon matin sur le campus de Saint-Denis. "La fac est très grande, il faut bloquer les différentes entrées. Dès 6h30 ou 7h du matin, on met des poubelles, des tables et des palettes en bois devant les portes, on ferme les grillages et on les accroche avec des chaînes. Ensuite, on accueille les étudiants devant l'entrée principale avec du thé, du café et de la musique. Le but est de les empêcher d'aller en cours, mais aussi de discuter avec eux et de créer du débat".
Côté administration, "même si le comité n'avertit pas directement la présidente, elle est au courant très vite car les AG sont ouvertes", souligne Sara. L'habitude, à Paris 8 comme dans la majorité des universités, est de ne pas fermer l'établissement. Sauf si le/la président/e considère que la sécurité risque de ne pas être assurée. Le plus souvent, l'administration attend. De fait, après avoir bloqué l'entrée jusqu'à midi, les étudiants mobilisés sont partis manifester. Les portes de Paris 8 ont réouvert vers 14h.

Le 17 mars 2016, des étudiants bloquent les accès de l'université Paris 8 à Saint-Denis (93) pour lutter contre le projet de réforme du code du travail.Le 17 mars 2016, des étudiants bloquent les accès de l'université Paris 8. // © Simon LAMBERT/HAYTHAM-REA

Nicolas, 22 ans, en M1 de géographie de Lille 1 : "Nous occupons un amphi pour avoir un lieu où débattre"

Jusque-là, les assemblées générales avaient lieu le midi. Mais le 23 mars 2016, le collectif de mobilisation de Lille 1 contre la loi Travail, a décidé de se réunir le soir. "Nous voulions avoir plus de temps pour discuter", explique Nicolas, 22 ans, en master 1 de géographie. À 19h, des appariteurs puis des responsables de la sécurité sont venus demander aux étudiants de partir pour pouvoir fermer l'établissement, mais ces derniers décident de rester. "L'idée d'occuper un amphi commençait à faire son chemin, raconte Nicolas. Nous avions besoin d'un endroit où nous rassembler pour débattre. Après deux heures de discussions, nous avons voté à main levée. Le résultat était très clair, nous n'avons pas eu besoin de compter".

Sur la soixantaine d'étudiants présents, la moitié reste toute la nuit. "On s'est organisé pour dormir dans des conditions finalement assez correctes, sourit Nicolas. Le lendemain, nous avons pris contact avec la présidence, qui était déjà au courant, mais nous tenons à rester en bons termes avec l'administration. Puis nous avons fait un roulement pour qu'il y ait toujours du monde". Et de préciser que le lieu n'a pas été choisi au hasard : "l'amphi Archimède est symbolique. C'est là où beaucoup de manifestations ont débuté".
"La démarche est différente d'un blocage, poursuit-il. L'idée n'est pas d'empêcher les gens d'aller en cours mais de pouvoir se retrouver pour décider des actions à mener, notamment l'organisation de conférences autour de la loi Travail. Avoir un lieu a aussi permis à beaucoup d'étudiants, mais aussi de profs de venir nous voir et de débattre."