La guerre met un coup d'arrêt à la mobilité des étudiants en Ukraine et en Russie

Par Clément Rocher, Amélie Petitdemange, publié le 04 Mars 2022
7 min

Le conflit russo-ukrainien qui sévit depuis une semaine a des répercussions immédiates sur la mobilité internationale et le séjour des étudiants installés en Russie ou en Ukraine. Malgré les restrictions mises en place, les établissements d'enseignement supérieur organisent tant bien que mal le rapatriement des étudiants français.

Dans le contexte créé par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le jeudi 24 février, la France a demandé aux ressortissants français de quitter au plus vite ces deux pays d'Europe de l'Est. "Il est fortement recommandé aux ressortissants français, dont la présence et celle de leur famille n’est pas essentielle en Russie, de prendre leurs dispositions pour quitter le pays par les liaisons encore existantes", peut-on lire sur le site de l'ambassade de France en Russie. Parmi ces ressortissants, certains sont étudiants dans le cadre d'une mobilité internationale.

Des rapatriements compliqués

Les établissements d’enseignement supérieur français n’ont pas tardé à réagir. C’est notamment le cas de l’EEIGM (École européenne d'ingénieurs en génie des matériaux), école d’ingénieurs de Lorraine INP. "Nous avions quatre étudiants de quatrième année en semestre académique à l’Université nationale de recherche et de technologie MISIS, à Moscou. Avec le service des relations internationales de l’université de Lorraine, nous avons pris la décision de rapatrier ces étudiants pour leur sécurité. Ils étaient quand même inquiets de la situation", explique Yves Granjon, directeur de l’école d’ingénieurs.

À la suite de la fermeture de l’espace aérien entre la Russie et l’Union européenne, l’organisation de ce rapatriement n’a pas été sans difficulté. Les élèves-ingénieurs ont pris un train au départ de la capitale russe jusqu’à Saint-Pétersbourg avant de prendre un bus pour Tallin, capitale de l’Estonie, pour ensuite prendre un vol à destination de Paris.

Des aides financières et un soutien psychologique

Dès le dimanche 27 février, l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne a demandé le retour immédiat de ses personnels et étudiants présents en Russie. Elle affirme avoir pris "toutes les mesures qui s'imposent pour assurer la sécurité de ses étudiants et personnels concernés par le conflit en Ukraine." Une procédure spécifique de signalement a été mise en place pour accompagner le retour des personnes vivant en Ukraine et en Russie. L’université est en contact avec eux et offre une aide financière ainsi qu'un accompagnement psychologique aux étudiants qui le sollicitent.

"À cette heure, sur les près de 20 étudiants en déplacement en Russie et en Ukraine, tous sont rentrés ou sont sur le chemin du retour à l'exception de ceux qui ont leur vie là-bas. L'université les a assistés pour qu'ils puissent se rendre dans un pays sûr puis regagner la France", assure l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Les mobilités des étudiants vers l'Ukraine ont par ailleurs été annulées.

L’université Jean Moulin-Lyon 3 a fortement recommandé à ses huit étudiants en échange en Ukraine de rentrer en France. "Nous suivons les préconisations du Quai d’Orsay de quitter le pays, mais c’est la liberté de chacun", explique l’université. Deux étudiants ont pour l’instant décidé de rester sur place. Le président de l’université a annoncé, ce lundi, que l’établissement prendrait en charge le rapatriement des étudiants qui n’auraient pas les moyens financiers de rentrer. Il reste cependant très compliqué de trouver des billets d’avion pour rejoindre l’Hexagone depuis l’Ukraine.

Des étudiants de l'université Lumière-Lyon 2 sont en échange en Russie. L'établissement a contacté la majorité d'entre eux et travaille au rapatriement de ceux qui le souhaitent.

Certains étudiants en Russie préfèreraient ne pas rentrer

Certains étudiants n’ont pas encore regagné la France. Âgé de 23 ans, Charles est élève-ingénieur en troisième année à l’école des Arts et Métiers. Il effectue actuellement un double-diplôme avec l’Université technique d'État de Moscou-Bauman. "J’étudie la logistique industrielle. J’y suis depuis presque sept mois, et je regrette de devoir déjà partir, il me restait encore plein de choses à découvrir !"

"Mes amis français se questionnent à mon sujet mais je les rassure, poursuit-il. En termes de sécurité, il n’y a rien à craindre à Moscou à l’heure actuelle. L’ambiance est plutôt calme mais pesante. On peut voir des gens qui se regroupent pour exprimer leur désaccord sur la guerre en Ukraine. Ce sont essentiellement les jeunes qui sont remontés contre le président Vladimir Poutine."

"Mon double diplôme avec la Russie a été annulé"

Bon gré mal gré, l’élève-ingénieur est en train de préparer son retour en France. "Je serais bien resté en attendant que les choses s’arrangent. Je ne pense pas que ce rapatriement soit nécessaire mais ce n’est pas une décision qui vient de moi mais de mon école. Mon double diplôme a donc été annulé. Je comprends leur position et leurs responsabilités. J’espère grandement que les accords entre les universités seront rétablis. Ce genre d’échange est parfait pour offrir aux étudiants une vision plus juste de ce qu’est la Russie."

À l'heure actuelle, certains établissements d'enseignement supérieur réfléchissent à suspendre leurs partenariats avec des établissements partenaires russes. Dans un communiqué paru ce mercredi 2 mars, l’ESSCA, l’école supérieure des sciences commerciales d’Angers, annonce qu’elle "suspend temporairement ses partenariats avec les universités russes jusqu’au retour à la normale."

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