Étudiants VS loi Travail : la mobilisation contre le projet de réforme est en marche

Par Sarah Hamdi, publié le 26 Février 2016
7 min

Plusieurs syndicats lycéens étudiants appellent à une journée nationale d’initiatives et d’actions contre le projet de loi El Khomri le 9 mars 2016. Projet qui prévoit de réformer le Code du travail. Quelles sont leurs inquiétudes ? Quelle est l’ampleur du phénomène ? Décryptage.

La mobilisation sera-t-elle aussi forte que celle contre le CPE (contrat première embauche) ? En 2006, la jeunesse s'était vivement opposée à ce contrat de travail spécifique – finalement retiré – pour les moins de 26 ans, avec période d'essai de deux ans.

Aujourd’hui, c’est le projet de loi de réforme du Code du travail qui cristallise toutes les contestations. Du nom de la ministre de l’Emploi, le projet de loi El Khomri est loin de faire l’unanimité chez les jeunes. Pour William Martinet, président de l’UNEF, "le seuil de tolérance à la précarité des jeunes est largement dépassé. Concrètement, lorsqu’on regarde les 52 articles du projet de loi, on peut le résumer en trois points : travailler plus, gagner moins, tout en pouvant se faire virer plus facilement", dénonce-t-il.

"On nous explique qu’il va falloir accepter d’être précaire toute notre vie"

En cause, deux mesures qui frapperaient directement les jeunes actifs. D’abord l’allongement du temps de travail des apprentis de moins de 18 ans. Il pourra être porté jusqu’à 10 heures par jour et 40 heures par semaine (au lieu de 8 heures par jour et 35 heures par semaines actuellement). Un "recul inacceptable qui remet en cause la protection des mineurs", selon l’UNEF, car elle pourra concerner des apprentis de 15 ans.

Second point de discorde : "le plafonnement des indemnités prud’homales qui va créer un ‘droit au licenciement abusif’ et qui va toucher directement les jeunes", explique William Martinet. En clair, en cas de licenciement abusif, vos indemnités seront plafonnées et fixées en fonction de votre ancienneté dans l’entreprise. Aujourd’hui, lorsque les juges prud’homaux considèrent qu’un licenciement est abusif, l’employeur est condamné à verser des indemnités qui tiennent compte de la situation personnelle du salarié (âge, famille, handicap, etc.).

 

Exemple de mesure qui pourrait toucher les jeunes diplômés avec la loi El Khomri : pour les salariés ayant moins de 5 ans d’ancienneté, le maximum d'indemnités ne pourra plus dépasser les 6 mois de salaire. Le but annoncé du gouvernement est "de lever un frein à l’embauche". Le risque selon les organisations étudiantes ? Faciliter le licenciement. "On est déjà précaire pendant nos études, puis précaire pendant l’insertion professionnelle. Avec ce projet, le gouvernement nous explique qu’il va falloir accepter d’être précaire toute notre vie", déplore l'UNEF.

Autre cheval de bataille : le plafond du temps de travail hebdomadaire. Si la semaine de travail reste à 35 heures, la durée maximale (et non pas obligatoire), elle, pourra être portée à 60 heures par semaine.

Un début de mobilisation "historique" ?

Que demande le syndicat étudiant aujourd’hui ? Le retrait complet du projet de loi El Khomri. Et il n’est pas le seul. La liste s'allonge en effet : Solidaires étudiant-e-s, UNL, SGL, la FIDL, DIDF-Jeunes, Génération précaire, l'OLF, AL, Ensemble jeunes, le Mouvement des jeunes communistes de France, Jeunes écologistes, JOC, Jeunes socialistes, MRJC, ND-Campus, NPA jeunes, PG, UEC et la CGT Jeunes ont signé le communiqué commun à l’issue de l’intersyndicale. Il n’y avait pas eu de réunion intersyndicale depuis 2013.

Le "ras-le-bol" s’exprime et des signaux montrent qu’il pourrait s’agir d’une contestation historique. La pétition "Loi travail : non merci !", lancée par des militants associatifs et des syndicalistes compte déjà 607.073 soutiens. Un nombre qui ne cesse de grimper. "C’est un chiffre historique. Jamais une pétition n’a réuni autant de signataires contre un projet de loi sous le gouvernement d’Hollande", souligne William Martinet.

Le hashtag #onvautmieuxqueça est lancé

Plus encore, la mobilisation virtuelle s’organise. Des youtubeurs, vidéastes, blogueurs ont décidé de se réunir via un collectif intitulé "On vaut mieux que ça". Dans une vidéo, ils appellent à la contestation du projet de loi "qui [nous] concernent tous", expliquent-ils. Ces stars du Web dont Usul & Charles Oscar Salmacis, Bonjour Tristesse, Dany Caligula ou encore Osons Causer, invitent les jeunes à s’indigner. "Face au projet abject et absurde de réforme du Code du travail, nous pensons qu'il est temps de ne plus rester dans notre coin", explique le collectif. La vidéo cumule à ce jour près de 97.000 vues. Les internautes sont invités à partager leurs "terribles" anecdotes sur le monde du travail sur les réseaux sociaux via le hashtag #onvautmieuxqueça.

"C’est un truc de dingue ! Nous sommes ravis et surpris d’une telle mobilisation. Le hashtag était même en 20e position mondiale sur Twitter, le 24 février au soir. Jamais on avait imaginé ça", commente Ludo, de la chaîne Osons Causer et membre du collectif. "L’idée était que nous puissions mettre nos compétences au service des gens, en terme de vidéo et d’audiences. Le cœur de notre action, c’est de libérer la parole citoyenne et surtout de mettre en valeur les témoignages, de les faire entendre", explique-t-il. "Que tu sois caissière, pion, maçon, cuistot, flic, prof en ZEP, chômeuse de longue durée, livreur de pizza, chauffeur de taxi, artiste en galère ou chercheur précarisé, tu vaux largement mieux que l’avenir qu’on te prépare", énumère Ludo dans la vidéo. Une vingtaine de personnes s’activent pour mettre en place une plate-forme valorisant toutes les contributions collectées.

Hasard du calendrier : les 10 ans du CPE

Les organisations syndicales étudiantes et lycéennes, associatives et politiques de jeunesse appellent d’ores et déjà à "une journée nationale d'initiatives et d'actions le mercredi 9 mars 2016, à l'occasion du Conseil des ministres". Contacté par l’Etudiant, le ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche n’a pas souhaité communiquer au sujet de ces mobilisations.

S’en suivront des journées de mobilisation intersyndicale fixées lors d’un prochain rendez-vous. Objectif pour l’UNEF : qu’il y ait le plus de monde possible et le maximum d’étudiants. Pour cela, des campagnes seront menées sur les campus à la rentrée de mars. William Martinet "ne fait pas de pronostics pour savoir s’il y aura, ou pas, autant de monde qu’en 2006 contre le contrat première embauche". En attendant, le syndicat étudiant "propose également aux jeunes de fêter les 10 ans du CPE à leur façon" sur son site. Un pied de nez qui laisse présager une mobilisation dans les rues dès la fin des vacances.

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