Envie de trouver un job au Canada ? Nos conseils pour réussir votre CV

Par Daisy Le Corre et Stéphane Moret, publié le 23 Janvier 2015
6 min

Postule-t-on au Canada comme on le ferait en France ? Comment mettre le plus de chances de son côté ? Éléments de réponses avec ceux qui sont passés par là.

Sur votre CV canadien, oubliez votre photo, votre âge et votre statut marital. Vos nom, prénoms, numéro de téléphone et adresse mail suffisent. "On part du principe que les informations sur la vie privée ne regardent pas le recruteur", souligne Agnès, Française installée au Canada depuis 10 ans, et qui gère désormais son entreprise.

"Quand je reçois un CV avec ces informations, je le mets directement à la poubelle, ajoute même Hosni Zaouali, Français créateur de l'entreprise Voilà Learning à Toronto. La raison ? Je n'ai pas le droit de prendre ces informations en compte dans mon recrutement !" Les recruteurs évitent ainsi d'être accusés de discrimination à l'embauche.

Considérez votre CV comme une page de pub

Mais alors, que regarde un employeur canadien en priorité sur votre CV ? Vos expériences professionnelles ! "Il faut mettre en valeur ses compétences et même ses performances". Au niveau de la description des postes exercés, il est donc préférable d'opter pour des verbes d'action. "Le recruteur veut savoir si vous saurez le faire, même si vous ne l'avez jamais fait.

Vos qualités doivent "matcher" avec la mission proposée", explique Michèle Pignol, de EmploiToronto.com, une filiale du RDÉE (Réseau de développement économique et d'employabilité) Ontario qui aide les Français fraîchement arrivés à modeler leur CV.

undefinedCécile a trouvé une formation qui lui convenait au Canada. // © Stéphane Moret

Inutile de chercher à être le plus original possible (sauf si vous êtes dans le milieu de la communication/du graphisme où un portfolio serait même bienvenu). Votre CV doit avant tout rassurer le recruteur sur vos capacités à exercer le job visé. Une aubaine pour Cécile, étudiante à Toronto. Inscrite en bachelor économique (l'équivalent d'une licence), elle a trouvé une formation et une culture éducative qui correspondaient à ses attentes.

"En France, je suis considérée comme une instable avec mon parcours de vie [Cécile a étudié dans de nombreux pays, par choix, NDLR] et personne ne prête attention à mes diverses expériences professionnelles ! Tout ce qui compte ce sont les fameux diplômes... ", raconte Cécile estimant que la culture anglophone est plus attentive à l'expérience des gens et plus ouverte aux changements de parcours. "En France, on ne nous encourage pas, on n'a pas le droit à l'erreur", poursuit la jeune femme qui aspire à devenir productrice télé en Angleterre ou aux Etats-Unis.

Marquez des "bullets points"...

Si l'annonce comporte donc 5 qualités demandées, répondez point par point par chacune de vos expériences professionnelles qui y correspondent, sous forme de "bullet points" (liste avec tirets). Comme l'a fait Thomas, Français installé à Toronto : "Un de mes jobs était ouvreur au cinéma. On pourrait croire que ça consiste juste à déchirer le ticket. Dans mon CV, j'explique que cela m'a appris à manager une équipe, que j'ai mis en place un nouveau logiciel de réservation, bref que je sais prendre des initiatives".

Agnès résume ça par une formule efficace : "C'est le fameux "STAR" : situation / task / action / results".

undefinedYann a tout lâché en France pour s'installer à Montréal. // © Stéphane Moret

Yann, ingénieur médical qui a tout lâché en France pour trouver un travail à Montréal, confirme : "Ici, il faut beaucoup de références, justifier chaque expérience, savoir ce qu'on en a tiré. Après, c'est la manière dont tu vas défendre ce que tu sais faire qui convaincra le recruteur." Au regard de chacune de vos expériences, il faut laisser le contact d'un référent (votre chef de service, le patron, l'entreprise...). C'est lui que vont contacter vos potentiels futurs employeurs pour en savoir plus sur ce que vous valez. "C'est pourquoi il est important de garder un bon contact avec ses chefs, même si vous avez été viré", sourit Agnès.

Misez sur le réseau avant tout

Car au Canada, le réseau est très important, et il construit votre CV. "80 % des offres ne sont jamais affichées, cela se fait par bouche-à-oreille, par réseau, en faisant passer les CV", affirme Michèle Pignol.

Pour trouver un job à Toronto, misez par exemple sur LinkedIn. Du réseau, encore et toujours ! "Si on utilise correctement ce réseau professionnel, on est censé obtenir un rendez-vous par jour et 2 contacts supplémentaires, ce qui revient à 10 contacts par semaine", assure Agnès qui en a fait l'expérience.

"Le rapport au travail est décomplexé au Canada, rassure Bertin Leblanc, Montréalais installé en France et auteur de "Montréal L'Essentiel" (Éditions Nomades). La hiérarchie est quasiment invisible. Demander une référence en partant fait partie du jeu".

Et si vous avez besoin de justifier tout cela à l'oral, même principe de "stop aux complexes". "Certains en disent peu pour ne pas montrer qu'ils parlent mal anglais, témoigne Thomas. C'est une erreur car les recruteurs veulent savoir ce que vous savez faire, y compris linguistiquement". "Au pire, ça ne 'fitte' pas", lance Alexandra, qui est passée par plusieurs jobs à Québec. Le Canada bénéficie d'une culture "prêt-à-jeter", selon Michèle Pignol, même en matière d'emploi. Mais cela n'est pas vu comme un échec, car on trouve facilement un autre job. Pour lequel il faudra, bien sûr, refaire son CV...

undefinedAlexandra a changé de job à plusieurs reprises, depuis son arrivée à Québec. // © Stéphane Moret

Au Canada, le marché de l'emploi est loin d'être statique. Partez du principe que vous êtes dans un ascenseur qui monte ou descend mais qui ne s'arrête jamais. "Il n'y a pas de sécurité de l'emploi. On peut vous dire qu'on n'a plus besoin de vous du jour au lendemain, il y a une remise en cause permanente. Mais ce n'est pas grave, on se relève et on trouve autre chose. C'est la mentalité nord-américaine !", lance Michèle Pignol.

Autre grande différence avec la France : l'intérêt accordé à la formation continue. Corrolaire : "On n'est pas obligé de savoir à 18 ans ce qu'on va faire toute sa vie, on a le droit à l'erreur ! On peut toujours se réinventer", lance Agnès. Nombre de Canadiens continuent d'aller à l'université en étant actifs. Le "prestige" du diplôme n'accélère en rien votre recherche d'emploi ni ne vous accorde de laissez-passer. Tout ce qui intéresse les recruteurs canadiens ce sont vos capacités à travailler et à faire concrètement vos preuves... Au boulot !

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