1. Radios étudiantes : une "micro-expérience" de la vie pro
Reportage

Radios étudiantes : une "micro-expérience" de la vie pro

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Animateur de la webradio de l'ENS Lyon, Jérémy a acquis une éloquence, qui lui sert dans sa vie d'étudiant. // © TrENSistor
Animateur de la webradio de l'ENS Lyon, Jérémy a acquis une éloquence, qui lui sert dans sa vie d'étudiant. // © TrENSistor

"Révélateurs de talents", "écoles de l'épanouissement ": c'est en ces termes que les bénévoles évoquent les associations radiophoniques. Parler au micro est une thérapie contre la timidité et une expérience enrichissante qui mérite de figurer sur un CV.

"Les petits miracles ne sont pas rares et beaucoup d'étudiants introvertis ou mal à l'aise à l'oral deviennent très éloquents après plusieurs mois ou plusieurs années de pratique radiophonique", constate Nicolas Horber, directeur général de Radio Campus France, avant d'ajouter : "Je suis tenté de parler de développement personnel. Les nouveaux inscrits viennent chercher de l'épanouissement, une expérience forte et enrichissante". S'adresser, en direct, à un public "invisible" mais à l'écoute est une expérience vertigineuse et addictive qui donne des ailes aux plus timides. Mais pas question de se faire violence. Il faut y aller progressivement, en prenant plaisir et en gardant à l'esprit le droit à l'erreur.

Interroger, argumenter : des compétences qui serviront plus tard

La première étape est celle du terrain. Muni d'un enregistreur portable de type Zoom ou Marantz, le reporter part seul couvrir un événement ou réaliser des interviews. Les différents enregistrements sont ensuite assemblés et commentés grâce à un logiciel de montage avant d'être diffusés à l'antenne. Le deuxième palier fait goûter au frisson du direct. Le chroniqueur prend brièvement la parole sur un sujet précis et le journaliste pose des questions aux invités tout au long de l'émission. Le stade ultime est celui de la présentation en studio ou en public. Il nécessite de maîtriser ses émotions et de ne pas se laisser impressionner par l'enjeu. Des compétences utiles dans le monde du travail, où l'on est amené à argumenter ou à défendre des projets devant des collaborateurs ou des clients. Les 28 Radio Campus et les associations étudiantes importantes comme la radio nantaise Prun' dispensent des formations courtes pour utiliser un enregistreur, parler dans un micro ou réaliser une interview.

Un moyen de booster son aisance à l'oral

"La première fois a été catastrophique. J'ai arrêté de respirer au moment de l'enregistrement, je suis allé à toute vitesse et pourtant ma revue de presse a dépassé le temps imparti", s'amuse Jérémy, 22 ans, en master 1 de lettres modernes à l'ENS (École normale supérieure) de Lyon. Trois émissions suivies d'une écoute attentive ont suffi à gommer les gros défauts. Après un an de pratique, Jérémy est aujourd'hui capable de poser sa voix et de rester calme, le tout en respirant convenablement. Des progrès qui se ressentent dans sa vie d'étudiant. "En cours, je prête désormais attention au fait que des gens m'écoutent. Je m'assure de la clarté de mon discours, aussi bien au niveau de l'élocution que des mots que j'emploie. La radio a été bénéfique pour les exposés et les oraux", observe celui qui est aujourd'hui l'animateur du Journal radiophonique amplifié, l'émission sur l'actualité de TrENSistor, la webradio de l'ENS Lyon.

Se mettre à l'"école de la débrouille"

"J'apprends plus vite qu'en stage puisque je n'ai pas de tuteur sur qui me reposer. Les radios étudiantes sont des écoles de la débrouille", assure Mélanie, 21 ans, étudiante en L3 information-communication et bénévole à RL2, la radio de l'université Lyon 2. Mélanie est chargée des partenariats. Son rôle, très important dans une petite association, consiste notamment à démarcher les institutions et les entreprises afin d'obtenir des lots pour les jeux concours et des entrées pour les événements musicaux. Difficile toutefois de se cantonner à sa mission dans une petite structure qui ne roule pas sur l'or. Alors Mélanie remplit les demandes de subventions (auprès de l'université ou du Crous) et fixe avec d'autres bénévoles les objectifs de l'année.

Une ligne qui compte sur le CV

Arthur, 20 ans, a lui aussi choisi d'apprendre en s'amusant. Étudiant en licence 2 audiovisuel, il est le responsable technique de Ramdam, la radio de l'université de Valenciennes. Arthur enregistre les émissions dans et hors du studio, gère le matériel, met en ligne les podcasts et forme les techniciens. "Mêler la pratique et la théorie permet de progresser plus vite en cours et à la radio. C'est un cercle vertueux", assure Arthur. Il cherche un stage dans une radio nationale et il ne doute pas que son expérience puisse faire la différence avec les autres candidats. "Au-delà des connaissances techniques, mon bénévolat m'apporte un sens de la rigueur et une organisation que je n'avais pas auparavant", tient à préciser le jeune homme.

L'animateur radio annonce les chroniqueurs, donne la parole aux journalistes, signale au technicien qu'il peut lancer les jingles, les musiques ou les reportages. Certains comparent le direct à un concert de musique classique ou à une chorégraphie parfaitement synchronisée. "Moi qui avais plutôt tendance à travailler seule, la radio m'a appris à jouer collectif", explique Marion, 21 ans, étudiante en master 1 communication et marketing à Kedge business school. La jeune femme anime deux émissions (l'une sur la musique électronique, l'autre sur le cinéma et la littérature), rédige des articles pour le site Internet et anime les réseaux sociaux de la radio de son école, Dynam'Hit. "Lors de mon dernier entretien de stage, le recruteur m'a demandé de lui montrer les comptes Twitter et Facebook de l'association. Il s'est montré très intéressé et enthousiasmé par ma mission", relate Marion. Le recruteur en question l'a rappelée et lui a proposé un stage de six mois dans son agence de communication.