1. Lycéens et collégiens à l'assaut des labos
Reportage

Lycéens et collégiens à l'assaut des labos

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Michel et Kaouther (au premier plan) ont travaillé sur des séquences d'ADN. // © L'Arbre des connaissances
Michel et Kaouther (au premier plan) ont travaillé sur des séquences d'ADN. // © L'Arbre des connaissances

Se glisser quelques mois dans la peau d'un chercheur pour comprendre comment fonctionne la recherche, c'est possible grâce à Apprentis Chercheurs ! Une initiative ouverte aux collégiens et lycéens qui permet de découvrir cet univers peu connu du grand public. Reportage à Paris dans un des "congrès" de fin d'année, au cours duquel les jeunes présentent leurs travaux.

Ils sont arrivés en avance ! Les plus jeunes tiennent bien serré dans leur main un papier : leurs notes pour la présentation qu'ils vont faire au public, dans quelques minutes. Eux, ce sont des "apprentis chercheurs", élèves de 3e et de 1re qui se sont portés volontaires pour mener pendant quelques mois une expérience de recherche au sein d'un laboratoire de l'IUH, l'Institut universitaire d'hématologie, sur le site de l'hôpital Saint-Louis à Paris. Aujourd'hui, c'est le jour de leur "congrès", où chaque binôme d'apprentis chercheurs (un élève de 3e et un élève de 1re S) restitue son travail, devant les chercheurs, les responsables des établissements scolaires impliqués, et les familles. "Je suis un peu stressée de parler devant tout le monde", admet Affiba, 14 ans, du collège Guillaume-Budé du XIXe arrondissement tout proche.

Depuis treize ans, l'association l'Arbre des Connaissances, fondée par deux chercheurs, mène cette opération de rapprochement entre le monde de la recherche et la jeunesse : elle permet à des binômes d'élèves de se confronter à l'expérimentation scientifique en leur ouvrant les portes de laboratoires, à raison d'un après-midi par mois pendant huit mois. L'objectif est aussi d'aiguiser l'esprit critique en offrant aux jeunes la possibilité d'envisager la façon dont la science se construit.

"Les chercheurs sont des gens très sympas !"

Cette année, quelque 335 collégiens et lycéens, issus de 55 établissements, ont pu bénéficier de cette "immersion", dans toute la France, outre-mer inclus. À l'IUH, trois établissements ont participé : le collège Guillaume-Budé (Paris, XIXe arrondissement), le lycée Charles-Péguy (Paris, XIXe arrondissement), et le lycée Bossuet–Notre-Dame (Paris, Xe arrondissement), grâce à l'implication de trois enseignants de SVT.

Cenzo, 14 ans, du collège Guillaume-Budé, se prépare avant le début du congrès, dans une ambiance de répétition générale. "Pour moi, le chercheur, c'était quelqu'un qui était en blouse toute la journée, c'était Dr House, sourit-il. En fait, c'est plutôt des gens très sympas, en polo, souvent devant leur ordinateur !" "C'était passionnant d'être là, vraiment", insiste Michel, son camarade de classe. "Je ne savais pas qu'à l'hôpital, il y avait aussi des laboratoires", poursuit Affiba.

Des expériences pratiquées avec les outils de pointe de la recherche

Le top départ du congrès est enfin lancé, et se succèdent à la tribune les huit binômes accueillis cette année par l'IUH, berceau d'Apprentis chercheurs, et dont les laboratoires travaillent en particulier sur les multiples maladies du sang. Une succession de PowerPoint présentés à deux voix, et sur des sujets aussi variés que pointus : "Exploration des méthodes d'extraction de l'ADN du VIH", "La température influe-t-elle sur le cycle du rétrotransposon Ty1 ?", "Recherche d'altérations génétiques dans le cancer de la plèvre", "Génotypage des souris Suv39h1"...

Les "plasmides", "électrophorèse" et autres "protéines" semblent n'avoir plus de secret pour les apprentis chercheurs. "Même les collégiens, qui viennent surtout par curiosité, comprennent l'essentiel une fois qu'ils sont entrés dans le sujet de recherche", confirme Cécile Esnault, chercheuse encadrante et coordonnatrice du projet à l'IUH. Tous ont en tout cas utilisés les équipements à disposition des chercheurs ! Au micro, certains sont très fluides, d'autres surmontent leur timidité.

"On a réussi la manip du premier coup !"

Chaque présentation se termine sur le sentiment général du binôme à l'issue des huit mois, avec des constantes : "Nous avons trouvé qu'il n'y avait pas assez de séances !", "les temps d'attente pour les expériences sont trop longs !", "il y avait vraiment une bonne ambiance !"... "J'imaginais ça plus inaccessible", commente Lauren, 17 ans. Le fait que la recherche prend du temps, et que l'on passe par de nombreuses déconvenues, les a globalement surpris.

Autre impression qui domine, l'intensité du lien tissé avec les chercheurs encadrants, deux personnes différentes pour chaque binôme : "J'aimerais remercier mes chercheurs" est une phrase qui revient beaucoup. "Mes deux tutrices m'ont beaucoup marquée, renchérit Kaouther, élève de 1re S. On a vraiment créé un lien avec elles !" "Votre enthousiasme est porteur, cette joie que vous avez à venir nous donne envie de recommencer chaque année", souligne Pascale Lesage, chercheuse encadrante et également coordonnatrice du projet à l'IUH. "On nous avait dit que la manip qu'on allait faire était super dure, et on l'a réussie du premier coup !, raconte Lauren. Pendant trois jours, j'étais hyper fière !"

Depuis deux ans, le projet à l'IUH se double de la possibilité, pour une poignée d'élèves de 1re du lycée Bossuet–Notre-Dame, de réaliser un film sur la recherche. Ces "apprentis journalistes" ont pris part au congrès, en présentant une vidéo de sept minutes sur les addictions, mais aussi en rythmant les présentations de recherche par des mini-exposés aidant à définir les concepts utilisés ou les maladies évoquées. "J'avais hésité à être apprentie chercheuse ou apprentie journaliste, et je ne regrette pas. On a eu beaucoup de temps pour travailler, et on a visité un labo", témoigne Loah, 17 ans.

Faire de la recherche son métier ?

La majorité des élèves, collégiens comme lycéens, n'avaient jamais eu jusqu'ici l'occasion d'aller dans un laboratoire de recherche. Une inspiration pour leur orientation professionnelle ? "Cet univers m'attirait avant, explique Lauren, mais le fait qu'en biologie les chercheurs sont toujours au même endroit et dépendants de leurs expériences répétitives, ça ne me correspond pas je pense, j'ai besoin de bouger !" "Je me destine à la recherche. Mon rêve depuis la troisième, c'est de faire de l'astrophysique, raconte Kaouther. Le fait d'entrer dans un labo a confirmé mon envie !"

Du côté des collégiens, le lien avec les choix professionnels semble plus lâche. Michel a adoré l'expérience, mais veut toujours devenir ingénieur informatique ; Cenzo, lui, a aimé découvrir la vie des chercheurs, mais veut être ingénieur "en carrosserie automobile". Quant à David, il estime que l'expérience lui a permis "d'éclaircir [ses] idées sur ce qu'[il] veut faire : je suis passionné de dessin, je veux faire un bac STI2A !"

Tous repartent avec le sourire, et un "diplôme".

Si vous souhaitez devenir apprenti chercheur, n'hésitez pas à en parler à vos enseignants dès la fin de cette année ! Pas besoin d'avoir un bon niveau en sciences pour participer, il suffit d'être motivé ! En outre, l'initiative ne se limite plus à des laboratoires de sciences dite dures... Le principe est simple : constituer des binômes issus d'établissements différents pour favoriser la mixité sociale, et à proximité d'établissements de recherche équipés de laboratoires. Toutes les informations pour se lancer sont accessibles en ligne sur le site de l'association L'Arbre des connaissances.