1. Réforme de l'orthographe : finalement, on écrit "oignon" ou "ognon" ?
Décryptage

Réforme de l'orthographe : finalement, on écrit "oignon" ou "ognon" ?

Envoyer cet article à un ami
Des oignons ou des ognons ? // © Pixabay/CC
Des oignons ou des ognons ? // © Pixabay/CC

"Oignon" ou "ognon", les deux usages sont autorisés ! Une précision utile à l'heure où la réforme de l'orthographe, qui date de 1990, est revenue sur le tapis lors de l'émission "On n'est pas couché" et ensuite sur les réseaux sociaux. Explications.

La polémique n'en finit pas de se raviver. Sur Twitter, des milliers d'internautes affirment, à nouveau, que l'ancienne ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a imposé une réforme de l'orthographe. Ils reprennent des propos tenus le 20 mai 2017 par Vanessa Burggraf, une chroniqueuse de l'émission "On n'est pas couché". La journaliste cite le cas de "l'école de [sa] fille" où l'on écrit désormais "oignon" sans "i", tout en se disant "atterrée" par cette rectification. Invitée de l'émission, Najat Vallaud-Belkacem, l'a accusée de propager des "fake news".

Lire aussi : 7 sites pour débusquer les intoxs sur le Net

Une réforme, quelle réforme ?

De quoi parle-t-on ? La rentrée 2016 a vu apparaître de nouveaux manuels... et réapparaître ce que l'on appelle "l'orthographe rectifiée", vingt-sept ans après sa parution au Journal officiel. Quelque 2.400 mots sont concernés. Les nouveaux livres d'orthographe et de grammaire se sont mis au diapason de cette vieille réforme, qui vise à simplifier certaines graphies. Les accents circonflexes sur le "u" et le "i" deviennent facultatifs ; on conserve cependant "mûr" et "dû", le participe passé de devoir ; on ôte une épluchure à "oignon", qui devient "ognon" ; on simplifie "nénuphar" qui devient "nénufar".

Ces modifications ont été recommandées en 1990 par le CSLF (Conseil supérieur de la langue française), chargé par le gouvernement de l'époque (de Michel Rocard) "d'éliminer les incertitudes ou contradictions" de l'orthographe française. Bref : toutes les "bizarreries" qui "ne servent ni la pensée, ni l'imagination, ni la langue, ni les utilisateurs", selon les termes de l'Académie française. Après l'aval de ses membres, les "immortels", elles sont ensuite publiées au Journal officiel. Sollicité par l'Etudiant, le ministère de l'Éducation nationale actuel confirme que "le ministère n'a jamais mené de réforme de l'orthographe". 

Lire aussi : Orthographe : les conseils de jeunes addicts aux dictées

Imposer ou pas ?

Suite à la polémique de 2016, l'Académie a toutefois ajouté qu'elle "mett[ait] en garde contre toute imposition impérative" de ces nouveautés, qui, pour l'heure, ne sont jamais passées dans les mœurs. 

Quelqu'un a-t-il donc "imposé" la réforme ? À plusieurs reprises depuis 2008, les Bulletins officiels du ministère tentent de clarifier les choses... sans réel succès. Celui du 19 juin 2008 pose que "l'orthographe révisée est la référence", et quelques rares éditeurs de manuels l'appliquent alors. Celui du 3 mai 2012, en revanche, dit que ces rectifications "restent une référence mais ne sauraient être imposées". En somme, les deux graphies peuvent être enseignées et utilisées...

Alors, que pouvez-vous écrire dans vos copies ?

En 2016, une vague d'éditeurs a décidé en même temps de tenir compte des modifications proposées. Ils se sont basés sur l'avis du Conseil supérieur des programmes, qui leur a recommandé d'appliquer la réforme de 1990. Parmi eux, Bordas, Nathan et Hatier. Cette dernière maison d'édition avait déjà appliqué la réforme orthographique pour les manuels de primaire dès 2008. 

Ces manuels comportent un macaron sur leur couverture pour signaler, ou non, l'utilisation de la nouvelle orthographe.

Cette réforme n'a pas de valeur contraignante. Depuis 1990, les deux orthographes sont donc tolérées dans les copies d'examen. "Oignon" ou "ognon" : à vous de choisir !