1. Exclusif – 73 % des étudiants travaillent pour financer leurs études
Enquête

Exclusif – 73 % des étudiants travaillent pour financer leurs études

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SONDAGE L'ETUDIANT-MÉTÉOJOB. Plus de 7 étudiants sur 10 travaillent un peu, beaucoup, infiniment pour financer leurs études. Soit 10 % de plus que la génération précédente. C’est ce que révèle le sondage exclusif réalisé par Météojob pour l’Etudiant (1). Avec des corollaires préoccupants : stress, fatigue et baisse des résultats scolaires.

Gary va avoir 20 ans en décembre 2014. Il entre cette année en deuxième année de droit à l'université Panthéon-Assas – Paris 2. Inscrit dans une agence d'hôtes et d'hôtesses en septembre, il a multiplié les missions, par exemple aux salons Maison & Objet ou Faire construire sa maison... Calculette en main, il aura travaillé, en un mois, l'équivalent d'un temps plein. Mais pas question pour lui de s'arrêter à la rentrée universitaire. Il a besoin d'argent pour se nourrir, se loger et payer ses études.

Extension du travail étudiant

"Est-ce parce que l'on est jeune que l'on a davantage les capacités de travailler 75 heures par semaine entre études, boulot et stage ?" se révoltait Léa Frédeval dans son livre, "Les Affamés, chronique d'une génération qui ne lâche rien". Car Gary est loin d'être un cas isolé. Le sondage exclusif réalisé par Météojob pour l'Etudiant révèle l'ampleur du phénomène : 73 % des étudiants travaillent pour financer tout ou partie de leurs études – soit 10 % de plus que la génération précédente –, dont le coût moyen se situerait entre 8.000 et 9.000 € par an. "Un coût exorbitant", analyse Philippe Deljurie, cofondateur de Météojob, d'autant que, toujours selon l'enquête, les deux tiers des sondés assument la totalité de leurs frais de scolarité.

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"L'extension du phénomène du travail étudiant est un indicateur puissant de la montée en puissance de la précarité, mais aussi la preuve que la France ne s'est jamais organisée pour faire une place à ses jeunes ; [ils n'ont] aucun droit, aucun mécanisme de solidarité, à l'exception de la Sécurité sociale, aucune reconnaissance de leur rôle dans la société, un système qui se repose entièrement sur la solidarité familiale", s'insurge le syndicat UNEF (Union nationale des étudiants de France). Or, touchées par la crise, les familles ne peuvent plus financer...

68 % des étudiants travaillent à l'année

Contraints, les étudiants cumulent donc études et boulot pour assumer frais de scolarité, loyer, nourriture et soins. Selon le sondage, ils sont 68 % à déclarer travailler toute l'année, y compris durant les vacances universitaires, dont la moitié à mi-temps et un tiers à temps complet. Car les prêts étudiants restent encore trop peu accordés. Seulement 17 % en ont contracté. "C'est le serpent qui se mort la queue. Pour obtenir un prêt, les étudiants ont besoin de la caution de leurs parents qui, très souvent, faute de revenus suffisants, sont dans l'incapacité de se porter garants. Quant aux prêts sous caution de l'État, l'enveloppe est bien trop maigre. En quelques semaines d'existence seulement, elle est déjà vide", commente un jeune banquier qui tient à rester anonyme.

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Reste alors les bourses. Mais les bénéficiaires sont en priorité les étudiants issus des familles les plus modestes (le revenu de la famille doit être inférieur à 33.100 € par an), ceux qui travaillent parallèlement à leurs études et ceux qui vivent en situation d'autonomie avérée – par exemple en rupture familiale. Beaucoup de familles des classes moyennes ont un revenu trop élevé pour que leurs enfants puissent prétendre à une bourse de l'État mais insuffisant pour assurer financièrement leurs études.

Des conséquences dramatiques sur la santé...

Conséquence très préoccupante, 76 % des jeunes interrogés par Météojob estiment qu'étudier tout en travaillant a des répercussions sur leur santé. Déjà, l'OVE (Observatoire de la vie étudiante) montrait dans son étude parue en juillet 2014 que la santé des étudiants dans leur ensemble n'était pas brillante, 53 % d'entre eux se déclarant stressés, 53 % fatigués et 39 % se sentant littéralement épuisés.

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"La santé des étudiants tant dans ses aspects physiologiques (fatigue) que psychologiques (stress et déprime) est inquiétante. Mais ce qui l'est davantage encore, c'est cet accroissement des comportements à risque (consommation d'alcool et de cannabis)", avertit le docteur Nathalie Regensberg-De Andreis, qui exerce à Paris. Le Conseil économique et social enfonce le clou : "Au-delà d'une durée de quinze à vingt heures par semaine, le travail entraîne une diminution du nombre d'heures de sommeil et d'exercice physique, ainsi qu'une augmentation de la consommation de tabac et d'alcool. Le tout provoquant une plus grande fatigue."

... et sur les résultats scolaires

"Cette fragilité physique et psychologique est l'un des facteurs négatifs influant sur la réussite des études", commente Philippe Deljurie. D'ailleurs, 57 % des jeunes sondés par Météojob estiment qu'ils pourraient avoir de meilleurs résultats scolaires s'ils travaillaient moins... Et ce n'est pas le Conseil économique et social (cf. son rapport sur le travail étudiant de 2007) ni l'OVE, selon qui "une activité rémunérée couplée à des études, régulière et exercée au moins à mi-temps, accroît d'un tiers les risques d'échec", qui les démentiront.

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"On vante l'expérience professionnelle comme véritable valeur formatrice, comme initiation aux réalités du monde du travail et comme moyen privilégié d'accéder à l'autonomie, en cohérence avec l'objectif de professionnalisation de l'enseignement supérieur", souligne Vanessa Pinto, docteur en sociologie de l'EHESS (École des hautes études en sciences sociales), maître de conférences à l'URCA (université de Reims Champagne-Ardenne) et chercheuse au Centre d'études et de recherches sur les emplois et les professionnalisations. "Or, avertit la scientifique, les petits boulots ne rentrent en rien dans le processus de professionnalisation. Ils sont un piège, car ils démultiplient les risques de décrochage." Travailler pour pouvoir étudier mais avec un fort risque de décrocher... On est décidément bien loin de l'image de l'étudiant rêveur et insouciant !

(1) Sondage réalisé du 28 août 2014 au 3 septembre 2014 et auquel 2.062 personnes ont répondu.

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