Comment rédiger une dissertation de philosophie : les meilleurs conseils de profs

Par Superprof, partenaire de l'Etudiant, publié le 08 Novembre 2021
16 min

Vous passez l'épreuve de philosophie au baccalauréat cette année, et vous souhaitez avoir toutes les clés pour rédiger une bonne dissertation ? Découvrez des conseils de profs avec notre partenaire Superprof !

Thibault Montoroi, professeur particulier de philosophie, diplômé d'HEC Paris et de l'université de St Gall (Suisse), membre du jury pour HEC Paris et l'Education Nationale, est formel : « de toutes les discussions que j'ai eues avec d’autres profs de philo ou des correcteurs d'examen, le constat est le même : les points sont perdus davantage sur la méthode (le raisonnement) que sur les connaissances. »

De la méthodologie, voilà ce qu’il vous faut pour réussir cette épreuve de philosophie qui fait peur à tant d’élèves.

Reprenons les bases de la dissertation de philosophie pour vous préparer au baccalauréat.

Vous profiterez en plus tout au long de l’article des conseils des professeurs de philosophie, Thibault Montoroi et Albane Delesque (enseignante titulaire de l’Education Nationale et correctrice au bac), aussi disponibles sur Superprof.

1ère étape de la dissertation de philo : déterminer le problème à résoudre

Pour Albane Delesque, le plus important c’est « de prendre le temps de réfléchir à la question posée. En faisant ceci, on effectue une analyse philosophique rigoureuse de la question posée et de comment s'orienter dans le sujet. On peut ainsi : préciser le sens d'une notion, s'interroger sur une alternative, sur la portée d'une proposition ou sur les raisons de celle-ci. »

La définition des termes du sujet

Commencez par bien lire votre sujet. Au bac, plusieurs sujets vous seront proposés, en général deux sujets de dissertation (ou trois comme en 2021).

Vous devez d’abord choisir l’un d’entre eux, celui que vous avez le plus travaillé, sur lequel vous vous sentez le plus à l’aise.

Attention : même si vous avez l’impression d’avoir traité la question pendant l’année scolaire, chaque sujet est différent et comportera ses spécificités. Vous ne pourrez pas ressortir tel quel un plan que vous avez en tête. Il est indispensable de progresser étape par étape.

« Pour bâtir un bon raisonnement, il faut d'abord déterminer le problème à résoudre (la fameuse problématique qui terrifie tous les élèves).

Prenons un exemple avec le sujet "Discuter, est-ce renoncer à la violence ?" (bac 2021).

La première chose à faire pour saisir le problème est de définir proprement les termes du libellé, en prenant garde aux possibles doubles sens.

Qu'est-ce que la violence ? Au-delà de la violence physique, n'y a-t-il pas des violences verbales ? Ainsi, la discussion ne pourrait-elle pas provoquer de la violence plutôt que l'éviter ? » Thibault Montoroi

Définissez tous les termes du sujet sur votre brouillon. Par exemple :

  • La violence : recours à la force brutale, agressivité, contrainte physique ou morale, brutalité dans les propos ou le comportement, force destructrice
  • Discuter : s’entretenir avec quelqu’un, négocier, parlementer, examiner une question pour l’approfondir, la régler ou prendre une décision, débattre, remettre en question quelque chose (discuter les ordres)
  • Renoncer : ne plus faire quelque chose, abandonner quelque chose, cesser d’envisager quelque chose comme possible.

Non seulement, cette première étape vous permettra de savoir dans quelle direction mener votre réflexion mais en plus la définition des termes est importante pour la rédaction de votre introduction.

Le brainstorming

A cette étape, continuez d’analyser le sujet en essayant d’aller de plus en plus loin.

« Le sujet est en relation avec une ou plusieurs notions au programme, même si ceci n'est pas explicite.

Il faut analyser les termes du sujet, préciser le sens de ceux-ci, donner des synonymes ou des antonymes, repérer les notions du programme qui sont convoquées, être attentif aux termes choisis ainsi qu'aux éventuelles associations ou oppositions de mots.

On peut procéder à l'analyse des procédés linguistiques suivants : les articles, les pronoms, les adjectifs, les adverbes, les formules restrictives, la modalisation. » Albane Delesque

Ne vous censurez pas : écrivez et faites des liens logiques entre tout ce qui vous passe par la tête, vous mettrez de l’ordre par la suite.

Par exemple : « Discuter, est-ce renoncer à la violence ? »

  • Une discussion peut être très violente
  • Les mots peuvent être aussi blessants qu’un coup
  • Échanger peut permettre de faire redescendre l’accès de violence
  • Est-il toujours possible de renoncer à la violence (verbale ou physique) ?
  • La violence est-elle parfois bénéfique ?
  • Le langage est source d’autres formes de violence et de domination
  • Renoncer à la violence permet-il de mieux vivre en société ?
  • Les notions auxquelles rattacher le sujet : l’Etat, le langage.
  • Etc.

L’écriture de la problématique

Définir les termes du sujet et faire un brainstorming vous permettront de mettre au jour votre problématique.

La problématique doit reformuler le sujet selon vos propres termes sous la forme d’une question. Vous devez apprendre à faire naître le paradoxe de votre sujet.

Vous pouvez commencer votre question par « en quoi » pour exposer différents arguments ou par « est-ce que » si vous préférez un plan sous la forme d’une thèse et de ses limites.

Sujet : « Discuter, est-ce renoncer à la violence ? » Problématique : « En quoi la discussion permet d’éviter le recours à la violence ? » ou « est-ce que les Hommes sont moins violents lorsqu’ils se parlent ? »

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2e étape de la dissertation de philo : la rédaction du plan

Après avoir déterminé la problématique et grâce au brainstorming que vous aurez mené, vous devez maintenant être capable de rédiger un plan qui viendra appuyer votre argumentation.

Il est généralement conseillé de faire un plan en trois parties et deux sous-parties mais vous pouvez aussi envisager un plan en deux parties et trois sous-parties.

Dans tous les cas, Thibault Montoroi vous conseille d’oublier une bonne fois pour toutes la formule « thèse-antithèse-synthèse » :

« Je ne sais pas qui a inventé cette formule que tout le monde connaît, mais il aurait dû s'abstenir. En effet, c'est la recette pour être sûr de rater sa dissertation.

Mon prof de philo de Terminale disait d'ailleurs à ce sujet "thèse-antithèse-foutaise".

Pourquoi ?

Dans une dissertation de philo, la partie I développe une thèse.

Cependant, la partie II ne peut JAMAIS être l'antithèse (= le contraire, la thèse inverse) du I, car on se contredirait. En d'autres termes, c'est comme si on disait dans la partie II que tout ce qu'on a dit dans la partie I était faux…

Comment faire alors ?

Au lieu de dire que la thèse I est fausse et qu'il faut développer son contraire, on va dire dans la partie II que la thèse du I admet des limites. Par exemple, cette thèse n'est pas valable à toutes les époques, pas pour tous les hommes, pas dans certains contextes, etc.

Quant à la "synthèse" en partie III, c'est aussi un piège.

Le III n'est JAMAIS une synthèse du I et du II, il doit apporter quelque chose de nouveau. La thèse du II admet peut-être elle-aussi des limites, ou bien on va tenter de dépasser l'opposition I/II (plus chic). »

Pour le sujet « discuter, est-ce renoncer à la violence », voici un exemple de plan possible :

I.Le langage est un outil de communication : il est à l’opposé de la violence
a.La discussion repose sur l’utilisation du langage, qui est immatériel (donc non violent)
b.Les paroles sont opposées aux actes donc la discussion s’oppose à la violence

II.Discuter n’est pas forcément synonyme de non-violence
a.La discussion peut aussi servir à asseoir une domination
b.Des rapports de force préexistent, même si la discussion n’est pas nécessairement polémique

III.Discuter, c’est échanger des informations mais aussi partager une expérience commune avec l’autre
a.Une vraie discussion permet de partager une expérience avec l’autre et donc de renoncer à la violence
b.La discussion est indispensable dans la sphère politique et démocratique dont le but est d’exclure la violence

3e étape de la dissertation philosophique : rattacher des arguments et des exemples à votre plan

En réalité, tout est lié. Vous pouvez très bien commencer par utiliser vos arguments et exemples pour trouver votre plan.

Dans tous les cas, chaque argument doit correspondre à un paragraphe et se découper de cette manière :

  • Explication de votre argument
  • Exemple(s) précis
  • Phrase de conclusion.

Si on reprend l’exemple du sujet « discuter, est-ce renoncer à la violence », voici ce que vous pourriez rattacher au premier argument (I, a), « la discussion repose sur l’utilisation du langage, qui est immatériel (et donc non violent) » :

1. Explication de l’argument : la violence se caractérise par sa dimension physique. La discussion semble a priori exclure la violence.
2. Exemple précis : pour le linguiste Ferdinand de Saussure et le philosophe Friedrich Nietzsche, le langage est immatériel et n’est que pure convention
3. Phrase de conclusion : la discussion, c’est seulement la transmission d’informations à l’aide de mots et cela ne semble pas faire intervenir la violence.

Faites de même avec chacune de vos sous-parties et votre dissertation se dessinera au fur et à mesure.

4e étape de la dissertation de philo : l’introduction, la conclusion et les transitions entres les parties

Une fois ces étapes terminées, vous êtes prêt à passer à l’introduction, la conclusion et à réfléchir aux transitions entre vos parties.

L’introduction

L’introduction de votre dissertation permet de présenter le sujet et la problématique que vous allez traiter.

Comptez une page pour votre introduction : il ne faut qu’elle ne soit ni trop longue, ni trop courte.

Voici ce qu’elle doit comporter idéalement :

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  • Une amorce, souvent sous la forme d’une citation
  • La définition des termes et la reformulation du sujet (d’où l’intérêt d’y passer un peu de temps au début)
  • La problématique choisie
  • L’annonce du plan

La conclusion

Comme son nom l’indique, elle vient conclure votre dissertation. Il s’agit d’une synthèse de vos arguments étayés tout au long de votre développement.

Vous devrez donner une réponse claire à votre problématique.

Il est éventuellement possible d’ajouter une ouverture qui étend la réflexion à un autre angle du thème.

La conclusion n’est pas très longue : comptez 5 à 10 lignes maximum.

Les transitions

Les transitions sont très importantes dans une dissertation de philo. Ce sont elles qui lient les parties entre elles.

On les retrouve entre chaque grande partie, et dans une moindre mesure, entre chaque sous-partie.

Pour réussir votre transition, pensez-là en trois points :

  • Une mini-conclusion de la partie qui précède
  • Une critique d’un point faible de la partie précédente
  • L’annonce de la partie suivante

Vous pouvez la formuler sous forme de questions ou d’affirmations.

Par exemple pour la transition entre la partie I et la partie II selon notre plan pour le sujet « discuter, est-ce renoncer à la violence » :

1. Mini-conclusion : « nous avons mis en exergue que le langage permet de renoncer à la violence. »
2. Critique : « néanmoins, nous ne nous sommes pas encore intéressés aux rapports de force qui se jouent lors d’une discussion. »
3. Annonce : « nous allons maintenant nous intéresser à la discussion comme instrument de domination. »

5e étape de la dissertation de philo : la rédaction à proprement parler puis la relecture

Dernière étape : la rédaction et la relecture.

Si vous avez bien soigné votre brouillon, cette étape devrait se dérouler sans anicroche.

« Le brouillon est la colonne vertébrale de la dissertation. Il est indispensable de le soigner. Il faut rédiger son plan de manière rigoureuse. Celui-ci doit mener à une réponse progressive à la question. » Albane Delesque

Attention : ça ne veut pas dire que vous devez tout écrire au brouillon mais votre plan détaillé doit être écrit, les éléments importants de l’introduction et ceux de la conclusion également.

Dans la partie précédente, nous vous avons même conseillé de réfléchir à vos transitions. Ainsi à l’étape de la rédaction, il ne vous reste plus qu’à formuler vos arguments et exemples avec des phrases et le tour est joué !

N’oubliez pas de garder du temps en fin d’épreuve pour relire votre dissertation et corriger les éventuelles fautes d’orthographe.

5 conseils supplémentaires pour réussir votre dissertation le jour de l’épreuve de philosophie

1– Tout le monde peut y arriver !

Pour Thibault Montoroi, aucun doute, tout le monde peut réussir à rédiger une dissertation de philo : « ce n'est PAS une loterie, même si vous n'avez pas lu tous les auteurs du programme.

C'est d'abord un exercice de logique, c'est pour ça qu'on en donne même en maths sup / maths spé.

Si comme certains de mes élèves vous pensez "je n'ai pas la fibre littéraire", rassurez-vous : ce n'est pas ce qu'on vous demande.

On veut un raisonnement (encore une fois : de la logique !), pas que vous deveniez Victor Hugo. Tout le monde peut y arriver, la dissertation de philo n'est pas réservée à une élite d'esprits supérieurs ! »

Néanmoins, cela ne veut pas dire que vous pouvez arriver les mains dans les poches le jour de l’épreuve comme le rappelle Albane Delesque : « il est indispensable de connaître les notions, les perspectives, les repères philosophiques et les auteurs incontournables, de savoir produire une réflexion construite, identifier et formuler un problème, raisonner rigoureusement et rédiger méthodiquement et clairement. Tous ces items rentrent en ligne de compte dans la notation de l'examinateur, ce sont là ses critères d'évaluation. »

2– La dissertation n’est pas une récitation de cours

Selon Thibault Montoroi, « Trop d'élèves se laissent aller à réciter leur cours comme une récitation de poésie en primaire.

Au lieu de raconter, vous devez montrer que vous faites le lien entre vos connaissances et le libellé précis du sujet.

Pour "Discuter, est-ce renoncer à la violence ?", ne résumez pas le Contrat social de Rousseau, ça n'a aucun intérêt. Votre job, c'est de montrer le rapport qu'il y a entre le contrat social imaginé par Rousseau, la discussion et la violence.

En l'occurrence, vous pourriez expliquer que selon Rousseau, le passage à l'état social a rendu les individus violents et corrompus, et que l'élaboration d'un contrat social implique des discussions sur les conditions d’un État juste et sans violences inutiles. »

3– Ne vous attardez pas sur les finitions (l’accroche et l’ouverture)

« Trop d'élèves qui débutent en dissertation de philo se mettent la pression pour réaliser à la perfection les finitions au lieu de se concentrer sur l'essentiel (le raisonnement).

Au premier rang de ces finitions : l'accroche et l'ouverture. Celles-ci sont facultatives !

Bien sûr, une belle accroche/ouverture ça fait chic, et ça plaît au correcteur. Cependant, ça coûte du temps… et surtout ça coûte des points si l'accroche/ouverture choisie n'est pas appropriée (et c'est malheureusement souvent le cas !).

Dans le doute, autant s'abstenir et utiliser son temps pour bâtir un plan solide, c'est bien plus rentable. Ensuite, quand vous serez plus à l'aise avec le plan et l'argumentation, vous pourrez vous attarder sur les finitions. » Thibault Montoroi

4– Ayez des repères dans le temps et dans l'espace

« 4 heures c'est très long et très court à la fois. Pour ne pas se réveiller à 3 h de devoir en ayant rédigé que l'introduction, il vous faut apprendre à vous repérer dans le temps.

Vous savez que vous passez 1h30–2h au brouillon, dont 10 minutes à réfléchir au libellé et à en définir les termes, puis 45–60 minutes à bâtir une problématique et un plan, et 20–30 minutes pour rédiger une belle intro.

Divisez le temps qui reste en 3 pour avoir le temps que vous devez passer à la rédaction de chaque partie, en gardant 10–15 minutes pour la conclusion. Ainsi, vous saurez constamment si vous êtes dans les temps, vous n'aurez pas de mauvaise surprise ! » Thibault Montoroi

Pour Albane Delesque, mal gérer son temps est aussi un écueil à éviter à tout prix. « Il faut bien se chronométrer :

  • Lecture et analyse du sujet : 15 minutes
  • Travail au brouillon : 1h30/45
  • Rédaction : 1h45/2h
  • Relecture : 15 minutes. »

Thibault Montoroi insiste également sur le fait de savoir se repérer dans l’espace (sur votre copie) : « avec l'habitude, vous saurez combien de place prend pour vous l'introduction, une grande partie, une transition, un chapeau, etc. sur votre copie. Ça vous permettra d'éviter de faire un grand I de 5 pages et de ne pas réussir à finir. Visez la régularité, des introductions toujours à peu près de la même taille, de même pour vos parties et sous-parties. Un bon ordre de grandeur est une page pour l'intro et 7–8 pages pour l'ensemble de la copie. »

5– La dissertation est pour le correcteur, pas pour vous

Gardez en tête que vous écrivez pour avoir une note de la part du correcteur. Thibault Montoroi vous met en garde à ce sujet : « Faites-vous plaisir en réalisant un travail bien mené, ne vous faites pas plaisir en plaçant vos références préférées juste parce que vous les aimez bien. Vous écrivez pour quelqu’un, votre but est de lui faire passer le message, pas de vous écouter parler. »

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