Immersion au cœur d'une école pour les élèves atteints de troubles dys

Par Raphaëlle Orenbuch, publié le 14 Novembre 2022
6 min

À Eysines, dans la proche banlieue bordelaise, une école réservée aux enfants dys a ouvert l’an dernier. Une vingtaine d’élèves, du CM2 à la 3e, y sont accueillis. L’établissement entend répondre aux besoins d’élèves en grande difficulté dans le système scolaire classique.

En passant devant cette grande bâtisse tout juste rénovée, impossible de se douter qu’elle abrite une école. Et pour cause : située à Eysines (33), Edeys ne ressemble en rien à un établissement scolaire au sens classique du terme. Rien ou presque.

Dans cet établissement hors contrat, on suit le programme de l’Éducation nationale, en adaptant de A à Z la méthodologie aux enfants dys (dyslexiques, dyspraxiques, dyscalculiques…).

Une école fondée par des parents

En France, les écoles spécialisées dans les troubles dys se comptent sur les doigts d’une main. Edeys accueille cette année 18 élèves de 10 à 15 ans répartis en deux classes (3e et 4e cycle). Ce sont les parents de l’un d’entre eux, Sacha, qui ont décidé, il y a deux ans, de créer un établissement adapté à ses besoins.

"Il est dyslexique à très haut niveau, ça a toujours été très compliqué pour lui de suivre à l’école", se souviennent Eric et Stéphanie Bouget. Après deux années chaotiques dans un collège classique, ils décident avec un couple d’amis de créer Edeys pour permettre à Sacha et à d’autres enfants dys de bénéficier d’un suivi personnalisé. "Le problème du collège, c’est qu’il y a plein d’interlocuteurs différents, ça devient la fosse aux lions pour les dyslexiques", expliquent les fondateurs.

L'école Edeys d'Eysines.
L'école Edeys d'Eysines. // © Raphaëlle Orenbuch

"Retrouver du bien-être à l'école"

En septembre 2021, l’école fait sa première rentrée et expérimente une méthode et des enseignements propres aux handicaps de ses élèves. Les professeurs ne sont que quatre par classe et enseignent chacun plusieurs matières pour créer du lien et mieux connaître les enfants.

"L’idée, c'était de permettre à des élèves détruits par le système scolaire classique de retrouver du bien-être à l’école", témoigne Olivier Le Pape, le directeur d’Edeys et professeur de sciences.

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Des enseignements adaptés

Et pour les aider à retrouver confiance en eux, l’équipe éducative a décidé de faire un pas de côté. Si le programme de l’Éducation nationale est suivi, c’est surtout la bienveillance et l’écoute de l’élève qui sont mis en avant, le tout grâce à de petits effectifs. "En un an, on a vu une grosse évolution pour certains élèves : ils sont moins dans la révolte et la confrontation avec le professeur", analyse Anastasia, enseignante de français et d’histoire.

Dans sa salle de cours, les 11 élèves de cycle 4 (5e, 4e et 3e) sont installés en arc de cercle autour du tableau. Chacun a un ordinateur mis à disposition par l’école avec des logiciels de dictée vocale et des correcteurs orthographiques. "Les outils informatiques vont devenir une béquille pour eux, ce sont de véritables outils de compensation", explique Anastasia.

Ce matin-là, l’enseignante propose une "dictée négociée" aux élèves : elle leur dicte une phrase, affiche aux tableaux les réponses de chacun et discute avec eux des fautes. "L’objectif est de comprendre la logique de la langue, il faut créer un mécanisme pour qu’ils retiennent la règle", explique-t-elle.

Les outils numériques sont utilisés pour faciliter les apprentissages.
Les outils numériques sont utilisés pour faciliter les apprentissages. // © Raphaëlle Orenbuch

Journées aménagées

Pour accompagner les élèves, un ergothérapeute est présent une matinée par semaine, et un orthophoniste et un neuropsychologue viennent régulièrement dans les locaux. "Ce sont des élèves qui ont une plus grande fatigabilité", explique Olivier Le Pape.

Les journées sont donc aménagées : les matières principales, comme le français et les maths, sont dispensées le matin, tandis que l’après-midi est réservée au sport ou à l’art plastique. Autre particularité : les devoirs sont faits sur le temps scolaire, avec les professeurs, pour épargner aux élèves les journées à rallonge et le stress des devoirs à la maison.

Des élèves de l'école Edeys.
Des élèves de l'école Edeys. // © Raphaëlle Orenbuch

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Des troubles multiples

Si les élèves scolarisés à Edeys ont tous en commun d’être "dys", les profils sont néanmoins très variés tant le spectre des troubles dys est vaste. "Souvent, un élève n’est pas 'juste' dyslexique, il y a d’autres choses qui vont avec, la dyspraxie (trouble perturbant la capacité à effectuer certains gestes, NDLR) par exemple ou encore des troubles d’hyperactivité", raconte le directeur de l’établissement.

Les effectifs réduits permettent ainsi aux professeurs de s’adapter au handicap de chacun. "Avant, je ne comprenais rien en maths. C'était horrible. Aujourd’hui, j’aime bien parce que je comprends", témoigne Amance, élève de 3e, dyscalculique (trouble altérant la capacité à comprendre et à utiliser les nombres, NDLR), dysorthographique (trouble de l'apprentissage de l'orthographe, NDLR) et dyslexique.

8% d'élèves dys en France

En France, on estime à 8% le nombre d’élèves dys, "et environ 2% sont incapables de suivre une scolarité classique", estime Olivier Le Pape. Edeys espère donc pouvoir aider ces quelques élèves à acquérir des méthodes pour compenser leurs difficultés, avec l’objectif de réintégrer un cursus plus classique au lycée, ou, du moins, de réussir à trouver leur voie en sortant des sentiers battus.

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