Une année à l'école des profs : le tronc commun, "intéressant mais chronophage"

Par Erwin Canard, publié le 04 Avril 2018
6 min

IMMERSION À L'ESPÉ. Épisode 6. Les enseignants-stagiaires du M2 Meef de lettres modernes de l'Espé de Paris ont passé leur évaluation du troisième module de tronc commun. Ce type de cours, interdisciplinaire et multi-niveaux, a pour objectif d'enseigner des compétences transversales à tous les futurs enseignants.

Être enseignant, ce n'est pas seulement transmettre les connaissances d'une discipline à des élèves. C'est aussi savoir comment les transmettre, savoir à qui on les transmet, mais aussi avoir conscience que le professeur a, en face de lui, des citoyens et pas uniquement des élèves. Cela nécessite un ensemble de "compétences communes à tous les professeurs et personnels d'éducation", peut-on lire sur le site de l'Espé (École supérieure du professorat et de l'éducation) de Paris.

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Afin que tous les futurs enseignants acquièrent ces compétences, les Espé proposent des cours de "tronc commun" qui représentent un quart de la formation en deuxième année. Pour les enseignants-stagiaires du M2 MEEF lettres modernes de l'Espé de Paris, ces cours ont lieu les mercredis après-midi.

Le "tronc commun" se divise en quatre modules différents. Les stagiaires suivent successivement, au cours de l'année, un module sur la gestion de classe, des cours sur une option qu'ils ont sélectionnée au sein d'un "catalogue de formations", un module de "projet de classe" sur un thème qu'ils choisissent, et une deuxième option, sur le même principe que la première.

L'atout de la transdisciplinarité

Mercredi 28 mars, jour de l'évaluation du projet de classe, les stagiaires devaient proposer, par groupes de 4 ou 5, une séance qu'ils avaient créée en rapport avec le thème choisi. Clémentine a présenté, avec son groupe, un escape game. Son sujet ? "Jouer en apprenant". Professeure de lettres en lycée, elle a notamment travaillé avec une enseignante d'histoire-géographie en collège. "Le côté transdisciplinaire est intéressant, explique Clémentine. Ça nous a forcé à voir où nos disciplines se retrouvaient, mais aussi ce qu'apprenaient les collégiens en histoire-géo."

Outre s'ouvrir à des sujets en dehors des disciplines (parmi les projets de classe possibles, il y avait par exemple "Organiser un débat dans la classe" ou encore "Gérer l'intrusion de l'actualité en classe"), l'objectif du tronc commun est de faire travailler ensemble des enseignants de différentes matières et de différents niveaux (primaire, collège, lycée…). Un objectif difficilement atteint, toutefois.

"Pour le projet, on était essentiellement des profs de lettres, avec un prof de philo, ce qui reste assez proche. Je n'ai pas côtoyé de prof du premier degré", assure Maëli, qui travaillait elle sur "Enseigner la Shoah". "Je suis dans un groupe avec un prof de collège, mais tous les autres sont en lycée", ajoute Théo, dont le sujet était "Une autre ville est-elle possible ?". Aussi les groupes sont-ils rarement au complet, en raison de l'emploi du temps très chargé des stagiaires. "C'est compliqué, de ce fait, de produire un projet entier et complexe", poursuit Théo.

Un cours sur la gestion de classe jugé indispensable

Le premier module, autour de la gestion de classe, fait en revanche la quasi-unanimité chez les stagiaires. "Notamment car nos formateurs étaient des profs qui enseignaient encore", précise Clémentine. En effet, ce module est effectué par des enseignants en "temps partagés" entre l'Espé et l'école, le collège ou le lycée où ils enseignent. "Nous avons pu avoir des pistes pour gérer la classe, parler de notre expérience, de notre ressenti des premières semaines", poursuit-elle. L'Espé programme, à dessein, ce cours en tout début d'année, au moment où les stagiaires en ont le plus besoin. "La formatrice donnait plein d'éléments concrets, tirés de sa propre expérience. C'était assez indispensable, surtout en début d'année, et nous a permis de corriger quelques maladresses", souligne Théo.

Les options reçoivent également un certain succès. "Nous avons étudié la manière de présenter l'homosexualité aux élèves. C'était très intéressant", raconte Clémentine, dont la dernière option aura pour thème les élèves dyslexiques. Théo a quant à lui suivi un module autour de la "psychologie de l'enfant", un cours "très chouette", selon lui. Des options plébiscitées quand elles correspondent aux choix des stagiaires. Or, faute de places suffisantes, ce n'est pas toujours le cas. "J'ai été placée dans des modules par défaut, sur 'Éduquer à la Défense' et 'Enseigner la Shoah'. Ce n'est pas vraiment ce qui m'intéresse…", admet Maëli. Théo a lui aussi été contraint de suivre son projet sur une "autre ville".

"Trois heures le mercredi, c'est trop chronophage…"

Seul problème de ces cours – mais dont le tronc commun n'a pas le monopole : ils s'ajoutent à une charge de travail déjà imposante. "Trois heures le mercredi, c'est trop chronophage…", estime Maëli. "Je pense qu'on pourrait faire la même chose en bien moins de temps. On a l'impression que ça rentre dans la logique de mettre des heures en plus avec des projets peu féconds", complète Théo.

L'évaluation du projet de classe, à la fin de ce mois de mars, tombait d'ailleurs assez mal pour les stagiaires. "C'est au milieu de nos visites de titularisation et du travail sur le mémoire, explique Clémentine. On n'avait pas trop la tête à travailler sur un projet qu'on ne pourrait de toute façon pas mettre en place en classe…"

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