Écoles de commerce : des étudiantes se mobilisent pour faire avancer le droit des femmes

Par Agnès Millet, publié le 08 Mars 2021
7 min

Au cœur des polémiques et accusées d’entretenir une culture machiste, les écoles de management sont souvent pointées du doigt. Mais, au quotidien, des élèves agissent pour faire avancer le droit des femmes. Avec un mot-clef : l’écoute. À l’occasion de la journée des droits des femmes, ce lundi, l’Étudiant leur donne la parole.

Depuis l’automne 2017 et la première vague du mouvement #MeToo, les répercussions ne cessent de se faire sentir en France. Ces derniers mois, les prises de parole connaissent un regain, notamment dans les grandes écoles. Et les actions suivent. C’est le cas à Montpellier Business School où Shana Krief a lancé l’association Care About Us en novembre 2020.

"J’avais subi du harcèlement scolaire durant plusieurs années. Mais c’est à la suite d’une agression sexuelle, début 2020, que l’idée m’est venue de monter cette association car je n’avais pas trouvé, auprès des structures existantes, le soutien dont j’avais besoin. Je voulais faciliter les démarches pour proposer une aide aux victimes. À toutes les victimes", explique la jeune femme.

Care About US agit sur plusieurs fronts : le sexisme et les agressions sexuelles, les discriminations, le harcèlement et le cyberharcèlement ainsi que les comportements à risques (dépendance, alcool, drogue).

"Pour moi, ces combats se rejoignent : ils découlent d’une certaine utopie. Celle de construire un monde plus en paix", glisse l’étudiante en bachelor marketing international.

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Des écoles de commerce reflets de la société

Si les écoles de commerce sont parfois considérées comme étant particulièrement sexistes, ce n’est pas l’avis d’Emmanuelle Muffat, de HeForShe Neoma BS Reims. "Ces questions ne sont pas propres à nos écoles ou à l’enseignement supérieur. C’est un problème général et nos écoles sont le reflet de la société". Depuis avril 2020, elle assume la présidence de l’association, dans le cadre de son M1 parcours entrepreneuriat associatif (PEA).

Quant à l’association qui préexistait dans l’école, elle a rejoint la campagne mondiale HeForShe, lancée en 2014 par l’ONU Femmes, et fait partie du réseau fédérant les antennes d’autres établissements du supérieur.

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Inclure les hommes

"Nous voulons inclure les hommes et en finir avec l’idée que le féminisme serait dirigé contre eux et ne concernerait que les femmes", martèle Emmanuelle Muffat. La difficulté est d’atteindre la parité et il y a du chemin à faire ! À Reims, HeForShe Neoma compte 10 hommes parmi ses 60 membres.

"Chacun a intériorisé des stéréotypes et l’acceptation de comportements sexistes. Tout le monde doit être sensibilisé. Il est possible que les hommes soient plus réticents, mais cela va de mieux en mieux", remarque l’étudiante.

Pour accélérer la prise de conscience, l’association va réorienter sa communication pour s’adresser à des publics peu familiers avec ce sujet.

À Montpellier, Shana observe que "le problème, c'est surtout le manque d’information. Beaucoup ne savent pas que tel comportement ou telle parole porte atteinte à l’égalité femme-homme et ils veulent être informés. Et puis, il ne faut pas faire des raccourcis : un homme peut aussi être victime".

Mais les idées progressent et les "hommes laissent, de plus en plus, les femmes présider les associations, y compris les BDE ou les bureaux des sports". Burgundy School of Business se félicite justement que 2021 soit la première année durant laquelle la parité est respecté au sein de ses associations avec 14 présidentes et 12 présidents.

Harcèlement, précarité menstruelle : agir sur tous les sujets

Les associations occupent tous les fronts. L’an dernier, des protections hygiéniques collectées sur le campus rémois de Neoma ont été données à une association d’aide aux femmes sans abri. "Au sujet de la précarité menstruelle, l’annonce de la gratuité des protections pour les étudiantes est absolument géniale", se réjouit Emmanuelle Muffat.

"Nous avions aussi lancé l’opération 'Où est Angela ?' Si une personne se sent suivie ou est harcelée dans la rue, elle peut se mettre à l’abri dans un café ou un restaurant partenaire et, en posant cette question au personnel, celui-ci peut l’aider, lui permettre d’appeler quelqu’un… Or, actuellement, si l’on observe que le harcèlement dans l’espace public ne baisse pas, les ressources pour lutter contre ce phénomène s’amoindrissent".

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"Le féminisme, ce n’est pas que se mettre seins nus en manif"

Pour Shana Krief, "c’est malheureux mais le féminisme est toujours perçu comme vindicatif. Mais le féminisme, ce n’est pas que se mettre seins nus en manif ! Pour nous, c’est par la modération que l’on peut toucher le plus de monde et faire avancer les choses. Nous revendiquons uniquement l’égalité femme-homme."

Le sentiment est partagé par Emmanuelle Muffat. "Nous ne devons pas imposer des idées… Il faut ouvrir le débat, pour ne braquer personne. Il faut que l’on s’écoute tous".

Un engagement qui dépend de chaque personne. "On peut tous être féministes au degré que l’on souhaite. Que ce soit par de petites actions – comme le partage d’informations sur les réseaux sociaux – ou un combat de tous les jours. Tous les féminismes sont à féliciter. Il ne faut pas se battre entre féministes", souhaite Shana Krief.

Rassembler les énergies

Pour fédérer les actions, le Bureau national des étudiants en école de management (Bnem) a transmis une charte de responsabilité étudiante contre le sexisme et les discriminations à 200 grandes écoles, en novembre dernier. Chaque école pourra adapter ce cahier des charges à l’environnement associatif local.

Après le 8 mars, une commission inter-école rassemblera l’ensemble des associations de promotion de l’égalité femmes-hommes, des droits LGBTQ+ et de lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Ambition affichée ? "Coordonner le combat pour le changement de pratiques et de mentalités, organiser des actions au niveau local et national et jouer un rôle de lanceur d’alerte". Pour ce faire, le bureau va mettre à disposition un atelier-jeu de sensibilisation sur les violences sexistes et sexuelles ainsi que deux kits de communication de vulgarisation aux enjeux féministes et LGBTQ+.

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