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Interview

Hugo Martinez : "Le harcèlement m’a détruit, je me suis reconstruit par le harcèlement"

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Hugo Martinez, le président fondateur de l'association HUGO ! // © Association Hugo !
Hugo Martinez, le président fondateur de l'association HUGO ! // © Association Hugo !

À 20 ans, Hugo Martinez est le président de l’association HUGO !, qui lutte contre le harcèlement scolaire. Une structure qu’il a lui-même créée, avec pour mot d’ordre, la reconstruction des jeunes par la pratique artistique et sportive. Une évolution logique pour ce jeune homme, lui-même victime de harcèlement de la primaire au lycée.

S'il n'enchaînait pas les interviews et les coups de téléphone, Hugo Martinez serait un étudiant comme les autres. Mais ce jeune homme est aussi président fondateur d'HUGO !, association qui lutte contre le harcèlement scolaire, dont il a lui-même été victime. Aujourd'hui très actif et médiatisé, ce jeune alternant dans le marketing événementiel n'oublie pas d'être ambitieux : il compte devenir assistant parlementaire, tout en gardant l'espoir d'être réalisateur de cinéma.

L’Étudiant l'a rencontré dans un café du centre-ville de Lyon, son QG. "Tout le monde me connaît ici", sourit le jeune homme. L‘échange est fluide et le tutoiement facile. Interview sans filtre.

Très jeune, tu as été victime de harcèlement scolaire. Comment s’est passée ta scolarité ?

Le harcèlement scolaire a commencé en CP. Je savais déjà lire et je louchais d’un œil. Ça a commencé avec des surnoms comme "le bigleux", "le binoclard", "l’intello de service". La nourriture est devenu un refuge. En sport, on s'est moqué de moi parce que je ne voyais rien, parce que j'étais gros. Je ne me rendais pas compte que ces insultes quotidiennes s'étaient installées de manière naturelle.

Au collège s’est ajouté une dimension "physique" : coups, bousculades, bagarres. À partir de la quatrième, il y a eu le cyberharcèlement. J’ai eu la "chance" de ne pas avoir à le subir plus tôt, car aujourd'hui, cela peut commencer sur les réseaux sociaux à partir du CE2, CM1.

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Comment se manifeste le cyberharcèlement ?

Lors d’un voyage scolaire en Espagne, je ronflais en dormant dans le car et on m'a filmé sans que je le sache. La vidéo a été diffusée sur les réseaux sociaux, mais je n’avais pas de compte, donc je ne le savais pas. Je ne comprenais pas pourquoi les gens rigolaient quand ils me voyaient.

J'ai finalement découvert la vidéo et mes parents ont déposé une main courante. L'année suivante, j'ai changé d’établissement et mes parents m’ont inscrit dans une association qui accompagne les jeunes en situation d’obésité.

Changer d’établissement a-t-il permis d’arranger certaines choses ?

Non. Les élèves de ma nouvelle classe me connaissaient déjà car ils avaient vu la vidéo. Le cyberharcèlement a pris une forme encore plus importante. J'ai été intégré à un groupe de conversation sur Facebook avec toute la classe, mais ils en avaient un autre de leur côté. Ils y préparaient des photo-montages qu'ils m'envoyaient pour se moquer. Je recevais aussi des menaces, parfois de mort. Psychologiquement, j'étais détruit, mes espérances étaient cassées.

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Comment es-tu arrivé jusqu'au bac ?

Une fois au lycée, c'était beaucoup plus insidieux, beaucoup moins en confrontation directe. Psychologiquement ça restait du harcèlement scolaire, parce qu’on cherchait toujours à m'humilier. J'ai tenu jusqu’en milieu de première S, puis j'ai été déscolarisé pour être accueilli dans un centre médical car j'étais en obésité morbide. On m’a identifié un diabète, causé par la prise de poids et les chocs psychologiques du harcèlement. J'ai passé mes épreuves de première et en terminale et j'ai décidé de rentrer dans un nouveau lycée, à Lyon.

Là, je me suis rendu compte que se faire des amis dans un groupe qui s’est construit depuis la seconde est compliqué. Ils se connaissaient tous, j'étais le nouveau, j'étais fragile et je m’absentais souvent à cause de mon diabète. J'étais isolé. En décembre, j'ai dit stop. J’ai fini les six derniers mois de ma scolarité à distance et j’ai eu mon bac à 10,02/20, tout juste, alors que j'étais très bon élève au collège.

Comment réagissaient les adultes face à tes soucis ?

J'ai croisé deux types de profs. Ceux qui ne voulaient pas voir, parce que signaler un cas de harcèlement scolaire est lourd en termes de démarche (le protocole de signalement fait 70 pages), et ceux qui ne pensaient pas que dans l’école, au sens large, ça pouvait exister. Et puis je pense que certains n’ont simplement rien vu du tout. Ni les profs, ni le personnel éducatif.

Je me rappelle d’un jour, en seconde, où j’avais tout raconté à l’infirmière, qui m'a dit : "Mais Hugo, si tu te défendais un peu plus, si tu étais un peu plus débrouillard, on n’en serait pas là !"

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Comment a démarré ton engagement associatif ?

En mai 2017, mon diabétologue m’a annoncé des résultats catastrophiques. J'étais dégoûté. J’ai très mal pris cette annonce. Je suis rentré à l’hôpital et j’ai dit: "OK, il faut que j’arrête ce cercle vicieux, que je devienne acteur, que je cesse d’être une victime". Le harcèlement m’a détruit, je me suis reconstruit par le harcèlement.

Chaque soir à l’hôpital, je faisais des live sur les réseaux sociaux avec des éléments de mon projet pour lutter contre le harcèlement. Les vues montaient, les likes montaient ! J’avais trouvé mon chemin. Après ça, pendant six mois, j’ai eu plein d’idées et j’ai rencontré plein de monde. Et en janvier 2018, j’ai créé l’association officiellement.

Dirais-tu que l’association t’a aidé à t’en sortir ?

C’est clair ! En un an et demi, sans faire un seul effort de plus en termes de sport ou d’alimentation, j’ai perdu plus de 30 kilos ! Avec l’association, ça va beaucoup mieux dans ma tête.

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Que veux-tu dire aux jeunes qui sont harcelés ?

Avec le harcèlement scolaire, on arrache son enfance à un jeune. Quelque chose qui est unique, qu’on ne peut vivre qu’une fois. Mon objectif, c’est de donner à ces jeunes victimes les clés, les armes pour qu’ils puissent s’en servir comme une force et se reconstruire par rapport à ça. Je leur adresse un message : il faut croire en ses rêves et ne pas les lâcher.

Et à ceux qui harcèlent ?

L'erreur pourrait être de leur jeter la pierre. S’ils en viennent à harceler, c’est qu’ils ont eux-mêmes un complexe, quelque chose à cacher, et qu’ils préfèrent mettre quelqu'un d'autre en lumière. Je leur dis : "Plutôt que de venir t’attaquer à plus faible, essaie de te reconstruire toi-même".

Ils sont autant en souffrance que les harcelés. Il faut que les adultes avancent et mettent en place des dispositifs comme des cours d’empathie dès le plus jeune âge.

Il reste donc du chemin à faire ?

On n’en est qu’au début du combat. Il reste des étapes-clés. La cause avancera le jour où tous les citoyens se sentiront impliqués. C’est aux adultes de contribuer à éviter le harcèlement scolaire.