Le développement durable bourgeonne en écoles de commerce

Par Clémentine Rigot, publié le 30 Novembre 2021
6 min

Depuis une dizaine d’années, les écoles de commerce s’emparent de l’enjeu du développement durable pour préparer au mieux, via leurs cursus et leurs engagements, managers et entrepreneurs de demain.

Tant dans les cursus, infusés aux questions écologiques et à la RSE (responsabilité sociale et environnementale), que sur les campus, les écoles se saisissent du défi environnemental. Elles sont une trentaine à avoir une direction dédiée au développement durable et à posséder une charte sur le sujet, selon les données que l'Etudiant a récoltées dans le cadre du classement des grandes écoles de commerce 2022. Compost, fin des couverts en plastique, potagers : elles se dotent d’outils concrets pour diminuer leur impact carbone tout en incluant les élèves dans un quotidien plus écologique.

En plus de faire son bilan carbone depuis dix ans, Kedge s’est équipée de panneaux solaires et ne consomme qu’une énergie verte. Les traditionnels goodies ont été abandonnés et le budget originellement alloué reversé à une association de protection des fonds marins.

À l’Edhec, le bourdonnement des cerveaux accompagne celui des ruches, installées depuis plusieurs années. Une "mesure anecdotique", assure Benoit Arnaud, directeur des programmes, comparé aux transformations entreprises pour repenser les cours. Car l’école a une bête noire (ou verte) : le greenwashing. Elle recense une centaine de professeurs travaillant sur ce thème et s’est dotée d’une chaire d’un million d’euros pour lutter contre l’écoblanchiment. "Beaucoup d’entreprises se repeignent en vert, dénonce Benoit Arnaud, alors que nous, nous voulons apporter du concret car la nouvelle génération est très engagée."

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Miser sur les métiers d’avenir

L’Edhec a ainsi créé un centre de l’entrepreneuriat responsable. "Les start-up sont extrêmement dynamiques dans le tissu économique et peuvent avoir un réel impact pour transformer les entreprises." Des bancs de l’école sont d’ailleurs nées l’application Yuka et la marque 900.care, spécialistes des thèmes écologiques.

Interpellée, comme sa consœur parisienne par les Nations Unies sur la question du développement durable, Audencia veille à ce que chaque jeune soit sensibilisé de manière continue. "On imagine mal que certains soient formés et que d’autres aient des cours datant du siècle dernier", ironise André Sobczak, délégué général RSE. Un partenariat avec WWF, un socle commun qui mise sur la recherche, notamment dans le domaine de l’investissement responsable et même la création d’un plan qui entérine, entre autres, la création de Gaïa, une école spécialisée en transition écologique et sociale…

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Le programme est riche et fait d’Audencia la très bonne élève en la matière. Mais l’administration reste lucide : "Le développement durable ne doit pas devenir un élément de compétitivité entre les écoles, mais est un réel enjeu." Et du côté des élèves, cet engouement séduit. Sarah, 24 ans, entame un Mastère spécialisé en transition énergétique, en partenariat avec Centrale Nantes. "C’est l’avenir, c’est un secteur porteur. Dans cinquante ans, il y aura toujours des métiers dans le domaine", assure-t-elle. L’étudiante confie avoir été sensibilisée à ces thèmes dès le plus jeune âge. "Je ne réfléchissais pas en termes de carrière, mais en termes de valeurs. Je ne peux pas me projeter dans un poste où ces enjeux ne sont pas pris en compte", affirme la jeune femme.

Même son de cloche à Kedge qui garantit, grâce à ses engagements de longue date, de nombreux débouchés. "Nos étudiants sont recrutés dans des entreprises qui ne font pas de greenwashing mais sont sérieuses sur la mesure de l'impact", analyse Thomas Lagoarde-Segot, professeur d’économie et finance internationale. Première à avoir lancé un master en finance durable, Kedge repense cette année son cours d’économie, renommé pour l’occasion macro-économie écologique, pour prendre pleinement en compte "les effets de notre activité sur l’environnement", précise l’enseignant. Autre nouveauté : l’organisation d’une "rentrée climat" et des journées de découverte sur les carrières à impact. De quoi accompagner la jeune génération, de plus en plus sensible à ces sujets, vers des métiers d’avenir.

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L’initiative emblématique

À Audencia, les étudiants ont impulsé l’année dernière, en pleine crise sanitaire, l’idée d’une calculette carbone. L’objectif : faire prendre conscience à chaque élève de l’impact écologique des activités numériques. Sont pris en compte les documents stockés, les mails échangés, les téléchargements… Grâce à cette calculatrice, développée en six mois avec des experts, chacun peut découvrir, au terme d’un questionnaire, son empreinte carbone accompagnée de conseils personnalisés. Sans culpabiliser les étudiants ni être trop chronophage, cet outil est vite devenu un succès et devrait, dans les mois à venir, s’étendre aux domaines de l’alimentation et des transports. Rendez-vous est pris.

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