Marcel et Pousse, deux étudiants déterminés en route pour la COP26 à Glasgow

Par Pauline Bluteau, publié le 31 Octobre 2021
7 min

GÉNÉRATION ENGAGÉE. Ils sont jeunes, étudiants mais aussi militants en faveur de l’écologie à Youth for Climate. En 2018, le discours de Greta Thunberg a changé le quotidien de Marcel et Pousse et depuis, leur engagement a pris de plus en plus d’importance.

Le grand départ approche pour Marcel et Pousse*. Les deux étudiants ont prévu de participer à la COP26, la conférence mondiale sur le changement climatique qui se déroule cette année à Glasgow, en Ecosse, et débute lundi. Contrairement à la reine d’Angleterre qui a annoncé son absence, pour Marcel et Pousse l’événement ne sera pas de tout repos. "Je ne peux pas dire exactement ce qu’on va faire mais le but est de mettre la pression aux institutions et aux décideurs", prévient Marcel. À 18 ans, l’étudiant en première année de licence de sciences politiques à l’université de Lille est déterminé.

À plusieurs centaines de kilomètres de là, Pousse se prépare aussi à vivre la COP26 de très près. L’étudiante de 19 ans vient d’entrer en deuxième année à Sciences po Toulouse. Malgré ses études, elle ne perd pas de vue son engagement intense pour le mouvement Youth for Climate. "Quand je suis arrivée à Toulouse, je me suis dit : 'c’est parti, on y va !' Depuis, mon engagement n’a fait qu’augmenter."

Militer pour faire face à l’urgence climatique

Il faut dire que pour tous les deux, cet intérêt pour l’écologie ne date pas d’hier. Sensibilisés à la protection de l’environnement par leurs parents, Marcel et Pousse ont commencé à réellement s’engager au lycée. "Pour moi, c’est venu progressivement. Mes parents ne sont pas du tout militants mais au lycée, les grèves lancées par Greta Thunberg ont finalement déclenché mon engagement. Je me suis dit : 'C’est possible de s’engager et d’avoir un impact'", raconte Pousse. Le discours de la jeune Suédoise a aussi trouvé de l’écho chez Marcel : "Cela m’a touché : j’ai vu la vidéo, j’ai participé à la grève pour le climat le 15 mars 2019 puis j’ai discuté avec les organisateurs et intégré Youth for Climate, tout est allé très vite."

Marcel se dit aujourd’hui "radical" mais au sens strict du terme. "Aujourd’hui, le mot est très négatif alors que ‘radical’ signifie ‘prendre le problème à la racine’, donc pour nous, il s'agit d'attaquer le système pour le changer voire le détruire." Cet engagement, si fort, est devenu indispensable pour les deux étudiants. "C’est une valeur à laquelle je tiens énormément mais c’est assez personnel, souligne Pousse. En revanche, ce qui est lié à notre génération, c’est cette prise de conscience face à l’urgence climatique. Je crois qu’on n’a plus le choix : soit on ne fait rien et on culpabilise, soit on agit pour ne pas penser à tous les enjeux et se sentir mal."

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"Qu’est-ce que l’on risque quand on sait que la Terre va mourir ?"

Au coeur de ces actions justement, la COP26. La jeune Toulousaine se rendra à Glasgow toute la première semaine, Marcel, la deuxième. "On sait qu’il y a un gros dispositif policier prévu mais on va quand même organiser des actions de désobéissance civile", explique le jeune Lillois. Un moyen pour eux de se faire entendre, à l’heure où les manifestations peinent à faire parler d’elles et de la cause. "Aujourd’hui, on sait qu'on n’atteindra pas les objectifs des accords de Paris. On a besoin de changements car c’est une catastrophe totale qui s’annonce. La COP n’a aucun impact gouvernemental mais la désobéissance civile est un moyen de sortir de cette inertie et de demander des choses concrètes", poursuit Marcel.

Un avis partagé par Pousse qui ne pensait pas un jour en arriver là. "Vous m’auriez posé la question il y a deux ans, je vous aurais dit que j’aurais trop peur de faire quelque chose d’illégal. Mais avec mon expérience, mes différentes rencontres, je vois davantage le sens et l’utilité de ces actions. Qu’est-ce que l’on risque quand on sait que la Terre va mourir ?" Ces actions peuvent parfois aller jusqu’aux amendes, aux gardes à vue et à la prison avec sursis. "J’ai toujours réussi à m'en tirer jusqu’à présent mais il ne faut pas non plus chercher cette répression, cela n’a rien de drôle et c’est plutôt délétère pour le mouvement", nuance Marcel.

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Un engagement parfois épuisant

Si l’étudiant se rend à la COP par ses propres moyens, Pousse a obtenu une accréditation grâce à son école. "On est six à s’y rendre. C’est une opportunité incroyable pour observer les négociations, apprendre des choses et rencontrer des gens." Mais cet engagement – presque corps et âme – a un coût. "J’ai besoin de me reposer un peu aussi, assume Marcel. C’est très dur mentalement de voir toutes ces mauvaises nouvelles tout le temps. Au début de mon engagement, j’étais touché par tout et j’ai souffert d'éco-anxiété (déprime liée à la crise climatique, NDLR) pendant six mois, puis je me suis forgé une carapace pour tenir." Le jeune homme, qui a toujours voulu être pilote de ligne, se sent aujourd’hui perdu dans ses études et peine à croire en l’avenir. "J’ai renoncé à ce rêve pour être en accord avec moi-même. Mais j’ai beaucoup de mal à me projeter, à trouver un sens. Je sais que je veux être heureux mais je ne sais pas comment y parvenir."

Épuisant, c’est aussi comme ça que Pousse qualifie son engagement en ce moment. L’étudiante se dit au bord du burn-out et estime qu’elle doit "faire attention car c’est trop". Pour le moment, l’adrénaline la fait tenir mais elle compte bien se reposer après la COP. "Le militantisme m’a apporté beaucoup d’amitiés, je me sens bien et en accord avec mes valeurs, c’est un milieu très bienveillant. Mais le sur-engagement est un vrai problème. Cela a changé ma vie quotidienne, mes choix d’études, mon mode de vie, mon fonctionnement en société…" Pour autant, après la COP26, Pousse doit préparer "sa transition" pour intégrer Extinction Rebellion. Signe que le combat ne s’arrête jamais. "Oh non, j’aurais toujours quelque chose à défendre !"

*Les prénoms ont été modifiés.

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