Insertion professionnelle : comment les écoles de commerce accompagnent les étudiants en période de pandémie ?

Par Séverine Mermilliod, publié le 02 Decembre 2020
5 min

Alors que les entreprises sont en difficulté en raison de la crise du Covid-19, l'insertion professionnelle des jeunes diplômés est un véritable défi pour leurs encadrants.

Stages annulés, graduate programs gelés… La crise sanitaire a entraîné une crise économique et avec elle, accentué les difficultés des jeunes diplômés d’écoles de commerce à s'insérer rapidement sur le marché de l'emploi. L'Association pour l'emploi des cadres (Apec) note déjà une baisse de 42% des offres d'emploi destinées aux jeunes diplômés de janvier à août 2020 par rapport à 2019.

"J'ai trouvé un emploi début novembre, ça a été assez compliqué", témoigne Mathilde, 25 ans, tout juste diplômée du programme grande école (PGE) de l'Edhec. "Beaucoup d'entreprises ont annulé les entretiens, gelé les embauches, même celles qui recrutent beaucoup". Les services carrière des écoles de commerce se sont donc fortement mobilisés afin d'accompagner au mieux l’insertion professionnelle des étudiants.

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Jouer la carte du réseau

L'EMLV a par exemple rappelé au printemps à ses anciens élèves qu'une plateforme interne existe pour les offres de travail. Idem à l'Edhec : "Nous avons un programme de mentorat entre alumni et étudiants, et avons favorisé l'envoi direct d'opportunités entre eux. Il y a un marché caché des offres d'emploi, qu'on peut sécuriser en interagissant directement avec des professionnels", confie ainsi Jérome Troiano, directeur du Career Center de l'école. C'est ce réseau qui a permis à Mathilde de signer son premier CDI.

Après avoir trouvé un stage de fin d'études chez l'Oréal, on lui annonce que les recrutements sont gelés. "Mais la communauté alumni Edhec a super bien fonctionné : j'ai rencontré des collaborateurs bien installés ou des jeunes diplômés de l'école, et pour tous mes entretiens, un ancien m'a donné des conseils." Résultat : une embauche avant la fin du stage, pour remplacer un départ.

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Des outils de recherche renforcés

Mathilde a aussi bénéficié d'un accompagnement en amont. "Nous avons renforcé le suivi personnalisé, un système qui fonctionne bien au vu du taux de placement et de la qualité des opportunités décrochées. Les chiffres de cette année avoisinent ceux de l’an dernier", assure Jérôme Troiano.

"On sent que ça va être plus compliqué sur le marché de l'emploi, donc on leur donne des outils de recherche", ajoute Sébastien Tran, directeur de l'EMLV. L'école a lancé une série de webinaires sur l'entrepreneuriat ("Si tu ne trouves pas d'emploi, crée le tien") et tiendra en décembre des conférences sur les techniques de "recherche d'emploi en période de crise avec des experts et DRH, avec relecture du CV par un coach".

L'Edhec a elle aussi misé sur des forums d'entreprises en ligne et des webinaires "une à deux fois par semaine", et l'Essca a proposé aux dernière année un coaching par un groupe de recrutement et un cabinet de conseil en RH "sur leur profil et le marché du travail".

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Orienter vers les secteurs porteurs

Les écoles encouragent avant tout les futurs diplômés à trouver un CDI ou CDD, mais sont conscientes de la difficulté à accéder aux stages. "J'ai passé mes entretiens en avril et devais commencer mon stage en novembre, mais il a été repoussé à décembre. Sur les dates de convention, l'école est plutôt sympa", assure ainsi Anthony, étudiant dans un master spécialisé de l'emlyon.

"On suit les recommandations du ministère", note pour sa part Jérôme Troiano. "Au cas par cas, nous pouvons adapter les périodes de stage en fonction du marché. L'objectif est de ne pas pénaliser les étudiants face à un calendrier qui a pu se décaler. Mais la majorité a trouvé sans que ce soit nécessaire".

Enfin, "l'enjeu est d'ouvrir aux étudiants d'autres perspectives de début de carrière", selon Sébastien Tran de l'EMLV. "L'agroalimentaire, la distribution, l'énergie verte, sont des secteurs porteurs qu'ils doivent regarder. La banque, le conseil et l'audit recrutent beaucoup moins que les années passées".

"Certains secteurs ont souffert, mais d'autres créent des postes : RSE, big data, e-commerce…On essaye de les orienter vers des secteurs qui recrutent", confirme le directeur du Career Center de l'Edhec. Finalement, note Sébastien Tran, la crise a un aspect psychologique : "Ils doivent peut-être faire le deuil de ce qu'ils voulaient faire au départ."

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