1. Au cœur de l'École des industries du bois
Reportage

Au cœur de l'École des industries du bois

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Les bâtiments du campus bois étaient destinés, à l'origine, à accueillir une chocolaterie. // © Raphaël Helle pour l'Etudiant
Les bâtiments du campus bois étaient destinés, à l'origine, à accueillir une chocolaterie. // © Raphaël Helle pour l'Etudiant

Construction, énergie, chimie, l'École nationale supérieure des technologies et industries du bois, installée à Épinal (88), offre une large palette de spécialités, dans un secteur qui emploie en France 450.000 personnes.

Une odeur de bois coupé et de sciure flotte dans les airs. Chaque matin, lorsque les étudiants de l'ENSTIB (École nationale supérieure des technologies et industries du bois) poussent les portes de leur école, ils s'imprègnent d'une atmosphère particulière, faite de senteurs boisées et de bruits de machines. Située à Épinal, l'école, rattachée à l'université de Lorraine, forme chaque année 400 étudiants, venus percer les secrets de ce matériau. Tous nourrissent un intérêt particulier pour le bois. La plupart sont passionnés, d'autres simplement curieux de découvrir de nouvelles façons de construire des bâtiments ou de produire de l'énergie renouvelable.

"Personne n'est là par défaut ou par hasard, reconnaît Mathieu. À 23 ans, le jeune homme est en troisième année du cycle ingénieur. Il a rejoint Épinal et l'ENSTIB en 2013 après deux années de classes préparatoires scientifiques au lycée La Martinière, à Lyon (69). "Le bois m'a toujours attiré, raconte-t-il. C'est un matériau noble, chaud, agréable au toucher. De plus, j'ai toujours aimé bricoler. Mais au-delà de cela, suivre ces études m'offre surtout la possibilité de travailler dans un secteur professionnel porteur et en plein développement."

Certains imaginent les habitats du futur, d'autres réfléchissent à de nouvelles énergies, plus propres que le pétrole. D'autres encore étudient les propriétés chimiques du bois pour le rendre plus résistant aux éléments naturels. "C'est tout cela que nous apprenons à nos jeunes, s'enthousiasme Pascal Triboulot, directeur de l'ENSTIB. N'allez pas croire que l'école est un repère de babas cool ! Le secteur a une image un peu rétrograde qui lui colle à la peau. Pourtant, il s'agit d'une industrie de pointe."

Le bois, un matériau innovant

Au coeur des industries du boisSébastien, diplômé ingénieur de l'ENSTIB, est l'un des 44 doctorants de l'école. Tous consacrent leurs travaux de recherche au bois. // © Raphaël Helle pour l'Etudiant

Ce n'est pas Sébastien qui dira le contraire. Ce matin, le jeune homme est en pleine expérience dans l'un des laboratoires de l'école. À l'aide d'ordinateurs et de machines dernier cri, le doctorant, diplômé ingénieur de l'école, cherche à densifier de l'hydrogène dans des matériaux biosourcés afin de l'utiliser comme vecteur énergétique. Le sujet est complexe pour qui ne gravite pas dans le monde de la recherche, Sébastien le reconnaît volontiers. "De manière générale, nous cherchons à substituer des matières synthétiques par des matières naturelles, si possible tout aussi efficaces, résume Alain Celzard, enseignant à l'ENSTIB et qui accompagne Sébastien dans ses recherches. Par exemple, nous essayons de produire un isolant pour pour le bâtiment dérivé d'écorces d'arbres. Le but est qu'il soit plus performant que le polystyrène, fabriqué à partir de pétrole, sans ses inconvénients." Les écorces, récupérées dans les scieries, trouveraient ainsi de nouvelles applications.

"Une ambiance de village"

À quelques dizaines de mètres des laboratoires, dans le bâtiment historique de l'école, des petits groupes s'agitent autour des machines. Cette ancienne usine devait accueillir une fabrique de chocolat. Les effluves de cacao n'ont jamais régné dans les lieux, qui ont finalement été transformés, il y a près de trente ans, en halle technologique dédiée au bois.

C'est ici même que se trouve le centre névralgique de l'ENSTIB, là où se déroulent les travaux pratiques et les enseignements théoriques. C'est également au cœur de cette halle que la salle de vie réservée aux étudiants est installée. Cuisine, canapés, baby-foot et salle informatique sont accessibles 24 heures sur 24, pour les élèves du campus, qu'ils soient élèves-ingénieurs, étudiants en licence professionnelle ou en master. "Ici, règne réellement une ambiance de village, concède Salomé, élève-ingénieure de première année. Nous venons de toute la France, c'est peut-être pour cela que nous avons besoin de créer une vie de famille..." L'école est l'une des deux seules de l'Hexagone à proposer des formations dans le secteur du bois – l'autre est située à Nantes.

Conséquence directe : seuls un tiers des élèves sont issus de la région. Pour créer du lien, les jeunes s'investissent dans la vie de l'école et dans les associations, qu'elles soient sportives, culturelles ou musicales, à l'image du Lapachol Orchestra, la fanfare de l'école. "Épinal est une petite ville de 33.000 habitants et la vie étudiante y est peu développée, admet Salomé. À nous donc de prendre les choses en main !"

Du côté du logement, là aussi, les étudiants se sont organisés : des maisons sont louées en colocation. Quand un élève de troisième année quitte l'école son diplôme en poche, il transmet sa chambre à un étudiant de première année. Chaque demeure a été baptisée d'un surnom et les habitants perpétuent des petites traditions. Chez Mathieu, par exemple, chaque fête se déroule dans une maison remplie de foin !

La construction, filière phare

Avant de quitter la halle pour rejoindre la cantine universitaire située sur le campus, Thomas et Thibault donnent un dernier coup de ponceuse à la pièce de bois qu'ils sont en train de travailler. Élèves-ingénieurs de deuxième année, ils façonnent ensemble une trottinette. Ce projet de fabrication est inscrit dans leur cursus. Après avoir planché sur les plans de l'objet durant le premier semestre, ils doivent le réaliser pendant le second.

"Nous sommes formés pour devenir des ingénieurs polyvalents, indique Thomas. Au cours de notre carrière, nous n'aurons certainement plus l'occasion d'usiner des pièces, mais savoir le faire nous donnera de la crédibilité pour diriger des équipes."

Après deux années d'études généralistes, la troisième aborde la spécialisation. 60 % des élèves choisissent la filière "construction", les autres se répartissent entre "matériaux", "énergie" et "ingénierie". "Quand ils arrivent chez nous, les jeunes ne sont pas toujours au clair sur les filières du secteur, constate Pascal Triboulot. À nous de les guider au cours de leur formation." Des visites d'entreprises et des entretiens individuels permettent aux élèves de construire un projet en fonction de leur ambition et de leur passion.

Apprendre en faisant, au cœur de l'atelier

Félix, lui, s'imagine en inventeur. Le jeune homme de 21 ans passe tout son temps libre dans un coin de l'atelier, à peaufiner son œuvre. À l'heure de la pause-café, il ponce avec délicatesse son kayak, sous les encouragements rieurs de ses camarades. "Alors, c'est pour quand, la mise à l'eau ?" Bientôt, espère Félix. Ayant intégré ­l'ENSTIB après deux années de classes préparatoires scientifiques, l'étudiant nourrissait depuis longtemps le souhait de construire un bateau, pour aller à la pêche. "C'est cette passion qui a orienté mon choix d'école", avoue-t-il. Avec l'autorisation de la direction, il s'est lancé dans la conception d'un kayak, créant lui-même les plans de l'embarcation, usinant les pièces et les assemblant seul, durant son temps libre. "J'aime apprendre en faisant. Ici, j'ai l'occasion de le faire, même si cela me demande énormément de temps..." Une fois son kayak achevé, Félix souhaiterait le transformer en bateau amphibie en lui greffant un vélo. Un vélo qui ne sera pas en bois. "Sinon, j'y suis encore dans dix ans".

Comment intégrer l'ENSTIB

- Pour intégrer le cycle ingénieur de l'école, le candidat doit être titulaire d'un diplôme bac+2.
- Pour les étudiants issus de classes préparatoires aux grandes écoles, le recrutement se fait via la banque de la filière PT (physique technologie), le concours commun agro (A-Bio et A-TB) et le concours commun polytechnique (CCP).
- Pour les étudiants issus de filières courtes (BTS – brevet de technicien supérieur ; DUT – diplôme universitaire de technologie ; licence 2), le recrutement se fait sur dossier. Ils représentent chaque année un quart des nouveaux élèves.
- L'école propose également des licences professionnelles – accessibles après un cursus niveau licence 2 (DUT, BTS) –, des masters (bac+5) et des doctorats (bac+8).